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Saint Ambroise de Milan



Dernière mise à jour
le 03/04/2020

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Fête 7 décembre, mémoire obligatoire
Naissance339
Mort04/04/397
Fonctions docteur de l'Église
évêque de Milan
Saints contemporains
NomNaissanceMortFonction
saint Allyre, Illidius385
saint Athanase d'Alexandrievers l'an 29603/05/373père de l'Église
patriarche d'Alexandrie
saint Augustin13/11/35428/08/430docteur de l'Église
évêque d'Hippone
saint Damase I384pape (37e)
saint Epiphane402évêque de Chypre
saint Eusèbevers l'an 400évêque de Bologne
saint Fortunatvers l'an 400
saint Gaudencevers l'an 368évêque de Rimini
saint Hilaire de Poitiers367évêque de Poitiers
docteur de l'Église
saint Jérôme347420docteur de l'Église
père de l'Église
archevêque de Milan
saint Julien de Lescar400évêque de Lescar
saint Just de Lyon02/09/390évêque de Lyon (13e)
saint Martin de Tours316397évêque de Tours (3e)
sainte Monique387
saint Optat de Milev384
saint Paulin de Nole353431évêque de Nole
saint Philastre397évêque de Brescia
saint Sulpice Sévère363410
saint Taurinvers l'an 412évêque d'Evreux (1e)
saint Valérien d'Aquilée388évêque d'Aquilée
saint Viateurvers l'an 390
Hommes contemporains
NomNaissanceMortFonction
Athanaric 21/01/381 roi wisigoth
Godemar I vers l'an 395
Evénements religieux
DésignationDate
Concile d'Aquilée 381
Concile de Constantinople 383
Concile de Rome 382
Concile de Valence 374

Liste des chapitres

Présentation rapide

Cet avocat célèbre eut une si grande personnalité qu'il devint gouverneur de la province de Milan. Il découvrit alors Jésus-Christ.

N'étant encore que catéchumène lorsque, de passage dans sa ville, il fut élu évêque par acclamation du peuple. Il fut alors immédiatement baptisé, puis ordonné prêtre et consacré évêque en peu de temps. Ambroise fut un véritable évêque, soucieux de la rectitude de la foi et de la paix sociale. Ses relations avec les empereurs successifs (qui favorisèrent tantôt les catholiques, tantôt les hérétiques ariens) furent mouvementées.

En 390, l'empereur Théodose fit massacrer toute une partie de la population de Thessalonique pour arrêter des émeutes. Pour cette raison, Ambroise lui refusa l'accès de son église à Milan, exigeant qu'il se soumette d'abord à la pénitence publique de l'Église. L'empereur, subjugué, obéit et, après des mois de pénitence, Théodose ne communia plus dans le sanctuaire avec les prêtres (selon le privilège impérial), mais au milieu des laïcs.

Saint Augustin dut, en partie à saint Ambroise, sa conversion, car il épiait ses sermons en cachette, écoutait sa pensée, admirait la parole de ce grand orateur. Saint Ambroise attacha une grande importance aux belles liturgies. Il introduisit dans l'Église latine l'usage grec de chanter des hymnes qui étaient à la fois des prières, des actions de grâce et des résumés du dogme. Il en composa plusieurs que nous chantons encore aujourd'hui « Aeterne rerum Conditor » - « Dieu créateur de toutes choses ». Patron des apiculteurs, il est parfois représenté avec une ruche en paille tressée.

C'est évidemment d'abord à la sagesse et à l'autorité de l'administrateur, sans doute aussi à son sens pédagogique (il fut «l'inventeur» du chant populaire liturgique pour aider à la prière et à la mémorisation des vérités de foi) que se réfère le corps administratif et technique des armées en choisissant saint Ambroise comme saint protecteur.

Ambroise de Milan mourut la nuit du Vendredi Saint les bras en croix, « exprimant dans cette attitude sa participation mystique à la mort et à la résurrection du Seigneur. Ce fut là son ultime catéchèse ».

Il s'endormit dans le Seigneur le 4 avril 397 dans la nuit sainte de Pâques, mais on l'honore principalement en ce jour, où, encore catéchumène, il fut, en 374, appelé à gouverner ce siège célèbre, alors qu'il exerçait la fonction de préfet de la cité. Vrai pasteur et docteur des fidèles, il mit la plus grande énergie à exercer la charité envers tous, à défendre la liberté de l'Église et à enseigner la doctrine de la vraie foi contre les ariens et enseigna au peuple la piété par ses commentaires de la Bible et les hymnes qu'il composa.

Audience générale de Benoît XVI du 24 octobre 2007

Chers frères et sœurs,

Le saint Evêque Ambroise - dont je vous parlerai aujourd'hui - mourut à Milan dans la nuit du 3 au 4 avril 397. C'était l'aube du Samedi Saint. La veille, vers cinq heures de l'après-midi, il s'était mis à prier, étendu sur son lit, les bras ouverts en forme de croix. Il participait ainsi, au cours du solennel triduum pascal, à la mort et à la résurrection du Seigneur. « Nous voyions ses lèvres bouger », atteste Paulin, le diacre fidèle qui, à l'invitation d'Augustin, écrivit sa Vie, « mais nous n'entendions pas sa voix. » Tout d'un coup, la situation parut précipiter. Honoré, Evêque de Verceil, qui assistait Ambroise et qui se trouvait à l'étage supérieur, fut réveillé par une voix qui lui disait: « Lève-toi, vite ! Ambroise va mourir... ». Honoré descendit en hâte - poursuit Paulin - « et présenta le Corps du Seigneur au saint. A peine l'eut-il pris et avalé, Ambroise rendit l'âme, emportant avec lui ce bon viatique. Ainsi, son âme, restaurée par la vertu de cette nourriture, jouit à présent de la compagnie des anges » (Vie 47). En ce Vendredi Saint de l'an 397, les bras ouverts d'Ambroise mourant exprimaient sa participation mystique à la mort et à la résurrection du Seigneur. C'était sa dernière catéchèse : dans le silence des mots, il parlait encore à travers le témoignage de sa vie.

Ambroise n'était pas vieux lorsqu'il mourut. Il n'avait même pas soixante ans, étant né vers 340 à Trèves, où son père était préfet des Gaules. Sa famille était chrétienne. A la mort de son père, sa mère le conduisit à Rome alors qu'il était encore jeune homme, et le prépara à la carrière civile, lui assurant une solide instruction rhétorique et juridique. Vers 370, il fut envoyé gouverner les provinces de l'Emilie et de la Ligurie, son siège étant à Milan. C'est précisément en ce lieu que faisait rage la lutte entre les orthodoxes et les ariens, en particulier après la mort de l'Evêque arien Auxence. Ambroise intervint pour pacifier les âmes des deux factions adverses, et son autorité fut telle que, bien que n'étant qu'un simple catéchumène, il fut acclamé Evêque de Milan par le peuple.

Jusqu'à ce moment, Ambroise était le plus haut magistrat de l'Empire dans l'Italie du Nord. Culturellement très préparé, mais tout aussi démuni en ce qui concerne l'approche des Ecritures, le nouvel Evêque se mit à étudier avec ferveur. Il apprit à connaître et à commenter la Bible à partir des œuvres d'Origène, le maître incontesté de l'« école alexandrine ». De cette manière, Ambroise transféra dans le milieu latin la méditation des Ecritures commencée par Origène, en introduisant en Occident la pratique de la lectio divina. La méthode de la lectio finit par guider toute la prédication et les écrits d'Ambroise, qui naissent précisément de l'écoute orante de la Parole de Dieu. Un célèbre préambule d'une catéchèse ambrosienne montre de façon remarquable comment le saint Evêque appliquait l'Ancien Testament à la vie chrétienne : « Lorsque nous lisions les histoires des Patriarches et les maximes des Proverbes, nous parlions chaque jour de morale - dit l'Evêque de Milan à ses catéchumènes et à ses néophytes - afin que, formés et instruits par ceux-ci, vous vous habituiez à entrer dans la vie des Pères et à suivre le chemin de l'obéissance aux préceptes divins » (Les mystères, 1, 1). En d'autres termes, les néophytes et les catéchumènes, selon l'Evêque, après avoir appris l'art de bien vivre, pouvaient désormais se considérer préparés aux grands mystères du Christ. Ainsi, la prédication d'Ambroise - qui représente le noyau fondamental de son immense œuvre littéraire - part de la lecture des Livres saints (« les Patriarches », c'est-à-dire les Livres historiques, et « les Proverbes », c'est-à-dire les Livres sapientiels), pour vivre conformément à la Révélation divine.

Il est évident que le témoignage personnel du prédicateur et le niveau d'exemplarité de la communauté chrétienne conditionnent l'efficacité de la prédication. De ce point de vue, un passage des Confessions de saint Augustin est significatif. Il était venu à Milan comme professeur de rhétorique ; il était sceptique, non chrétien. Il cherchait, mais il n'était pas en mesure de trouver réellement la vérité chrétienne. Ce qui transforma le cœur du jeune rhéteur africain, sceptique et désespéré, et le poussa définitivement à la conversion, ne furent pas en premier lieu les belles homélies (bien qu'il les appréciât) d'Ambroise. Ce fut plutôt le témoignage de l'Evêque et de son Eglise milanaise, qui priait et chantait, unie comme un seul corps. Une Eglise capable de résister aux violences de l'empereur et de sa mère, qui aux premiers jours de l'année 386, avaient recommencé à prétendre la réquisition d'un édifice de culte pour les cérémonies des ariens. Dans l'édifice qui devait être réquisitionné - raconte Augustin - « le peuple pieux priait, prêt à mourir avec son Evêque ». Ce témoignage des Confessions est précieux, car il signale que quelque chose se transformait dans le cœur d'Augustin, qui poursuit : « Nous aussi, bien que spirituellement encore tièdes, nous participions à l'excitation du peuple tout entier » (Confessions 9, 7).

Augustin apprit à croire et à prêcher à partir de la vie et de l'exemple de l'Evêque Ambroise. Nous pouvons nous référer à un célèbre sermon de l'Africain, qui mérita d'être cité de nombreux siècles plus tard dans la Constitution conciliaire Dei Verbum : « C'est pourquoi - avertit en effet Dei Verbum au n. 25 - tous les clercs, en premier lieu les prêtres du Christ, et tous ceux qui vaquent normalement, comme diacres ou comme catéchistes, au ministère de la Parole, doivent, par une lecture spirituelle assidue et par une étude approfondie, s'attacher aux Ecritures, de peur que l'un d'eux ne devienne « un vain prédicateur de la Parole de Dieu au-dehors, lui qui ne l'écouterait pas au-dedans de lui » ». Il avait appris précisément d'Ambroise cette « écoute au-dedans », cette assiduité dans la lecture des Saintes Ecritures, dans une attitude priante, de façon à accueillir réellement dans son cœur la Parole de Dieu et à l'assimiler.

Chers frères et sœurs, je voudrais vous proposer encore une sorte d'« icône patristique », qui, interprétée à la lumière de ce que nous avons dit, représente efficacement « le cœur » de la doctrine ambrosienne. Dans son sixième livre des Confessions, Augustin raconte sa rencontre avec Ambroise, une rencontre sans aucun doute d'une grande importance dans l'histoire de l'Eglise. Il écrit textuellement que, lorsqu'il se rendait chez l'Evêque de Milan, il le trouvait régulièrement occupé par des catervae de personnes chargées de problèmes, pour les nécessités desquelles il se prodiguait ; il y avait toujours une longue file qui attendait de pouvoir parler avec Ambroise, pour chercher auprès de lui le réconfort et l'espérance. Lorsqu'Ambroise n'était pas avec eux, avec les personnes, (et cela ne se produisait que très rarement), il restaurait son corps avec la nourriture nécessaire, ou nourrissait son esprit avec des lectures. Ici, Augustin s'émerveille, car Ambroise lisait l'Ecriture en gardant la bouche close, uniquement avec les yeux (cf. Confess. 6, 3). De fait, au cours des premiers siècles chrétiens la lecture était strictement conçue dans le but de la proclamation, et lire à haute voix facilitait également la compréhension de celui qui lisait. Le fait qu'Ambroise puisse parcourir les pages uniquement avec les yeux, révèle à un Augustin admiratif une capacité singulière de lecture et de familiarité avec les Ecritures. Et bien, dans cette « lecture du bout des lèvres », où le cœur s'applique à parvenir à la compréhension de la Parole de Dieu - voici « l'icône dont nous parlons -, on peut entrevoir la méthode de la catéchèse ambrosienne : c'est l'Ecriture elle-même, intimement assimilée, qui suggère les contenus à annoncer pour conduire à la conversion des cœurs.

Ainsi, selon le magistère d'Ambroise et d'Augustin, la catéchèse est inséparable du témoignage de la vie. Ce que j'ai écrit dans l'Introduction au christianisme, à propos du théologien, peut aussi servir pour le catéchiste. Celui qui éduque à la foi ne peut pas risquer d'apparaître comme une sorte de clown, qui récite un rôle par profession ». Il doit plutôt être - pour reprendre une image chère à Origène, écrivain particulièrement apprécié par Ambroise - comme le disciple bien-aimé, qui a posé sa tête sur le cœur du Maître, et qui a appris là la façon de penser, de parler, d'agir. Pour finir, le véritable disciple est celui qui annonce l'Evangile de la manière la plus crédible et efficace.

Comme l'Apôtre Jean, l'Evêque Ambroise - qui ne se lassait jamais de répéter : « Omnia Christus est nobis ! ; le Christ est tout pour nous ! » - demeure un authentique témoin du Seigneur. Avec ses paroles, pleines d'amour pour Jésus, nous concluons ainsi notre catéchèse : « Omnia Christus est nobis ! Si tu veux guérir une blessure, il est le médecin; si la fièvre te brûle, il est la source; si tu es opprimé par l'iniquité, il est la justice; si tu as besoin d'aide, il est la force ; si tu crains la mort, il est la vie ; si tu désires le ciel, il est le chemin ; si tu es dans les ténèbres, il est la lumière... Goûtez et voyez comme le Seigneur est bon : bienheureux l'homme qui espère en lui ! » (De virginitate, 16, 99). Plaçons nous aussi notre espérance dans le Christ. Nous serons ainsi bienheureux et nous vivrons en paix.

Vie détaillée de saint Ambroise

La bonté, la douceur, la charité engageront toujours un saint évêque à entrer dans les vues du prochain, lorsqu'il s'agira de choses indifférentes ; mais s'il est question de s'opposer au mal, il n'écoutera plus que la voix du devoir ; il s'armera d'un courage invincible. Saint Ambroise fut un modèle de cette inébranlable fermeté, et aucun pasteur de l'Église ne l'avait portée si loin que lui depuis les apôtres.

La famille d'Ambroise

Son père, nommé Ambroise, était préfet du prétoire des Gaules, et sa juridiction comprenait, outre la France, une partie considérable de l'Italie et de l'Allemagne, cinq provinces romaines dans la Grande-Bretagne, huit en Espagne, et la Mauritanie-Tingitane, en Afrique(1). Trois enfants naquirent de son mariage, Marcelline, Satyre et Ambroise, auquel on donna le nom de son père. Marcelline, l'aînée des trois, reçut le voile des mains du Pape Libère. On voit par Paulin, que notre Saint vint au monde dans la ville des Gaules, où son père faisait sa résidence ; mais on ignore si ce fut à Arles, à Lyon, à Trêves ; les auteurs modernes n'ont pu encore s'accorder sur ce point. Quoi qu'il en soit, on met la naissance de saint Ambroise vers l'an 340.

Ambroise et les abeilles

Paulin rapporte que ce qu'on a dit de Platon, se renouvela en faveur de saint Ambroise, lorsqu'il était enfant. Un jour qu'il dormait la bouche ouverte dans une des cours du palais de son père, un essaim d'abeilles vint voltiger autour de son berceau. Quelques-unes de ces abeilles s'étant arrêtées sur son visage, entraient dans sa bouche, et en sortaient les unes après les autres. Elles s'envolèrent quelque temps après, et s'élevèrent si haut, qu'on les perdit entièrement de vue. Son père fut frappé de ce fait et a dit : « Si ce petit enfant vit, ce sera quelque chose de grand ». Cet événement fut regardé comme un présage de la force et de la douceur de l'éloquence future d'Ambroise.

De l'éducation au gouverneur

Il était encore enfant lorsqu'il perdit son père. Sa mère quitta les Gaules, et retourna à Rome, sa patrie, où elle s'occupa sérieusement de l'éducation de ses enfants. Ambroise profita de ses instructions, et fit de grands progrès dans la vertu. Il fut encore excité puissamment a la piété par les exemples de sa mère, de sa sœur et de quelques autres vierges chrétiennes qui vivaient avec elles dans la même maison.

Il acquit une connaissance peu commune de la langue grecque, et il s'exerça avec succès dans la poésie et l'éloquence. Accompagné de son frère Satyre, il passa de Rome à Milan, qui était le siège du prétoire. Ses écrits, que nous avons encore, montrent avec combien d'ardeur il s'appliqua aux belles-lettres. Ses études achevées, il se fit une réputation brillante ; les premières personnes de l'empire ambitionnèrent son amitié. De ce nombre furent Anicius Probus et Symmaque, l'un et l'autre recommandables par leurs lumières et leurs talents. Symmaque était païen ; mais Anicius Probus était fort zélé pour la religion chrétienne. Valentinien fit ce dernier préfet du prétoire d'Italie en 369. Ambroise plaida quelques causes à la cour avec une telle réputation, qu'il fut choisi pour assesseur du préfet. Il devint ensuite gouverneur de la Ligurie et de l'Emilie, c'est-à-dire, de tout le pays qui comprend aujourd'hui les archevêchés de Milan, de Turin, de Gênes, de Ravenne et de Bologne, avec les diocèses qui dépendent de ces métropoles. Probus lui dit, en se séparant de lui : « Allez, et agissez plus en évêque qu'en juge. » Ambroise, fidèle à ce conseil, qui s'accordait d'ailleurs avec son caractère, se fit admirer par sa probité, sa vigilance et sa douceur.

Ambroise élu évêque

Auxence, arien furieux, qui avait usurpé le siège de Milan après l'exil de saint Denis, mourut en 374. Pendant près de vingt ans que dura son intrusion, il persécuta les catholiques avec autant de violence que de malice. Lorsqu'il fut question d'élire un nouvel évêque, la ville se divisa en deux partis, dont chacun voulait l'emporter : les uns demandaient un arien, les autres, un catholique. La fermentation des esprits faisait craindre une sédition. Ambroise, pour la prévenir, se rendit à l'église où se tenait l'assemblée. Il fit un discours rempli de sagesse et de modération, et dans lequel il exhorta ceux qui composaient l'assemblée, à procéder à l'élection dans un esprit de paix et sans tumulte. Pendant qu'il parlait encore, un enfant s'écria : « Ambroise, évêque. » Le tumulte cessa sur-le-champ ; les catholiques et les ariens se réunirent, et proclamèrent unanimement le gouverneur, évêque de Milan.

Ambroise veut se défiler mais l'empereur Valentinien appuie sa nomination.

Ce choix auquel on ne s'attendait point, surprit extraordinairement Ambroise. Il employa tous les moyens possibles pour le faire révoquer. Il ordonna de dresser son tribunal, et s'étant fait amener des criminels, il les condamna à subir la question. Il affectait, par cet acte de sévérité, de passer pour un homme cruel et indigne du sacerdoce(2). Le peuple et le clergé s'aperçurent du stratagême, et persistèrent dans leur choix. Ambroise sortit de la ville pendant la nuit, dans le dessein de se retirer à Pavie ; mais étant égaré, il erra ç` et là toute la nuit, et il se trouva le lendemain matin aux portes de Milan.

Lorsqu'on eut été instruit de sa fuite, on lui donna une garde, et on envoya la relation de tout ce qui s'était passé à l'Empereur, dont le consentement était nécessaire pour élever à l'épiscopat un officier attaché à son service. Ambroise écrivit de son côté à Valentinien, pour le prier de ne pas consentir à son élection. L'Empereur était alors à Trèves, il répondit au peuple et au clergé, qu'il voyait avec plaisir qu'on avait cru dignes de l'épiscopat ceux qu'il avait choisis pour gouverneurs et pour juges. Il ordonna en même temps au vicaire ou gouverneur d'Italie, de veiller à ce que l'élection eût son effet. Ambroise s'enfuit de nouveau, et alla se cacher dans la maison de Léonce, un des sénateurs qui avaient le titre de clarissimes ; mais le vicaire ayant publié un ordre sévère contre ceux qui cacheraient le Saint, ou qui, connaissant le lieu de sa retraite, ne le découvriraient point, Léonce déclara, par une innocente trahison, où il était. Ambroise se vit donc dans l'impossibilité de résister plus longtemps ; mais il représenta qu'il était défendu par les canons d'élever à la prêtrise un homme qui n'était encore que catéchumène. On lui répondit que l'Église pouvait, dans certaines occasions extraordinaires, dispenser de l'observation des canons. Ainsi, après avoir reçu le baptême, et exercé successivement les fonctions des saints ordres, il fut sacré évêque le 7 Décembre 374(3). Il était âgé d'environ trente-quatre ans.

Le changement de vie

Lorsqu'il eût été placé sur la chaire épiscopale, il ne se regarda plus comme un homme de ce monde ; et pour rompre tous les liens qui pouvaient l'y attacher, il distribua ce qu'il avait d'or et d'argent à l'église et aux pauvres. Il donna aussi à l'Église ce qu'il avait de terres, en réservant toutefois une rente à vie, pour la subsistance de sa sœur Marcelline. Il pria son frère Satyre de se charger de son temporel, afin de pouvoir se livrer uniquement à la prière et a l'exercice des fonctions épiscopales. Il renonça au monde si parfaitement, qu'il ne fut pas même tenté par la suite de désirer les richesses ou les honneurs.

Quelque temps après son ordination, il écrivit à Valentinien pour lui porter des plaintes contre quelques juges et quelques magistrats, et sa lettre était conçue dans les termes les plus forts. L'Empereur lui répondit : « Il y a longtemps que je connais la liberté avec laquelle vous vous exprimez. Je n'en ai pas moins consenti à votre ordination. Continuez d'appliquer à nos péchés les remèdes que prescrit la loi de Dieu. » Ambroise reçut vers le même temps une lettre de saint Basile(4), qui le félicitait, ou plutôt qui félicitait l'Église de sa promotion. Il l'y exhortait a s'opposer vigoureusement aux ariens, et à s'armer contre leurs erreurs d'un zèle intrépide et d'un courage invincible.

Le saint archevêque de Milan se mit d'abord à lire l'Écriture sainte avec les auteurs ecclésiastiques, surtout Origène et saint Basile. Il choisit pour directeur de ses études, le savant et pieux Simplicien, prêtre de Rome. Il l'aimait comme un ami, l'honorait comme un père et le respectait comme un maître. Simplicien succéda à saint Ambroise sur le siège de Milan, et il est nommé parmi les Saints le 16 d'Août(5).

Le vie de l'évêque

Malgré l'ardeur avec laquelle Ambroise se livrait à l'étude, il se montra, dès le commencement de son épiscopat, très assidu à instruire son peuple. II purgea tellement son diocèse du levain de l'arianisme, qu'en 385 personne n'était plus infecté de cette hérésie à Milan, excepté un petit nombre de Goths, et quelques personnes attachées à la famille impériale. C'est de lui-même que nous apprenons cette particularité(6). Ses instructions tiraient beaucoup de force de la sainteté de sa vie, de son zèle pour la pratique de l'abstinence, et de son jeûne qui était presque continuel. Jamais il ne dînait que les Dimanches et les jours consacrés à honorer la mémoire de certains martyrs célèbres. Il dînait encore le Samedi, jour où il n'était point d'usage de jeûner à Milan. Mais quand il se trouvait à Rome il jeûnait le Samedi, pour se conformer à la pratique de l'Eglise romaine. Attentif à éviter jusqu'au danger de l'intempérance, il s'excusait d'aller manger chez les autres, et sa table était toujours servie avec beaucoup de frugalité. Il donnait à la prière une partie considérable du jour et de la nuit, et chaque jour il offrait le saint Sacrifice de l'autel pour son peuple(7). Les besoins de son troupeau l'occupaient tout entier, et il se croyait redevable aux petits comme aux grands. Les amusements lui étaient inconnus, et il ne se permettait d'autre délassement que celui qui provient de la diversité des occupations. Il soulageait les pauvres et consolait les affligés. Il écoutait tout le monde avec douceur et charité, en sorte que tout son peuple l'admirait autant qu'il l'aimait. Il se fit une loi de ne point se mêler d'affaires temporelles, et de ne solliciter de grâces à la cour pour qui que ce fût. Mais comme il avait une âme tendre et compatissante, il s'employait avec zèle pour sauver la vie à ceux qui avaient été condamnés. Il pleurait avec ceux qui pleuraient, et se réjouissait avec ceux qui étaient dans la joie. Sa charité n'avait d'autres bornes que les nécessités humaines. Il appelait les pauvres ses intendants et ses trésoriers, et c'était entre leurs mains qu'il déposait ses revenus. Toujours il rendait le bien pour le mal, et ne se vengeait jamais des injures que par des bienfaits. La plus grande partie du jour, son appartement était rempli de personnes qui venaient le consulter. Lorsque saint Augustin lui rendait visite, il le trouvait toujours extrêmement occupé. Il lui arriva quelquefois de s'en aller sans lui parler, et même sans avoir été aperçu par le Saint. Il en agissait de la sorte pour ne pas interrompre ses occupations qu'il respectait. Pendant qu'il enseignait la rhétorique à Milan, avant son baptême, il allait souvent entendre prêcher le saint archevêque. À la vérité ce n'était que par curiosité, et pour le plaisir que lui causait l'éloquence du prédicateur. S'il trouvait plus de grâce dans le débit de Fauste le manichéen, il avouait au moins que ce que disait Ambroise était fort solide. Notre Saint prêchait tous les Dimanches(8). Il revenait souvent dans ses discours sur la sainteté et l'excellence de la virginité. Plusieurs personnes, touchées de ses exhortations, vinrent de Bologne, de Plaisance, et même de la Mauritanie, pour servir Dieu dans ce saint état, sous sa conduite. Il n'y avait que deux ans qu'il était évêque, lorsque Marcelline, sa sœur, le pria de mettre par écrit ce qu'il avait dit en chaire sur un sujet aussi important(9). Il se rendit à sa prière, et composa ses trois livres des Vierges en 377.

L'écriture des trois livres sur les Vierges

L'élégance avec laquelle cet ouvrage est écrit, l'a fait justement admirer par saint Jérôme et par saint Augustin. Mais il est surtout recommandable par l'onction et l'esprit de piété qui s'y font remarquer de toutes parts. Les deux premiers livres sont employés à montrer l'excellence de la virginité, et à faire sentir les avantages spirituels qu'elle procure. L'auteur insiste sur les vertus de la Sainte-Vierge, qu'il propose comme modèle à ceux qui ont embrassé cet état. Il fait l'éloge de sainte Agnès. Il cite l'exemple de sainte Thècle, et les détails dans lesquels il entre sur ces objets, sont embellis de toutes les grâces et de toutes les figures de la rhétorique. Dans le troisième livre, il traite des principaux devoirs des vierges. Il leur recommande de ne point boire de vin, de fuir les visites, de s'appliquer aux exercices de piété, de prier et de réfléchir souvent dans la journée, de répéter l'Oraison dominicale et les psaumes, le soir en se couchant et le matin en se levant, et de commencer chaque jour par la récitation du symbole, qui est l'abrégé et le sceau de notre foi. Il veut que les vierges vivent dans cette tristesse salutaire qui opère le salut ; qu'elles évitent toute joie immodérée, et principalement la danse, dont il fait sentir le danger. Nous apprenons du saint docteur(10), qu'il y avait à Bologne vingt vierges, qui s'occupaient du travail des mains, non seulement pour avoir de quoi vivre, mais pour se procurer de quoi assister les pauvres. Marcelline, sœur d'Ambroise, à laquelle le Pape Libère donna le voile le jour de Noël, dans l'église de Saint-Pierre(11), ne vivait point en communauté, mais dans le sein de sa famille à Rome. D'autres vierges vivaient alors de la même manière, mais elles avaient à l'église une place séparée du lieu où étaient les fidèles, et l'on écrivit sur les murailles de cette partie de l'église des sentences de l'Ecriture pour leur instruction(12).

Peu de temps après, saint Ambroise donna son traité des Veuves, pour exhorter les femmes qui avaient perdu leur mari, à garder une chasteté perpétuelle. Cet ouvrage fut suivi du traité de la Virginité. Le saint docteur y donne, d'après l'Écriture, une haute idée de cette vertu ; mais il ne veut point que les jeunes filles prennent légèrement le voile, lorsqu'elles sont d'un caractère inconstant. Il dit : « Quelques-uns, se plaignent que le nombre des vierges fera bientôt périr le genre humain. Je voudrais savoir qui a manqué de femmes, et qui s'est trouvé dans le cas de n'en point trouver ? Se venger d'un adultère, porter les armes contre un ravisseur, voilà les suites du mariage. Les pays les plus peuplés, sont ceux où il y a le plus de vierges. Combien en consacre-t-on tous les ans à Alexandrie, en Afrique et dans tout l'Orient ? Il y a cependant plus de vierges qu'il n'y a d'hommes dans ce pays(13). » Le saint docteur observe encore que ce ne sont point les vierges, mais la guerre et la mer qui détruisent l'espèce humaine. Il ne veut cependant pas qu'on embrasse légèrement l'état de virginité : non-seulement le mariage est saint, mais c'est l'état général de ceux qui vivent dans le monde.

La réfutation de Bonose

Le livre que donna saint Ambroise, sous le titre d'Institution d'une Vierge, contient la réfutation de Bonose, qui renouvelait l'erreur d'Helvidius, laquelle consistait à nier que la sainte Mère de Dieu ait vécu dans une virginité perpétuelle. L'auteur y rappelle les instructions qu'il avait données à Ambrosie, une des vierges qui servaient Dieu à Bologne sous sa conduite ; et il fait voir que la retraite, le silence, l'humilité et la prière, sont le principal devoir d'une vierge chrétienne. Il y décrit les cérémonies usitées lorsqu'une vierge embrassait solennellement cet état. Elle se présentait au pied de l'autel, où elle faisait sa profession devant le peuple. L'évêque, après les instructions relatives à la circonstance, lui donnait le voile qui la distinguait des autres vierges : mais on ne lui coupait point les cheveux, comme aux clercs et aux moines. Le saint docteur finit en priant Jésus-Christ d'assister à ces noces spirituelles, et de recevoir son épouse, qui se consacre à lui publiquement, après s'y être consacrée longtemps auparavant en esprit et dans son cœur.

Mort de l'empereur Valentinien I

L'Empereur Valentinien I, qui faisait sa résidence, tantôt a Trèves, tantôt à Milan, mourut d'apoplexie dans la Pannonie, le 17 Novembre 375, à la cinquante-cinquième année de son âge. Il avait associé à l'empire Gratien, son fils aîné, qu'il avait eu de Sévéra, sa première femme. Ce prince, âgé de seize ans, était alors à Trèves ; Valentinien, frère de Gratien, se trouvait avec Justine sa mère, sur les frontières de la Pannonie. L'armée de son père le proclama Empereur, quoiqu'il n'eût que quatre ans. Gratien lui confirma cette dignité, et promit de lui tenir lieu de père. Il se contenta des provinces situées en deçà des Alpes, et lui céda l'Italie avec l'Afrique et l'Ulyrie ; mais il se réserva l'administration générale, jusqu'à ce que Valentinien fût en âge de gouverner par lui-même. Il établit sa résidence à Trèves ou à Mayence.

Le Traité de la Foi à Gratien

Fritigerne, Roi des Goths, ayant fait une irruption sur les terres des Romains, dans la Thrace et la Pannonie, Gratien voulut passer en Orient avec une armée, pour secourir Valens, son oncle ; mais il résolut en même temps de se prémunir contre les pièges des ariens, dont Valens était le protecteur. Dans cette vue, il pria saint Ambroise, pour lequel il avait une vénération singulière, de lui donner par écrit quelques instructions contre l'arianisme. Le saint archevêque, pour seconder ses pieuses intentions, composa, en 377, son Traité de la Foi à Gratien, ou de la Trinité. Cet ouvrage est divisé en cinq livres, dont les trois derniers ne furent écrits qu'en 379. C'est une excellente réfutation de l'arianisme. L'auteur y établit le dogme avec autant d'esprit que de force et de solidité, et donne les réponses les plus satisfaisantes aux objections. Le style des livres du Saint-Esprit est moins concis et plus simple. C'est, dit saint Augustin, parce que le sujet n'a pas besoin des ornements du discours pour toucher le cœur, et qu'il suffit d'établir par des preuves solides la consubstantialité de la troisième personne de la sainte Trinité. On y trouve plusieurs choses copiées de saint Athanase, de Didyme et de saint Basile, sur la même matière. Saint Ambroise donna encore un livre sur l'Incarnation, pour répondre à certaines objections des ariens, et l'adressa à deux Officiers de la cour de Gratien.

Gratien défait Valens avec l'aide de Théodose

Valens fut défait, en 378, par les Goths, auxquels il livra témérairement bataille près d'Andrinople, et fut brûlé lui-même dans une cabane où il s'était retiré dans sa fuite, pour faire panser ses plaies. Sa mort fut regardée comme un juste châtiment de la persécution qu'il avait excitée contre les catholiques, et surtout de la cruauté qu'il avait exercée contre la ville d'Antioche, en inondant de ruisseaux de sang innocent les rues de cette ville, et en faisant consumer par les flammes un grand nombre de maisons : ce qui fit dire qu'il méritait d'être brûlé lui-même. Il mourut, comme il avait vécu, chargé de la haine publique. Gratien, par la mort de Valens, devint maitre de l'empire d'Orient. Comme les Barbares victorieux l'attaquaient de toutes parts, il leur opposa le brave et vertueux Théodose, lequel, avec son père qui portait le même nom, avait fait triompher les armées de l'empire dans la Grande-Bretagne et l'Afrique. Valens ayant fait mourir injustement le père par jalousie, le fils s'était retiré en Espagne, où, depuis ce temps, il menait une vie privée. Il se montra digne du choix du prince, par les victoires qu'il remporta sur les Goths. Il rétablit la paix dans tout l'empire, et fit de sages règlements dans les provinces où il commanda. Gratien, pour lui marquer sa reconnaissance, lui donna la pourpre à Sirmich, le 16 Janvier 379, et le déclara son collègue dans le gouvernement de l'empire d'Orient. Il lui céda la Thrace, avec tout ce qu'avait possédé Valens, ainsi que la partie orientale de l'Illyrie, dont Thessalonique était alors la capitale.

Ambroise rachète les captifs suite aux ravages des Goths

Les Goths avaient fait les plus grands ravages dans la Thrace et l'Illyrie, et avaient pénétré jusqu'aux Alpes. Ambroise employa des sommes considérables pour racheter les captifs. Il destina même à cette bonne œuvre les vases d'or de l'église, qui furent rompus et fondus. Il ne prit cependant que ceux qui n'avaient point été consacrés, réservant les autres pour une nécessité encore plus pressante(14). Les ariens lui firent des reproches à ce sujet ; mais il répondit qu'il valait mieux sauver des âmes que de garder de l'or, et que le but qu'il s'était proposé, avait été non seulement de conserver la vie aux captifs, et de mettre à couvert l'honneur des femmes, mais d'arracher les enfants au danger où ils se trouvaient d'être élevées dans l'idolâtrie. Il disait : « Je crois que le sang de Jésus-Christ qui reluisait et éclatait dans ces vases d'or, leur a imprimé l'opération de sa vertu divine, en les faisant servir au rachat des captifs. » Plusieurs ariens qui avaient quitté l'Illyrie, pour se soustraire à la fureur des Barbares, et qui s'étaient réfugiés en Italie, furent convertis à la foi par le saint archevêque de Milan. Il montrait un zèle infatigable, lorsqu'il s'agissait de procurer la gloire de Dieu. Tous les carêmes, il se donnait des peines incroyables pour instruire les catéchumènes ; et plusieurs évêques ensemble, au rapport de Paulin(15), auraient à peine été capables de faire ce qu'il avait fait quand il mourut.

La mort de Satyre, frère d'Ambroise

En 379, il perdit son frère Satyre, auquel il avait confié le soin de toutes ses affaires temporelles. Satyre s'était embarqué pour l'Afrique, dans la vue de recouvrer quelques biens qu'on retenait injustement à l'archevêque de Milan. Le vaisseau fit malheureusement naufrage. Satyre n'était encore que catéchumène. Il pria les fidèles qui portaient l'Eucharistie avec eux, suivant l'usage établi alors, de lui remettre cet adorable Sacrement. Il l'enveloppa dans un linge ou espèce de mouchoir que les Romains avaient coutume de porter à leur cou. Muni de ce sacré dépôt, il se jette dans la mer, sans attendre de planche pour se soutenir. Il nage et arrive à terre le premier : on croit que ce fut dans l'île de Sardaigne. Pour témoigner à Dieu sa reconnaissance, il va trouver l'évêque diocésain, et lui demande le baptême ; mais avant de recevoir de lui ce sacrement, il s'informe s'il est uni de communion avec les évêques catholiques, c'est-à-dire, avec l'Eglise Romaine. Ayant appris que ce prélat était engagé dans le schisme de Lucifer, il se rembarque, et aime mieux différer encore son baptême, que de le recevoir des mains d'un schismatique. Lorsqu'il se vit dans un pays catholique, il se fit baptiser. Son attention à conserver la grâce qu'il avait reçue, fut extrême. Peu de temps après son retour à Milan, il mourut dans les bras d'Ambroise et de Marcelline. Il ne fit point de testament : il laissa ses biens à son frère et à sa sœur, en les priant d'en disposer comme ils le jugeraient à propos. Ambroise et Marcelline les distribuèrent aux pauvres, et crurent remplir par-là les intentions de leur frère. Les funérailles de Satyre se firent avec une grande solennité. Saint Ambroise prononça son oraison funèbre, que nous avons encore, et de laquelle sont tirées les particularités qu'on vient de lire(16). Sept jours après on alla au tombeau de Satyre, pour répéter les prières de l'Eglise, suivant ce qui se pratiquait alors. Saint Ambroise fit une seconde fois l'éloge de son frère : et comme il s'étendit beaucoup sur le bonheur d'une mort chrétienne, et sur la résurrection des morts, cet éloge est communément appelé le discours sur la résurrection. Satyre est honoré parmi les Saints le 17 de Septembre.

Ambroise participe à plusieurs conciles et guérit une paralysée.

Ambroise tint un concile à Milan, en 381, contre l'hérésie d'Apollinaire. Il assista aussi à un concile d'Aquilée, où Pallade et Secondien, évêques ariens, furent déposés. Dans un voyage qu'il fit à Sirmich, il procura à l'église de cette ville un évêque catholique, malgré les intrigues de l'Impératrice Justine, qui voulait qu'on en prît un dans la secte des ariens. L'année suivante, il assista au concile que le pape Damase avait convoqué à Rome, pour remédier aux divisions qui troublaient l'Église d'Orient, à l'occasion du siège d'Antioche. Pendant son séjour à Rome, une baigneuse, retenue au lit par une paralysie, se fit porter, dit Paulin, au lieu où l'archevêque de Milan célébrait la messe, et lui demanda le secours de ses prières. Tandis que le Saint lui imposait les mains et priait pour elle, ajoute le même auteur, elle prit le bord de ses vêtements qu'elle baisa avec respect et confiance, et aussitôt elle se trouva parfaitement guérie.

La mort de Gratien qui suivait les conseils d'Ambroise.

Saint Ambroise eut toujours beaucoup de crédit auprès de Gratien, et lui lit porter diverses lois pleines de sagesse. Il était ordonné par une de ces lois de n'exécuter les criminels que trente jours après la sentence. Cette précaution fut jugée nécessaire pour éviter les surprises. Gratien était chaste, tempérant, affable, bienfaisant, et il joignait à ces vertus un grand zèle pour la religion. Il fit ôter du sénat, sur les représentations de saint Ambroise, l'autel de la Victoire, que Julien l'Apostat avait rétabli ; mais il était trop passionné pour la chasse et pour d'autres divertissements : ses ministres l'entretenaient dans cette passion, pour se rendre maîtres des affaires et gouverner sous son nom. Ce défaut d'application à ses devoirs, l'empêchait de veiller sur la conduite de ses officiers. De là, des murmures, des plaintes, qui aliénèrent insensiblement les esprits. Maxime, qui commandait dans la Grande-Bretagne, et qui avait eu autrefois pour collègue Théodose, alors Empereur d'Orient, profita de ce mécontentement. Il prit la pourpre et passa dans les Gaules avec son armée. Gratien sortit de Trèves aux approches de l'ennemi. II se livra près de Lyon une bataille qui dura cinq jours. Mais Gratien se voyant à la fin abandonné d'une partie de son armée, s'enfuit avec trois cents chevaux. Andragatius, général de la cavalerie de Maxime, lui tendit un piége, et il y tomba. Ce général se mit dans une litière fermée, et fit publier que c'était l'Impératrice qui venait joindre son mari. Gratien passa le Rhône pour aller au-devant d'elle : mais quand il fut auprès de la litière, Andragatius en sortit et le massacra le 25 Août 383(17). Gratien se plaignit en expirant de n'avoir point avec lui, dans ce dernier moment, son père Ambroise.

Ambroise est chargé par l'Impératrice de négocier avec Maxime.

Maxime, devenu maître de la puissance suprême, traita avec beaucoup de rigueur ceux qui étaient attachés au parti de Gratien. Il menaça de passer les Alpes, et de venir attaquer Valentinien II, qui faisait sa résidence à Milan avec Justine sa mère. Pour prévenir ce danger, l'Impératrice députa saint Ambroise vers Maxime. Le Saint s'acquitta de cette commission avec tant de succès, qu'il arrêta l'usurpateur dans sa marche. Il conclut même avec lui un traité plus favorable qu'on n'avait osé l'espérer. Il y était porté que Maxime régnerait sur la Gaule, la Bretagne et l'Espagne, et que Valentinien aurait l'Italie avec le reste de l'Occident. Saint Ambroise passa l'hiver de l'année 384 avec Maxime à Trèves, il eut le courage de refuser constamment de communiquer avec un tyran, dont les mains étaient teintes du sang de son maître, et de l'exhorter à fléchir la colère de Dieu par la pénitence.

Ambroise adresse deux apologies à Valentinien pour contrer l'îdolatrie prônée par Symmaque.

Les païens de Rome profitant de ces temps de confusion, firent leurs efforts pour rétablir les superstitions de l'idolâtrie. Ils avaient à leur tête le célèbre Symmaque, qui jouissait de la plus haute considération par ses talents, et sa capacité dans les affaires, et qui était alors préfet de Rome. Dans l'automne de l'année 384, il présenta une requête à Valentinien, au nom du sénat, pour lui demander le rétablissement de l'autel de la Victoire, et pour le prier de rendre aux prêtres et aux vestales leurs anciens revenus. Il attribuait au culte de ses prétendus dieux, les triomphes et la prospérité de l'ancienne Rome. Deux ans auparavant, on avait présenté une semblable requête à Gratien ; mais ce prince l'avait rejetée : elle avait d'ailleurs été désavouée par les sénateurs chrétiens, qui étaient en grand nombre.

Saint Ambroise, instruit de ce qui se passait, adressa deux lettres ou apologies à Valentinien. Non-seulement il y vengeait la religion chrétienne ; mais il y paraissait même supérieur en éloquence à Symmaque, qui était regardé comme le premier orateur de son temps. Dans la première de ces apologies, il demande communication de la requête qu'il ne connaissait que par les avis secrets qu'on lui avait donnés. Il disait à l'empereur : « Tous vos sujets, sont tenus de se soumettre à votre autorité ; mais vous êtes obligé d'obéir au vrai Dieu, et de défendre la religion de Jésus-Christ. Il ne vous est point permis de concourir à l'idolâtrie. Comment l'Eglise recevrait-elle les oblations d'un prince qui aurait donné des ornements pour les temples des idoles ? L'autel de Jésus-Christ n'admet point les dons de celui qui en a fait aux faux dieux(18). » Le Saint, dans sa seconde apologie, réfutait les raisons que Symmaque avait alléguées dans sa requête(19). Ces deux apologies ayant été lues dans le conseil de l'Empereur, ce prince répondit aux païens qu'il ne pouvait leur accorder ce qu'ils demandaient ; qu'il aimait Rome comme sa mère, mais qu'il devait obéir à Dieu comme a l'auteur de son salut.

Ambroise refuse de livrer la basilique Porcienne à l'Impératrice Justine et aux ariens.

L'Impératrice Justine, quoique arienne furieuse, n'avait osé se déclarer publiquement pour ceux de sa secte, tant que Valentinien I et Gratien vécurent. Mais elle se servit, pour persécuter les catholiques, de la paix qui régnait entre son fils et Maxime Elle oublia que cette paix était l'ouvrage de saint Ambroise, et ce fut contre le saint archevêque qu'elle dirigea ses principaux coups. Elle lui envoya demander, aux approches de Pâque de l'année 385, la basilique Porcienne qui était hors les murs de la ville, afin que les ariens y fissent le service divin, pour elle, pour l'Empereur son fils, et pour plusieurs officiers de la cour. Ambroise répondit qu'il ne livrerait jamais le temple de Dieu à ses ennemis. Il vint d'autres employés de la première qualité, qui demandèrent la basilique neuve. Ils reçurent la même réponse. Ils insistèrent pour que la première au moins fût donnée aux ariens. L'évêque resta inflexible. Des officiers de la cour eurent ordre d'aller tendre les tapisseries impériales à la basilique Porcienne, comme pour en prendre possession. Cette violence excita une émeute, et les habitants de la ville se saisirent dans la rue d'un prêtre arien, nommé Castulus. Ambroise était alors à l'autel. Informé de ce qui se passait, il pria Dieu avec larmes de ne pas permettre qu'il y eût de sang répandu. Il envoya en même temps des prêtres et des diacres pour délivrer Castulus. La cour, en punition de l'émeute, condamna les habitants de la ville à payer deux cents livres d'or. Ceux-ci répondirent qu'ils étaient disposés à payer une somme plus considérable, pourvu qu'ils eussent la liberté de retenir la vraie foi. Des comtes et des tribuns vinrent sommer Ambroise de céder la basilique, alléguant pour raison qu'elle appartenait à l'Empereur. L'archevêque répondit : « Si le prince me demandait ce qui est à moi, mes terres, mon argent, je ne les lui refuserais pas, quoique tout ce que je possède appartienne aux pauvres ; mais il n'a aucun droit à ce qui appartient à Dieu. Voulez-vous mon patrimoine ? Vous pouvez le prendre ; si vous demandez mon corps, je suis prêt à vous le livrer ; si vous avez dessein de me mettre à mort, vous n'éprouverez de ma part aucune résistance. Je n'aurai point recours à la protection du peuple, je ne me réfugierai point aux pieds des autels ; mais je sacrifierai ma vie pour la cause de ces mêmes autels(20). »

Ambroise passa tout le jour dans l'ancienne basilique. La nuit étant venue, il se retira dans sa maison, afin que, s'il y avait un ordre pour se saisir de sa personne, on pût facilement le trouver. Le lendemain, qui était le Mercredi de la Semaine-sainte, il se rendit avant le jour à l'ancienne basilique, qui fut aussitôt investie de soldats. On en envoya d'autres se saisir de la basilique neuve. Ambroise de son côté envoya des prêtres pour y faire l'office. Ceux-ci menacèrent de l'excommunication quiconque se porterait à la moindre violence. Les soldais, qui étaient catholiques, entrèrent dans l'église, et y prièrent paisiblement. Ambroise prêcha le soir sur la patience, à l'occasion de l'histoire de Job, qu'on avait lue à l'église. Après le sermon, il vint un secrétaire de la cour, qui demanda à parler à l'évêque en particulier. Il lui fit des reproches amers, et lui dit qu'il se comportait en tyran. Ambroise répondit :« Maxime, Maxime qui se plaint que je l'ai arrêté dans sa marche quand il venait en Italie, ne dit point que je sois un tyran envers Valentinien. Les évêques n'agissent point en tyrans ; mais ils ont quelquefois beaucoup souffert de la part des tyrans. » Les catholiques passèrent tout le jour dans de grandes alarmes. Comme la basilique était environnée de soldats, le Saint ne put retourner à sa maison. Il employa la nuit a réciter des psaumes avec ses clercs dans la petite basilique de l'église, ou dans quelque chapelle des bâtiments extérieurs. Le lendemain, qui était le Jeudi-saint, Ambroise continua de prier et d'instruire le peuple. Enfin on apprit que l'Empereur avait retiré les soldats de la basilique, et qu'il avait remis aux habitants de la ville l'amende à laquelle ils avaient été condamnés. Chacun fit alors éclater sa joie et sa reconnaissance envers le Seigneur. L'archevêque envoya la relation de ce qui s'était passé, à Marcelline, sa sœur, qui pour lors était à Rome. Il lui dit, à la fin de cette relation, qu'il prévoit des troubles encore plus grands ; puis il ajoute : « L'eunuque Calligone, grand chambellan, m'a dit : Vous osez donc mépriser Valentinien, de mon vivant ? Je vous ferai couper la tête. Je prie Dieu, lui ai-je répondu, de m'accorder la grâce de souffrir : je souffrirai en évêque ; mais vous, vous agirez en eunuque. Puissent tous les ennemis de l'Eglise cesser de la persécuter, en tournant contre moi tous leurs traits, et en étanchant leur soif barbare dans mon sang(21) ! » Peu de temps après, Calligone, convaincu d'un crime abominable, fut condamné à perdre la tête.

L'attachement du peuple à saint Ambroise ne fit qu'augmenter la haine de Justine contre le saint archevêque. Elle engagea son fils à donner une loi qui autorisât les assemblées religieuses des ariens. Cette loi fut publiée le 23 Janvier 386(22) : elle avait été rédigée par Mercurm, que les ariens avaient fait évêque de Milan pour ceux de leur secte, et qui prit le nom d'Auxence II. Comme il y était défendu, sous peine de mort, de troubler les assemblées des hérétiques, on ne savait quelles mesures prendre pour empêcher qu'ils n'eussent une église(23). Ainsi, le carême suivant, Justine demanda de nouveau à saint Ambroise la basilique Porcienne. Le Saint répondit : « Naboth ne voulut point donner l'héritage de ses pères, et moi je livrerais l'héritage de Jésus-Christ ! A Dieu ne plaise que j'abandonne celui de mes pères, de saint Denis qui est mort en exil pour la défense de la foi, de saint Eustorgue-le-Confesseur, de saint Mérocle, et de tous les saints évêques mes prédécesseurs. » Dalmace, tribun et notaire, vint trouver Ambroise de la part de l'Empereur, pour lui ordonner de choisir des juges, comme Auxence en avait choisi de son côté, afin que ce qui faisait l'objet de la dispute, fût examiné et décidé en présence du prince. Il ajouta que si le Saint refusait d'accepter cette proposition, il n'avait d'autre parti à prendre que de se retirer, et de céder son siège à Auxence. Ambroise, ayant consulté son clergé et quelques évêques catholiques qui se trouvaient à Milan, envoya sa réponse à l'Empereur. Il lui dit entre autres choses : « Qui ne sait que dans les matières de foi les évêques sont juges des Empereurs chrétiens ? Comment donc les Empereurs jugeraient-ils les évêques ? Voulez-vous que je choisisse des juges laïques, pour qu'ils soient bannis ou condamnés à mort, s'ils défendent la vraie foi ? Dois-je les exposer à la prévarication ou aux tourments ? La personne d'Ambroise n'est pas assez importante, pour que le sacerdoce soit déshonoré à cause de lui. La vie d'un homme ne doit point entrer en comparaison avec la dignité de tous les évêques. Si l'on veut une conférence sur la foi, c'est aux évêques à la tenir. C'est ainsi que les choses se sont passées sous Constantin, qui laissa les évêques juges de la doctrine. »

Lorsqu'Ambroise eut envoyé sa réponse a l'Empereur, il se retira dans l'église. Il y fut gardé quelque temps par le peuple qui faisait sentinelle nuit et jour, pour empêcher qu'on ne lui enlevât son pasteur. L'église fut bientôt environnée de soldats envoyés par la cour ; ils laissaient entrer dans l'église, mais ils ne permettaient à personne d'en sortir. L'archevêque fit plusieurs discours au peuple dans cette occasion. Dans un de ces discours, qui fut prononcé le Dimanche des Rameaux, et que nous avons encore sous ce titre : Il ne faut point livrer les basiliques(24), il s'exprime ainsi : « Croyez-vous que je puisse vous abandonner, pour sauver ma vie ? Ma réponse a dû vous faire connaître que je n'abandonnerais pas l'église, parce que je crains le Seigneur de l'univers plus que l'Empereur. Si on m'enlève de force de l'église, on n'en tirera que mon corps ; jamais mon âme n'en sera séparée. Si l'Empereur agit contre moi en prince, je saurai souffrir en évêque. Pourquoi donc êtes-vous dans le trouble ? Je ne vous quitterai point volontairement : mais je ne puis résister ni m'opposer à la violence : je puis gémir et pleurer : je n'ai d'appui que dans mes larmes, contre les soldats et les glaives ; les évêques n'ont point d'autre défense. Je ne puis, je ne dois opposer d'autre résistance. Mais s'il s'agit de fuir et d'abandonner mon église, je ne me rendrai jamais coupable d'une telle lâcheté, malgré mon respect pour l'Empereur. Je m'offre aux tourments, et je ne crains point les maux dont on me menace.... On m'a proposé de livrer les vases qui appartiennent à l'église. J'ai répondu que, s'il était question de mes terres, de mon or ou de mon argent, je les donnerais volontiers, mais que je ne pouvais rien prendre de l'Église de Dieu. Si l'on en veut à mon corps et à ma vie, vous ne devez être que spectateurs du combat. Inutilement vous opposeriez-vous à l'exécution des desseins du Seigneur. Celui qui m'aime, ne peut me donner une plus grande preuve de son amour, qu'en me laissant devenir la victime de Jésus-Christ. J'attendais quelque chose d'extraordinaire, c'est-à-dire, que je m'attendais à périr par le glaive ou à être brûlé pour le nom de Jésus-Christ. On m'offrit des plaisirs au lieu de souffrances. Ne vous laissez donc point troubler en entendant dire qu'un chariot est préparé, ou qu'Auxence a donné lieu de tout craindre... On disait effectivement qu'on avait envoyé des bourreaux, et que j'étais condamné à la mort. Encore une fois, je ne crains rien, et je ne quitterai point ce lieu. Où irais-je ? Je ne trouverais partout que gémissements et que larmes, puisque partout on a donné des ordres de chasser les évêques catholiques, de mettre à mort ceux qui résistent, et de proscrire tous les officiers des villes qui n'exécuteront point ces ordres. Qu'avons-nous dit dans nos réponses à l'Empereur, qui ne s'accorde pas avec le devoir et l'humilité ? S'il demande le tribut, nous ne le lui refusons point : les terres de l'Église contribuent aux charges publiques. S'il désire nos biens, il peut les prendre ; personne de nous ne lui résistera. Je ne les donne point, mais aussi je ne les refuse pas ; les contributions du peuple sont plus que suffisantes pour assister les pauvres. On nous fait des reproches à cause de l'or que nous leur distribuons. Loin de nier ce fait, je m'en glorifie. Les prières des pauvres sont ma défense. Ces aveugles, ces boiteux, ces vieillards sont plus puissants que les plus braves guerriers. Nous rendons à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. Le tribut est à César, l'Église est à Dieu. Personne ne peut dire que c'est là manquer de respect à l'Empereur. Peut-on l'honorer davantage que de l'appeler le fils de l'Eglise ? L'Empereur est dans l'Eglise, et non au-dessus de l'Eglise. »

Explications et dénouement

Rien de plus admirable que l'intrépidité avec laquelle Ambroise annonce son mépris pour l'exil et les tourments, que la hardiesse avec laquelle il découvre l'impiété d'Auxence et des autres ariens. Il appelle la loi qu'ils avaient rédigée, une épée volante envoyée dans l'empire pour mettre les uns à mort, et pour rendre les autres coupables de sacril`ges. Ce qu'il dit du chariot est expliqué par Paulin. Cet auteur rapporte qu'un nommé Euthyme avait fait mettre un chariot près de l'église, afin d'enlever plus facilement le saint évêque, et de le conduire en exil ; mais l'année suivante, Euthyme fut arrêté dans sa maison, et mené en exil dans le même chariot. Ambroise l'assista dans son malheur, et lui fournit de l'argent avec tout ce qui lui était nécessaire pour son voyage. Paulin ajoute qu'on employa divers stratagèmes pour ôter au Saint la liberté et même la vie. Un assassin entra dans sa chambre pour le massacrer ; mais lorsqu'il allait frapper le coup mortel, son bras étendu resta immobile, et il n'en recouvra l'usage, que quand il eut avoué qu'il était envoyé par Justine, et qu'il eut témoigné un vrai repentir de sa faute. Ambroise, étant resté plusieurs jours dans l'église ou dans les bâtiments adjacents, avec le peuple qui en gardait les portes et tous les passages, les soldats eurent ordre de se retirer, et l'archevêque retourna dans sa maison.

Utilisation des psaumes ; chant à deux chœurs

Les ariens lui reprochaient(25) d'enseigner l'erreur au peuple par les hymnes qu'il faisait chanter. Il convient qu'il se servait de ce moyen pour leur inculquer le dogme de la Trinité ; et c'était ce dogme que les ariens traitaient d'erreur. Durant la persécution dont nous venons de parler, il exhortait les fidèles à chanter assidûment les hymnes et les antiennes qu'il avait composées. Quant aux psaumes, on les avait toujours chantés dans l'Eglise. Mais il paraît que saint Ambroise fut le premier qui, d'après ce qui se pratiquait dans les églises d'Orient, établit à Milan l'usage de chanter alternativement des psaumes à deux chœurs(26), usage qu'adoptèrent depuis toutes les églises d'Occident(27) (27).

Découverte des reliques de saint Gervais et de saint Protais

Saint Ambroise, au milieu de ses tribulations, fut bien visiblement consolé par la découverte des reliques de saint Gervais et de saint Protais. Il a donné lui-même l'histoire de cette découverte dans une lettre à Marcelline, sa sœur(28). Il désirait dédier l'église appelée depuis Ambrosienne, de son nom, de la même manière qu'il avait auparavant dédié la basilique romaine, à laquelle on donna ce nom, parce qu'elle était près d'une porte de Milan, dite la porte romaine ; mais il n'avait point de reliques de martyrs. Ayant fait creuser la terre devant la grille des tombeaux de saint Nabor et de saint Félix, on y trouva les ossements de saint Gervais et de saint Protais. Ces reliques furent déposées dans la basilique Faustinienne. Le lendemain matin, on les porta dans la basilique Ambroisienne. Durant cette translation, un aveugle, nommé Sévère, très connu dans toute la ville, recouvra la vue en appliquant sur ses yeux un linge qui avait touché le cercueil où étaient les saintes reliques. Ce miracle se fit en présence d'une multitude innombrable de peuple ; il est attesté par Paulin, dans sa vie de saint Ambroise, et par saint Augustin, qui était alors à Milan(29). Le saint archevêque fit deux discours à cette occasion. Il y parle de ce miracle, et de plusieurs autres opérés par les mêmes reliques. Il assure que des malades furent guéris, et des possédés délivrés du démon. Nous apprenons de Paulin et de saint Augustin(30), que la découverte des reliques de saint Gervais et de saint Protais, faite en 386, mit fin a la persécution suscitée par les ariens contre saint Ambroise. Les hérétiques, attachés à la cour, prétendirent que le Saint avait gagné quelques personnes pour les engager à contrefaire les possédés : mais Ambroise réfuta cette calomnie dans le second de ses discours. Il fit tellement valoir l'évidence et la notoriété des faits, que les ariens, réduits au silence, furent obligés de le laisser en paix(31).

Échec des négociations conduites par Ambroise auprès de Maxime

Maxime, que Valentinien et Théodose avaient reconnu pour Empereur dans des traités solennels, écrivit au premier de ces princes, pour l'exhorter à ne plus persécuter l'Église catholique. Ce fait est rapporté par Sozomène et par Théodoret. Maxime disait à Valentinien : « Cette doctrine, que vous attaquez est crue dans toute l'Italie, en Afrique, dans la Gaule, en Aquitaine, en Espagne ; en un mot, à Rome, qui tient le premier rang dans la religion comme dans l'empire(32). »

On apprit à Milan, en 387, que Maxime se préparaît à attaquer l'Italie. C'est bien une preuve que l'ambition est une soif insatiable, et qu'elle tourmente ceux dont elle s'est emparée, jusqu'à ce qu'elle les ait précipités dans l'abîme qu'elle a creusé elle-même. Maxime comptait pour rien la possession tranquille de la Bretagne, de la Gaule et de l'Espagne, tant qu'il ne serait pas maître de l'Italie. Le succès de son usurpation lui faisait porter ses vues plus loin, et il pensait que rien ne pouvait s'opposer à l'exécution de ses projets. Valentinien, trop faible pour lui résister, résolut, de concert avec l'Impératrice, sa mère, de députer une seconde fois saint Ambroise vers Maxime. Le Saint oublia tout ce qu'on lui avait fait souffrir, et se chargea de cette seconde ambassade. Dès le lendemain de son arrivée à Trèves, il se présenta à la cour ; mais l'audience qu'il demandait lui fut refusée, on lui dit qu'il ne serait entendu qu'au conseil, ce qui était contraire au privilège qu'avaient les évêques et les ambassadeurs des Empereurs. Ambroise fit d'inutiles représentations à ce sujet, il céda à la fin, aimant mieux manquer à sa dignité, que de ne pas remplir sa commission. Il fut donc introduit dans le conseil. Maxime, qui était assis sur son trône, se leva pour lui donner le baiser, comme cela se pratiquait alors à l'égard des évêques et des hommes revêtus de places éminentes. Le Saint resta debout, quoique les membres du conseil lui dissent d'approcher du trône, et que l'Empereur l'appelât. Maxime lui reprocha de l'avoir trompé dans sa première ambassade, en l'empêchant d'entrer en Italie, dans un temps où rien ne pouvait s'opposer à ses armes. Ambroise répondit qu'il était bien aise d'avoir cette occasion pour se justifier ; qu'au reste il lui était glorieux d'avoir sauvé la vie à un prince orphelin ; qu'il n'avait point mis d'obstacle à la marche des légions de Maxime ; qu'il n'avait pas fait un rempart de son corps pour leur fermer le passage des Alpes ; qu'on ne pouvait lui reprocher d'avoir trompé l'Empereur en quelque chose que ce fût ; qu'à la vérité il n'avait pas été d'avis qu'on fît Venir Valentinien, comme Maxime le désirait ; mais qu'il avait pensé ainsi, parce qu'il ne lui paraissait pas raisonnable qu'un prince encore enfant se mît en chemin pour traverser les Alpes dans le cœur de l'hiver. Valentinien, ajouta-t-il, avait auprès de lui le frère de Maxime, quand il apprit l'assassinat de Gratien ; il le renvoya cependant sans vouloir le sacrifier à son juste ressentiment. Qui l'eût empêché de lui ôter la vie, et de le traiter comme son frère l'avait été par Maxime? Ambroise reprocha à Maxime d'avoir non seulement assassiné Gratien, mais d'avoir fait périr encore plusieurs grands hommes, qui n'avaient d'autre crime que d'être fidèlement attachés à leur prince naturel. Il finit par l'exhorter à faire pénitence pour obtenir miséricorde auprès de Dieu : enfin, il le pria de rendre à Valentinien le corps de Gratien, son frère, afin qu'il ne fût pas privé d'une sépulture convenable à son auguste rang. Maxime dit qu'il délibérerait sur cette dernière demande. Sa colère contre Ambroise augmenta encore, quand il le vit refuser constamment de communiquer et avec lui et avec les ithaciens, qui poursuivaient la mort des priscillianistes. Comme il se montrait inflexible sur ce point, il eut ordre de se retirer. On exila en même temps un évêque fort âgé, qui se nommait Hygin. Ambroise intercéda en sa faveur, et demanda qu'on lui fournit au moins les secours les plus nécessaires. Non seulement il n'obtint point la grâce qu'il sollicitait, mais il fut chassé lui-même. De retour à Milan, il informa Valentinien du mauvais succès de son ambassade, et lui recommanda de se tenir sur ses gardes, quand il serait question de traiter avec Maxime. Il lui représenta que ce prince était un ennemi caché, dont les vues n'étaient rien moins que pacifiques, et qui ne pensait qu'à faire la guerre(33). L'événement prouva que le Saint ne se trompait pas.

Valentinien missionne Doronin à la place d'Ambroise ; Maxime tue Doronin et attaque l'Italie.

Vaientinien, qui avait une grande confiance en Doronin, le destina à remplacer saint Ambroise dans son ambassade. Maxime le reçut d'une manière honorable, et lui fit toutes sortes de caresses. Il le chargea d'assurer Valentinien de son amitié. Il le renvoya même avec un corps considérable de troupes, sous prétexte de secourir son maître contre les barbares qui venaient de tomber sur la Pannonie. Mais ces troupes étant arrivées aux Alpes, se saisirent de tous les passages. Maxime alla les joindre avec son armée, entra dans l'Italie sans trouver la moindre résistance, et vint prendre ses quartiers à Aquilée. Cette entreprise, à laquelle on ne s'attendait point, jeta partout la terreur. Valentinien et l'Impératrice sa mère, s'enfuirent à Thessalonique, d'où ils envoyèrent demander du secours à Théodose. Ce prince désirait depuis longtemps de venger la mort de Gratien ; mais il n'avait pu encore exécuter ce projet, parce qu'il s'était occupé à soumettre les barbares, et à rétablir la paix de l'Eglise dans l'Orient.

Théodose fait renoncer Valentinien à l'arianisme.

Il n'eut pas plus tôt été instruit de la fuite de Valentinien, qu'il partit de Conslantinople. Arrivé à Thessalonique, il consola les malheureux restes de la famille de Valentinien Ier, auxquels il promit les secours les plus efficaces : mais il commença par représenter au jeune Empereur qu'il avait attiré sur lui la colère du Ciel, en favorisant l'arianisme et en persécutant l'Eglise catholique. Il dissipa ses préjugés, et le fit renoncer entièrement à l'hérésie. C'était la coutume de Théodose de ne former aucune entreprise, qu'il ne se fût d'abord adressé au Ciel pour le mettre dans ses intérêts.

L'influence de l'Impératrice Flaccille, femme de Théodose

Ce prince avait perdu quelque temps auparavant l'Impératrice Flaccille, son épouse, qui descendait de la famille Ælienne, dont était l'Empereur Adrien, mais qui était encore plus illustre par ses vertus que par sa naissance. La prière et le soin des pauvres avaient fait sa principale occupation. Elle allait visiter les malheureux qu'elle servait de ses propres mains. On la vit aussi plus d'une fois rendre les services les plus humiliants à des pauvres attaqués de maladies dégoûtantes(34). Elle employa le crédit que ses vertus et ses belles qualités lui donnaient sur l'esprit de son mari, à lui inspirer du respect pour la religion, et un zèle ardent pour la défense de l'Eglise. Elle désirait plus de le voir un prince selon le cœur de Dieu, que maître du monde entier. Pour le prémunir contre les pièges de l'arianisme, elle l'engagea à chasser de son palais ceux qui entretenaient des correspondances secrètes avec Eunomius, et à se tenir fermement attaché aux décisions du concile de Nicée(35).

Théodose défait Maxime

Théodose, pour donner une preuve non équivoque de son amitié à Valentinien II, épousa Galla, sœur de ce prince. Quelques auteurs disent que ce mariage se fit à Thessalonique, mais d'autres prétendent qu'il se célébra plus tôt. Quoi qu'il en soit, Théodose déclara la guerre à Maxime, au printemps de l'année 388. Il ordonna des prières solennelles, afin d'attirer sur ses armes la protection du Ciel ; il engagea aussi les plus célèbres solitaires d'Egypte à lever les mains vers le Seigneur, tandis qu'il combattrait(36). Il consulta en particulier saint Jean, l'un d'entre eux, lequel lui prédit la victoire, et les principaux événements de son règne(37). Il mit parmi ses troupes la discipline la plus exacte, afin qu'elles ne causassent aucun dommage dans les lieux où elles devaient passer. Ayant attaqué Maxime avec autant de courage que de prudence, il le défit sur les bords de la Save, près de Siscia, aujourd'hui Peisseig, dans la Pannonie. Il défit aussi Marcellin, frère du tyran, sur les bords de la Drave, quoique son armée fût de beaucoup moins nombreuse. Après avoir envoyé dans la Gaule Arbogaste, général des barbares, qui servait dans son armée, pour se rendre maître de ce pays, il marcha vers Aquilée où Maxime s'était sauvé. Comme l'usurpateur ne pouvait échapper, ses propres soldats le dépouillèrent des habits impériaux, et le livrèrent à Théodose. Ce prince lui reprocha sa perfidie, toutefois avec plus de compassion que de colère. Il était porté d'abord à lui laisser la vie ; mais enfin il souffrit qu'on le décapitât le 28 Juillet 388. Maxime avait régné près de cinq ans. Théodose se rendit ensuite à Milan, et il y resta depuis le 10 d'Octobre jusqu'à la fin de Mai.

Théodose accède aux demandes d'Ambroise et fait participer Valentinien à son triomphe.

Les chrétiens de Callinique, en Mésopotamie, avaient été insultés par les Juifs dans une procession religieuse ; ils s'en vengèrent en renversant leur synagogue. Le comte d'Orient informa Théodose de cette affaire. L'Empereur rendit une ordonnance, portant qu'il fallait punir sévèrement l'évêque et les chrétiens de Callinique, et les obliger de rebâtir à leurs frais la synagogue qu'ils avaient détruite. Ce jugement pénétra de douleur les évêques orientaux. Ils écrivirent à saint Ambroise, pour le prier d'engager l'Empereur à réformer son ordonnance. Le Saint écrivit à Théodose de la manière la plus forte : mais il ne put rien obtenir(38). Il lui adressa depuis dans l'église un discours sur le même sujet, et il y déclara qu'il n'irait point à l'autel que l'évêque et les chrétiens de Callinique n'eussent obtenu grâce(39). Théodose se rendit à la fin, et promit de ne point faire exécuter l'ordonnance qu'il avait rendue. Les députés du sénat de Rome vinrent complimenter Théodose à Milan. Ils le prièrent dans leur harangue de laisser subsister l'autel de la Victoire, dont Maxime avait permis le rétablissement. L'Empereur paraissait incliné à user de condescendance en cette occasion : mais sur les représentations de saint Ambroise, il refusa d'acquiescer à la demande qu'on lui faisait. Après avoir passé à Milan l'hiver et une partie du printemps, il partit pour Rome. Il y fit son entrée au mois de Juin, et y reçut les honneurs du triomphe. Il était monté sur un char tiré par des éléphants, que le Roi de Perse lui avait envoyés. On portait devant lui les dépouilles des ennemis, avec les représentations des provinces qu'il avait ou conquises ou délivrées. Les seigneurs de sa cour, le sénat, la noblesse, le peuple, suivaient avec des acclamations extraordinaires ; mais quelque magnifique que fût la pompe de cette auguste cérémonie, tous les yeux se fixaient sur le triomphateur, qui en faisait le plus bel ornement par sa modestie(40). Pacatus, orateur gaulois, prononça le panégyrique de Théodose en présence de ce prince, et ce discours fut applaudi par tous les ordres de la ville. L'Empereur avait fait asseoir le jeune Valentinien à côté de lui sur son char, afin de lui faire partager la gloire du triomphe. Pendant son séjour à Rome, on le voyait souvent sans gardes, et il gagna tous les cœurs par son affabilité, sa bienfaisance et sa générosité. Il abolit les restes de l'idolâtrie, et défendit de célébrer à l'avenir les fêtes païennes. Les idoles furent brisées, et les temples dépouillés de leurs ornements. On épargna cependant les statues qui venaient des grands maîtres, et on les destina à servir d'ornement à la ville, en les mettant dans des portiques ou dans les places publiques.

Les bonnes influences de Théodose

Symmaque, qui avait eu des intelligences avec Maxime, fut accusé de haute trahison. Il se sauva dans une église, comme dans un asile ; mais Théodose ne voulut point revenir sur ce qui s'était fait sous le règne de l'usurpateur. Symmaque prononça dans le sénat le panégyrique de l'Empereur, et renouvela, toutefois avec beaucoup d'art, la demande de l'autel de la Victoire. Théodose témoigna sa satisfaction du discours ; mais il ne dissimula pas son mécontentement de l'opiniâtreté avec laquelle on insistait sur un objet qu'on savait lui déplaire, et sur lequel il s'était expliqué si clairement. Il défendit à Symmaque de reparaître devant lui. Il lui rendit cependant depuis ses bonnes grâces, et l'éleva même aux premières dignités(41).

Théodose revint à Milan au mois de Septembre, et remit à Valentinien tout l'empire d'Occident. Les instructions qu'il avait données à ce jeune prince, restèrent si profondément gravées dans son esprit, qu'il fut toujours depuis très zélé catholique. Il se mit sous la conduite de saint Ambroise, et l'honora comme son père, tant qu'il vécut. L'Impératrice Justine était morte avant la fin de la guerre.

Le Pape Sirice avait condamné Jovinien à Rome. Cet hérésiarque, obligé de prendre la fuite, se retira à Milan ; mais Théodose l'en fit chasser. Il fut condamné de nouveau et anathématisé dans un concile que tint saint Ambroise en 390.

Rufin convint Théodose de réprimer durement une sédition, ce qui conduit à un massacre.

Ce concile était encore assemblé, lorsqu'on apprit à Milan la nouvelle du massacre commis à Thessalonique(42). Buthéric, commandant des troupes d'Illyrie, lequel faisait sa résidence à Thessalonique, avait fait mettre en prison un cocher attaché au cirque, pour avoir séduit une jeune domestique de sa maison. Le peuple lui demanda la liberté du cocher, afin qu'il pût paraître dans le cirque un jour de fête. N'ayant pu l'obtenir, il devint furieux, et se porta aux dernières extrémités. Dans cette sédition, plusieurs officiers furent tués a coups de pierres, et on traîna leurs corps dans les rues de la ville. Buthéric perdit lui-même la vie. Cette nouvelle transporta de colère l'Empereur, qui était naturellement emporté. Saint Ambroise et quelques autres évêques intercédèrent pour les coupables, et Théodose promit leur grâce. Mais le fameux Rufin, alors maître des offices, et d'autres courtisans le firent changer de résolution, sous prétexte que l'insolence du peuple avait été portée trop loin, que l'impunité serait dangereuse, et qu'un exemple de sévérité était nécessaire dans la circonstance présente. On envoya donc un ordre au commandant de l'Illyrie, pour mettre à mort sept mille hommes de Thessalonique. Cet ordre fut exécuté avec la plus grande barbarie ; les soldats saisirent le moment où le peuple était assemblé dans le cirque, et massacrèrent tout ce qu'ils rencontrèrent. Cette boucherie dura trois heures, et il périt sept mille hommes. On ne distingua point les innocents des coupables. Telle fut la brutalité des soldats, qu'un esclave s'étant offert pour prendre la place de son maître, ils le massacrèrent. On rapporte aussi qu'un père, voyant ses deux fils prêts à recevoir le coup mortel, se jeta aux pieds de ceux qui allaient les frapper. Il les loucha par ses larmes, et ils lui promirent d'en laisser vivre un à son choix. Ce malheureux père, que sa tendresse empêchait de faire ce choix, courait à ses enfants l'un après l'autre, sans pouvoir se décider ; les soldats, impatients du délai, ôtèrent la vie à tous les deux.

Cette scène tragique pénétra de douleur Ambroise et les autres évêques. Le Saint crut cependant devoir dissimuler quelque temps, afin que Théodose, venant à réfléchir, pût rentrer en lui-même. L'Empereur n'était point alors à Milan, mais il devait y revenir sous peu de jours. Ambroise quitta la ville, pour ne pas s'y trouver avec lui. Mais il lui écrivit une lettre que nous avons encore, et qui est aussi tendre que pathétique. Après l'avoir exhorté à faire pénitence, il lui déclare qu'il ne pourra recevoir son offrande, ni offrir les divins mystères en sa présence, jusqu'à ce qu'il ait satisfait à la Justice divine. Il ajoute qu'il est rempli de respect pour l'Empereur, mais qu'il doit à Dieu la préférence, et que l'amour qu'il lui porte doit se concilier avec le salut de son âme(43).

Théodose se soumet à la pénitence demandée par Ambroise mais Rufin essaye d'affaiblir cette pénitence.

Peu de temps après, l'évêque revint à Milan. L'Empereur s'étant présenté pour entrer dans l'église, selon la coutume, Ambroise alla au-devant de lui dans le vestibule, et lui défendit d'avancer plus loin. Il lui dit : « Seigneur, il semble que vous ne sentez point encore l'énormité du massacre commis par vos ordres. L'éclat de la pourpre ne doit point vous empêcher de reconnaître la faiblesse de ce corps si magnifiquement couvert. Vous êtes pétri du même limon que vos sujets : il n'y a qu'un Seigneur, qu'un Maître du monde. Avec quels yeux considérerez-vous son temple ? Avec quels pieds foulerez-vous son sanctuaire ? Oserez-vous, en priant, lever vers lui ces mains encore teintes d'un sang injustement répandu ? Retirez-vous donc, et n'allez pas aggraver par un nouveau crime celui dont vous êtes coupable. Recevez avec soumission le joug que le Seigneur vous impose ; il est dur, mais salutaire, et il procure la guérison de l'âme. » Le prince ayant dit pour s'excuser que David avait péché, l'évêque lui répondit que puisqu'il l'avait imité en péchant, il devait aussi l'imiter dans sa pénitence(44). Théodose se soumit, et accepta la pénitence canonique qui lui fut imposée. Il se retira dans son palais, où il passa huit mois, sans aller à l'église, entièrement occupé des exercices propres aux pénitents publics. La fête de Noël étant arrivée, il redoubla ses larmes, en pensant qu'il était exclus de l'assemblée des fidèles. Rufin, maître des offices et contrôleur du palais, lui demanda la cause de l'excessive douleur qu'il témoignait ; il voulut lui persuader qu'il n'avait fait autre chose que de punir des coupables ; qu'il n'avait pas sujet de se livrer ainsi à la tristesse, et que la piété chrétienne n'exigeait point qu'il persistât dans un état aussi cruel. Il ne se contentait pas de l'avoir porté à commettre un crime, il employait encore la flatterie pour affaiblir sa pénitence. L'Empereur versant des larmes avec plus d'abondance, lui dit : « Rufin, vous vous moquez de moi. Que vous connaissez peu la peine que je ressens ! Je gémis, je pleure sur mon triste état. L'église est ouverte aux mendiants et aux esclaves; mais les portes de l'église, et conséquemment celles du ciel me sont fermées ; car le Seigneur a dit : Tout ce que vous lierez sur la terre, sera lié dans le ciel. »
Rufin reprit : « Si vous le jugez à propos, j'irai trouver l'évêque, et j'espère lui persuader de vous absoudre. »
L'empereur répliqua : « Vous n'y réussirez point, je reconnais la justice de la sentence portée contre moi, je sais d'ailleurs qu'Ambroise est inflexible quand il s'agit de son devoir, et qu'il ne fera rien contre la loi de Dieu, par respect pour la majesté impériale(45). »
Il ajouta qu'il aimait mieux achever sa pénitence, que de demander une absolution qui serait jugée trop précipitée. Rufin persistant toujours, il lui permit d'aller trouver l'évêque. Il le suivit peu de temps après, dans l'espérance que sa démarche ne serait pas inutile.

Ambroise obtient que Théodose ait des regrets sincères.

Dès qu'Ambroise aperçut Rufin, il lui dit : « Comment osez-vous concevoir une pareille espérance ? C'est vous qui avez conseillé le massacre, et vous vous chargez d'en solliciter le pardon ? Vous avez dépouillé tout sentiment de honte, et vous ne tremblez pas au souvenir d'un si grand crime, et de l'outrage fait à l'image de Dieu ? » Rufin redoubla ses prières, et dit à l'évêque les choses les plus pressantes. Il ajouta que l'Empereur arriverait bientôt. Ambroise répondit : « Si cela est, je vous déclare que je ne le laisserai point entrer dans le vestibule de l'église. S'il veut employer la force et agir en tyran, je suis prêt à souffrir la mort. Je me présenterai moi-même au glaive des bourreaux. » Rufin voyant son inflexibilité, envoya dire à l'Empereur de ne pas sortir de son palais ; mais comme Théodose était en chemin, il dit : « J'irai et je recevrai l'affront que je mérite. » Il n'alla cependant point à l'église ; il attendit l'évêque qui était dans la salle d'audience, et le pria de ne pas lui refuser l'absolution. Ambroise dit : « Quoi ! Vous venez ici, au mépris des lois saintes de Dieu ? » L'empereur répondit : « Je les respecte, je ne violerai point les règles en entrant dans le vestibule : mais je vous prie de rompre ces liens, et de ne pas me fermer la porte que le Seigneur a ouverte à tous les pénitents. » L'évêque reprit : « Quelle pénitence avez-vous faite, après vous être rendu coupable d'un tel crime ? » L'Empereur dit : « C'est à vous, à me prescrire ce que je dois faire, et à appliquer les remèdes convenables à la maladie de mon âme, comme c'est à moi à me soumettre, et à accomplir ce qui me sera ordonné(46). » Ambroise lui dit de se placer dans l'église parmi les pénitents publics.

On lit dans Sozomène que l'Empereur fit une confession publique de son péché, et dans l'oraison funèbre de ce prince par saint Ambroise, qu'il se mit à genoux à la porte de l'église, qu'il resta longtemps prosterné parmi les pénitents, et qu'il disait avec David : Mon âme a été comme attachée à la terre ; Seigneur, rendez-moi la vie selon votre parole(47). Dans cette posture, il se frappait la poitrine de temps en temps, et il demandait pardon à Dieu en versant beaucoup de larmes. Ce spectacle attendrit le peuple, tous pleuraient et priaient avec lui. Ambroise, avant de lui donner l'absolution, lui enjoignit de porter une loi qui ordonnât de suspendre pendant trente jours l'exécution des jugements concernant la vie et la confiscation des biens des citoyens. C'était une précaution pour empêcher à l'avenir les funestes effets de la précipitation ou de la surprise. Théodose signa la loi, et promit de la faire observer. Gratien en avait donné une semblable huit ans auparavant ; elle a été jointe à celle de Théodose, et les deux n'en font plus qu'une(48). Enfin l'Empereur reçut l'absolution ; mais il ne cessa le reste de sa vie de détester la faute dans laquelle il était tombé par surprise, et à l'instigation des autres.

Suite à la demande d'Ambroise Théodose ne reste plus dans le sanctuaire.

Théodoret rapporte un autre exemple de religion et d'humilité que ce prince donna dans la ville de Milan(49) : mais on ne sait s'il faut le placer avant ou après sa pénitence. Ayant présenté son offrande à l'autel, un jour de fête, il resta dans l'enceinte du sanctuaire. Ambroise lui demanda s'il attendait quelque chose. Théodose répondit qu'il restait pour assister au sacrifice et pour recevoir la communion. L'archidiacre alla lui dire de la part de l'évêque : « Seigneur, il n'y a que les ministres sacrés qui aient le droit d'être dans le sanctuaire ; vous devez donc en sortir, et rester avec les autres fidèles. La pourpre fait les princes, mais non les prêtres. » L'Empereur répondit qu'il n'avait point eu l'intention d'aller contre les règles, ni de se singulariser en se séparant des autres fidèles, et qu'il avait cru pouvoir rester dans le sanctuaire à Milan comme à Constantinople. Après avoir remercié Ambroise de ce qu'il venait de l'avertir de son devoir, il sortit de la balustrade, et se mit parmi les laïques. A son retour à Constantinople, il ne resta plus dans le sanctuaire, et il en sortait dès qu'il avait fait son offrande. La première fois que l'archevêque Nectaire s'en aperçut, il lui envoya dire de rentrer, et de prendre sa place ordinaire. L'Empereur dit en soupirant : « J'ai appris enfin a différence qu'il y a entre le sacerdoce et l'empire. Je suis environné de flatteurs, et je n'ai trouvé qu'un homme qui m'ait dit la vérité. Je ne connais qu'un évêque au monde : c'est Ambroise. » Il ne parut donc plus à l'église qu'en dehors de la balustrade qui fermait le sanctuaire, un peu au-dessus des autres fidèles ; en quoi il fut imité par les Empereurs qui lui succédèrent.

Le bon accueil réservé à Théodose.

Théodose passa environ trois ans dans l'Occident. Il laissa Valentinien paisible possesseur de ses états, et il ne voulut d'autre récompense de ses combats et de ses victoires, que la gloire d'avoir délivré ce prince de ses ennemis, et d'avoir protégé diverses nations injustement opprimées. Lorsqu'il retournait en Orient, on courait de toute part au-devant de lui ; son entrée dans les villes était une espèce de triomphe. Ce fut surtout à Constantinople, où il arriva le 9 Novembre 391, que le peuple fit éclater les transports de sa joie.

Valentinien suit les avis d'Ambroise.

Valentinien se conduisait en tout par les avis de saint Ambroise ; il l'honorait et l'aimait autant que Justine sa mère l'avait haï et persécuté. Jamais prince ne montra plus de zèle pour se corriger de ses fautes. Ayant appris qu'on lui reprochait d'avoir trop de passion pour les exercices du cirque, il résolut de n'y plus assister que quand la décence l'exigerait. Sur les représentations qu'on lui fit, que l'amour de la chasse l'empêchait de s'appliquer avec soin aux affaires, il ordonna de tuer toutes les bêtes qu'on avait rassemblées pour lui procurer ce divertissement. On lui donna avis qu'en avançant l'heure du repas, il se faisait soupçonner d'intempérance ; il profita de cet avertissement, et s'assujettit depuis a une abstinence rigoureuse. Il jeûnait souvent, et pratiquait la mortification, même dans les festins qu'il était obligé de donner aux officiers de sa cour. Non seulement il ne mit point de nouvelles impositions sur le peuple ; mais il le déchargea encore d'une partie des anciennes.

Arbogaste fait étrangler Valentinien.

L'Empereur se plaignait souvent du comte Arbogaste, général de ses armées. Ce sujet audacieux s'appropriait l'autorité souveraine, et n'en laissait que l'ombre à son maître. Il était Français de naissance, et professait le paganisme. Il servait dès sa jeunesse dans les troupes romaines, et il avait su parvenir aux places les plus éminentes. Son pouvoir n'avait plus de bornes ; il commandait à Valentinien lui-même, et disposait à son gré de toutes les affaires. A la fin l'Empereur voulut s'affranchir de l'esclavage, et montrer que c'était à lui à gouverner. Il se trouva dans les Gaules avec Arbogaste, en 392, et il était question de mettre le pays à l'abri des incursions des Germains. Leur mésintelligence éclata plus que jamais. La paix cependant parut se rétablir entre eux. Valentinien pria saint Ambroise de venir le voir à Vienne pour cimenter cette réconciliation. Il voulait aussi recevoir le baptême des mains du saint archevêque. Dans l'impatience qu'il avait de le voir arriver, on l'entendait souvent dire, « Serais-je assez heureux que de voir mon père? » Il ne put avoir ce bonheur ; Arbogaste le fit étrangler à Vienne le 15 Mai 392(50). Ce malheureux prince, qui n'était encore que dans sa vingtième année, prenait alors quelque divertissement dans le jardin de son palais, sur les bords du Rhône. Saint Ambroise, qui avait déjà gagné les Alpes, apprit la nouvelle de cet événement tragique. Il en ressentit la douleur la plus vive, et retourna sur ses pas. Le corps de l'Empereur fut enterré à Milan auprès de celui de Gratien. Saint Ambroise prononça l'oraison funèbre de Valentinien, et y montra que le désir qu'avait témoigné ce prince de recevoir le baptême, lui tiendrait lieu de ce sacrement devant le Seigneur ; il y promit encore de se souvenir toujours de lui dans ses prières et ses sacrifices.

Ambroise ressuscite un enfant en bas âge.

Arbogaste mit la couronne impériale sur la tête d'Eugène, qui lui était entièrement dévoué. Eugène avait enseigné la rhétorique, et s'était acquis une grande réputation par son savoir et ses talents littéraires. Quoique d'une condition ignoble, il était parvenu aux premières places. Il se donnait pour chrétien, mais il ne remplissait point les devoirs du christianisme. Il favorisait les superstitions des païens, et avait même beaucoup de confiance aux divinations et aux augures. Eugène et Arbogaste crurent qu'il était de leur intérêt de passer en Italie ; ils essayèrent aussi de gagner saint Ambroise, en lui écrivant des lettres très obligeantes. Le saint archevêque, avant leur arrivée à Milan, se retira à Bologne et y assista à la translation des reliques de saint Vital et de saint Agricole. De là il se rendit à Florence, où il fit la consécration d'une église, connue depuis sous le nom de Basilique Ambrosienne. Pendant son séjour à Florence, il logea chez Décentius, un des principaux habitants de la ville. Dieu permit que Décentius perdît son fils encore en bas âge. La mère porta l'enfant sur le lit d'Ambroise, qui était alors sorti. Le Saint, au rapport de Paulin, s'étendit sur le corps de l'enfant, à l'exemple d'Elisée, et lui rendit la vie par ses prières.

Théodose combat Arbogaste et Eugène avec l'aide de Dieu.

Cependant Eugène envoya des ambassadeurs à Théodose : mais ce prince ne voulut entendre à aucune proposition ; il leva une armée puissante pour marcher contre les usurpateurs de l'empire d'Occident, et se prépara à la guerre par le jeûne, par des exercices de piété, par la visite fréquente des églises(51). Il envoya aussi demander à saint Jean d'Egypte le secours de ses prières. Ce saint ermite, qui lui avait déjà prédit la défaite de Maxime, lui annonça qu'il éprouverait plus de difficultés dans son entreprise contre Eugène ; qu'il remporterait néanmoins une victoire complète, mais qu'il mourrait peu de temps après(52). Théodose, non content d'avoir pratiqué des actes héroïques de plusieurs vertus chrétiennes, voulut encore, avant de marcher à l'ennemi, publier un rescrit par lequel il pardonnait toutes les injures qu'on avait pu commettre contre sa personne, soit en paroles, soit en actions. Il disait : « Si c'est par une légèreté indiscrète que quelqu'un a parlé contre nous, nous ne devons pas y faire attention ; si c'est par folie, nous devons avoir pitié de lui ; si c'est de propos délibéré, nous voulons lui pardonner. » Ce rescrit a été inséré dans le droit romain(53). L'armée impériale se rassembla sous la conduite de Timase, qui était à la tête des légions romaines ; de Stilicon, prince vandale, qui avait épousé Séréna, nièce de l'Empereur ; de Gainas, qui commandait les Goths, etc. Théodose joignit ces généraux dans la Thrace. Après avoir traversé la Pannonie et l'Illyrie, il vint forcer le passage des Alpes, qu'Arbogaste défendait et avait cru d'abord inaccessible. Cependant celui-ci ne perdit point courage, il rangea son armée en bataille dans les plaines d'Aquilée, au pied des Alpes. Il eut l'avantage dans la première attaque. Dans la seconde, l'armée de Théodose fut sur le point d'être vaincue et dispersée. L'Empereur eut recours à Dieu, et le conjura par une fervente prière de défendre sa propre cause(54). Peu de temps après, il s'éleva du côté des Alpes un vent impétueux qui mit le désordre parmi les ennemis, qui leur fit tomber des mains leurs dards et leurs javelots, et qui, en leur poussant un tourbillon de poussière dans les yeux, les empêchait de voir, et leur ôtait presque entièrement la respiration(55). Théodose, à la faveur de cette tempête, remporta une victoire complète. On lit dans Théodoret(56), que ce prince, avant la seconde attaque, passa la nuit en prières dans une église, et que s'étant endormi, il eut une vision, où deux hommes vêtus de blanc et montés sur des chevaux de même couleur, lui apparurent et lui promirent de l'assister. Ces deux hommes étaient l'apôtre saint Philippe et saint Jean l'évangéliste. Evagre et ses compagnons prenant congé de saint Jean dans la Thébaïde, ce saint homme leur donna sa bénédiction, et leur dit : « Allez en paix, mes chers enfants, et sachez qu'on apprend aujourd'hui à Alexandrie que Théodose a défait le tyran Eugène ; mais ce prince ne jouira pas longtemps du fruit de sa victoire, Dieu le retirera bientôt de ce monde(57). »

Eugène, qui était sur une hauteur voisine du champ de bataille, fut pris et conduit à Théodose, qui, après lui avoir reproché ses crimes et sa vaine confiance aux promesses des païens, le condamna à perdre la tête, ce qui fut exécuté le 9 Septembre 394. Pour Arbogaste, il erra deux jours sur les montagnes ; puis joignant le désespoir à ses autres crimes, il devint son propre bourreau, et se perça de son épée(58). Théodose épargna les autres rebelles. Il ne savait, pour ainsi dire, que pardonner ; il ne connaissait plus d'ennemis, dès qu'il avait vaincu. Ayant appris que les enfants d'Eugène et Flavien son général, s'étaient réfugiés dans les églises d'Aquilée, il leur envoya dire par un tribun qu'ils n'avaient rien à craindre pour leur vie. Il fit élever les enfants du tyran dans la religion chrétienne. Il leur laissa leurs biens, et les traita comme s'ils eussent appartenu à sa famille.

Théodose meurt dans les bras d'Ambroise.

Comme Théodose avait été spécialement redevable de la victoire à la protection du Ciel, il voulut qu'on en rendît à Dieu de solennelles actions de grâces dans tout l'empire. Il écrivit a saint Ambroise sur ce sujet. Le saint archevêque était retourné à Milan, aussitôt après qu'Eugène eut quitté cette ville. A peine eut-il reçu la lettre de l'empereur, qu'il offrit le saint Sacrifice pour remercier le Seigneur. Il envoya un de ses diacres porter sa réponse à Théodose. Après avoir félicité ce prince sur le succès de ses armes, il lui représentait qu'il devait rapporter à Dieu toute la gloire de son triomphe ; que sa valeur y avait moins contribué que sa piété ; que sa victoire serait incomplète s'il ne pardonnait à ceux dont le crime venait des circonstances, et qui n'avait pas eu de part aux sentiments du tyran(59). Il intercédait surtout en faveur de ceux qui s'étaient réfugiés dans les églises : il ne doutait point, disait-il, qu'il n'obtint leur grâce d'un prince, pour l'amour duquel Dieu venait de renouveler les prodiges qu'il avait anciennement opérés en faveur de Moïse, de Josué, de Samuel et de David(60). Peu de temps après saint Ambroise se rendit à Aquilée pour voir l'Empereur. La joie et la tendresse éclatèrent dans leur entrevue. L'archevêque se prosterna aux pieds de Théodose, que sa piété et la protection visible du Ciel rendaient encore plus vénérable que sa couronne et ses victoires, et il pria le Seigneur de le combler de ses bénédictions dans l'autre vie, comme il l'en avait comblé dans celle-ci. Théodose de son côté se jeta aux pieds de l'archevêque, attribuant à ses prières les faveurs qu'il avait reçues de Dieu, et le conjurant de solliciter le salut de son âme, comme il avait sollicité la prospérité de ses armes. Ils s'entretinrent ensuite des moyens de rétablir la religion. Quelque temps après, Théodose vint à Milan. Il voulut s'abstenir d'abord de la sainte communion, parce qu'il était, pour ainsi dire, encore teint de sang, quoique ce sang eût été répandu dans une guerre juste et nécessaire(61). Mais tandis qu'il s'occupait à purifier son âme par la componction, il fut attaqué d'une hydropisie mortelle que les médecins attribuèrent à la fatigue et la rigueur de la saison. II fit venir ses enfants à Milan, et les reçut dans l'église, le jour même où il communia pour la première fois depuis sa victoire. Il leur donna d'excellentes instructions sur la manière de gouverner ; puis se tournant vers Ambroise, il lui dit : « Voilà les vérités que vous m'avez apprises et que j'ai tâché de mettre en pratique. C'est à vous de les transmettre à ma famille, et d'en instruire ces jeunes Empereurs que je vous recommande. » Ambroise lui répondit qu'il espérait que Dieu leur donnerait un cœur aussi docile qu'à leur auguste père. L'Empereur confirma par une loi l'amnistie qu'il avait accordée précédemment à tous les rebelles qui étaient rentrés dans le devoir. Il ordonna aussi qu'ils fussent rétablis dans leurs biens et dans leurs dignités. Il déchargea le peuple de l'augmentation des impôts, désirant que ses sujets pussent jouir des avantages d'une victoire à laquelle ils avaient contribué par leurs prières et par leur courage. On ne peut rien imaginer de plus pathétique que les exhortations qu'il fit aux sénateurs encore plongés dans les ténèbres de l'idolâtrie, pour les engager à embrasser le christianisme. Il leur déclara que tant qu'il avait vécu, son plus ardent désir avait été de faire de tous ses sujets, de fidèles serviteurs de Jésus-Christ(62). Pendant sa maladie, il montra de vifs sentiments de piété, et il s'entretenait souvent de Dieu avec saint Ambroise. Il mourut dans les bras du saint archevêque le 17 Janvier 395, dans la cinquantième année de son âge. Ambroise prononça son oraison funèbre au service qui se fit quarante jours après sa mort. On porta son corps à Constantinople. Les honneurs avec lesquels on le reçut partout, ressemblaient plus à un triomphe qu'à une pompe funéraire.

Ambroise délivre des possédés.

Ce fut dans cette même année qu'Ambroise découvrit dans un jardin de Milan les corps de saint Nazaire et de saint Ceise, martyrs. Il les transféra dans la basilique des apôtres près la porte Romaine. On ramassa le sang des saints martyrs avec du plâtre et des linges, et on le distribua aux fidèles comme une relique précieuse(63). Ambroise délivra un possédé dans cette circonstance. Le démon tourmentait ce malheureux en présence des corps saints ; mais l'évêque lui ayant ordonné de se retirer, il obéit. Quelque temps avant sa mort, il livra au malin esprit un serviteur de Stilicon qui faisait de fausses lettres pour élever à la dignité de tribun ceux qui traitaient avec lui. Il n'avait point encore parlé, que le démon s'empara du faussaire et le mit en pièces : Paulin dit : « Nous en fûmes tous effrayés, nous vîmes alors plusieurs possédés qu'Ambroise délivrait, soit en leur imposant les mains, soit en commandant au malin esprit de se retirer. » Le saint archevêque guérit aussi plusieurs malades par la vertu de ses prières.

La réputation d'Ambroise.

Sa réputation le fit connaître jusque dans les contrées les plus éloignées. Deux Perses, renommés dans leur pays, le visitèrent à Milan, ils venaient dans le dessein de lui proposer diverses questions pour éprouver sa sagesse. Ils s'entretinrent avec lui un jour entier, par le moyen d'un interprète, et retournèrent dans leur patrie remplis d'admiration.

Peu de temps avant sa mort, il lui vint des ambassadeurs de la part de Fritigile, Reine des Marcomans. Cette princesse avait entendu parler de la sainteté d'Ambroise a des chrétiens d'Italie qui se trouvaient dans ses états, ce qui lui inspira le désir d'embrasser leur religion. Ses ambassadeurs, chargés de présents pour l'église de Milan, dirent à Ambroise que leur Reine le priait de mettre par écrit ce qu'elle était obligée de croire. Le Saint lui adressa une lettre qui contenait un abrégé de la doctrine chrétienne, mais que nous n'avons plus. Fritigile l'ayant reçue, engagea le Roi son mari à se soumettre aux Romains avec ses sujets, et partit pour Milan. Mais elle n'eut point la satisfaction de voir Ambroise ; il était mort quand elle arriva.

Ambroise et la pénitence.

Notre Saint se livrait avec beaucoup de zèle à l'administration du sacrement de Pénitence. Voici ce que Paulin rapporte à ce sujet : « Toutes les fois que quelqu'un lui confessait ses péchés pour en recevoir la pénitence, il versait une telle abondance de larmes, qu'il le forçait aussi à en répandre(64). » Ambroise, dans ses écrits, explique en détail toutes les qualités qui caractérisent la vraie pénitence. Il s'exprime ainsi en parlant de l'obligation de confesser ses péchés : « Voulez-vous être justifié ? Confessez votre crime. Une humble confession délivre des liens du péché(65). » Il dit ailleurs(66) : « Pourquoi auriez-vous honte de confesser vos péchés à l'Eglise ? Il n'y a de honte qu'à ne les pas confesser, puisque nous sommes tous pécheurs ; le plus humble n'est-il pas le plus recommandable ? Et celui qui est le plus petit à ses propres yeux, n'est-il pas le plus juste ? » Il écrivit ses deux livres de la Pénitence pour combattre l'hérésie des novatiens. Il montre dans le premier qu'on ne doit point refuser l'absolution aux pénitents pour les péchés les plus énormes ; mais il observe vers la fin qu'il faut que la pénitence soit sincère, et proportionnée à la gravité des fautes. Il dit : « Si quelqu'un est coupable de péchés secrets(67), et qu'il les déteste de tout son cœur, pour obéir au commandement de Jésus-Christ, comment recevra-t-il la récompense, s'il n'est rétabli dans la communion de l'Eglise ? Je veux que le coupable espère le pardon de ses péchés ; mais il doit le demander avec des larmes et des gémissements, et avec les lamentations de tout le peuple : il doit prier, pour obtenir l'absolution : et quand on la lui diffère deux, trois fois, qu'il attribue ce délai au défaut d'importunité de ses prières, qu'il redouble ses gémissements, qu'il se rende plus digne de pitié, qu'il revienne ensuite, qu'il se prosterne aux pieds des fidèles, qu'il les baise et les arrose de ses larmes, afin de mériter enfin que le Seigneur lui dise : Beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'il a beaucoup aimé. J'ai connu plusieurs personnes qui dans leur pénitence ont défiguré leur visage à force de pleurer, qui ont creusé leurs joues par la continuité de leurs larmes, qui se sont prosternés pour se faire fouler aux pieds, et que le jeûne avait rendus si pâles et si faibles, qu'ils présentaient dans un corps vivant, l'image même de la mort. » Le Saint, dans son second livre, réfute quelques objections des novatiens ; puis il montre que la pénitence est fausse et infructueuse, lorsqu'elle n'est point accompagnée du changement du cœur dans lequel consiste son essence. Il dit : « Il s'en trouve auxquels on peut rendre sur-le-champ la communion. Ceux-là déchargent moins leur conscience, qu'ils ne chargent celle des prêtres auxquels il est ordonné de ne pas donner les choses saintes aux chiens, c'est-à-dire, de ne pas admettre les âmes impures à la Table sainte... J'ai trouvé plus de personnes qui ont conservé l'innocence baptismale, que je n'en ai vu qui aient fait pénitence, après l'avoir perdue... Les pénitents doivent renoncer au monde, et se priver d'une partie du sommeil que la nature demande ; il faut qu'ils interrompent leur repos par des soupirs et des gémissements ; qu'ils donnent une partie de la nuit à la prière ; qu'ils vivent comme s'ils étaient morts à l'usage de la vie, en un mot, qu'ils renoncent à eux-mêmes, et qu'un changement entier annonce leur conversion, etc. » Le saint docteur exhorte les fidèles à la communion fréquente, parce que l'Eucharistie est notre pain spirituel et notre nourriture journalière.

Ambroise et l'eucharistie.

Dans son livre sur les mystères, composé en 387, il instruit les nouveaux baptisés, et leur explique avec une grande clarté les cérémonies du baptême et de la confirmation, ainsi que la doctrine de l'Eglise sur le sacrement de l'Eucharistie(68). On ne peut douter que cet ouvrage ne soit du saint docteur. Il lui est attribué par tous les auteurs ; et ceci se prouve encore par la première partie de l'ouvrage même. L'auteur, après avoir expliqué les anciennes figures de l'Eucharistie, comme le sacrifice de Melchisedech, la manne, l'eau sortie du rocher, ajoute : « Vous direz peut-être : Mais je vois autre chose ; comment puis-je être sûr que je reçois le corps de Jésus-Christ ? Je vais prouver que ce n'est point ce qui a été formé par la nature, mais ce que la bénédiction a consacré, et que la bénédiction est plus puissante que la nature, puisqu'elle la change. » Il cite à ce sujet plusieurs miracles, entre autres celui de la verge d'Aaron changée en serpent, et enfin le mystère de l'incarnation qu'il compare à celui de l'Eucharistie. Il dit : « Une vierge a enfanté, ce qui est contraire à l'ordre de la nature ; or, le corps que nous consacrons est né d'une vierge. Pourquoi cherchez-vous l'ordre de la nature dans le corps de Jésus-Christ, puisque Jésus-Christ est né d'une vierge contre l'ordre de la nature ? Jésus-Christ avait une chair réelle qui fut attachée à la croix et déposée dans le tombeau. Ainsi l'Eucharistie est le vrai sacrement de cette chair. Jésus-Christ nous en assure lui-même, en disant : Ceci est mon corps. Avant la bénédiction des paroles célestes, c'est une autre nature ; après la consécration, c'est son corps.... Si la bénédiction d'un homme est capable de changer la nature des choses, que dirons-nous de la consécration divine, où les paroles du Sauveur lui-même opèrent ? La parole de Jésus-Christ, qui de rien pouvait faire ce qui n'était pas, n'aura-t-elle pas le pouvoir de changer ce qui est en ce qui n'était pas ? » Le Saint recommande aux nouveaux fidèles de tenir secrets les mystères de leur foi, à cause de l'abus qu'en auraient pu faire les païens. Saint Augustin, qui fut baptisé par saint Ambroise, en 387, assista sans doute aux discours que le saint archevêque fit aux néophytes dans ces temps-là.

Ambroise et le choix des ministres de la religion.

Ambroise avait un soin particulier de ne choisir que de dignes ministres de la religion. On en pourrait citer plusieurs exemples, d'après ses propres écrits. Il refusa constamment d'admettre dans le clergé un de ses amis, parce qu'il annonçait quelque légèreté dans sa conduite. Il défendit par la même raison à un de ses clercs de marcher devant lui. Il était persuadé que ces défauts venaient d'une âme mal réglée(69). Il ne voulait point que les membres de son clergé se mêlassent d'affaires temporelles, et il leur ordonnait de se contenter de leur patrimoine, ou s'ils n'en avaient point, de l'honoraire qu'on leur donnait(70). Ce fut pour apprendre à tous ses clercs à être véritablement la lumière du monde, qu'il composa, vers l'an 386, ses trois livres des Offices des Ministres. On trouve aussi dans cet ouvrage des détails sur les principes généraux de la morale évangélique, et qui sous ce rapport conviennent à tous les chrétiens(71).

Les dernières actions d'Ambroise.

L'ordination de saint Honorat, évêque de Verceil, fut une des dernières actions de saint Ambroise. Quelques jours avant sa maladie, il prédit sa mort ; mais il annonça qu'il vivrait jusqu'à Pâques. Il continua ses études ordinaires, et il entreprit l'explication du psaume XLIII. Pendant qu'il dictait à Paulin, son secrétaire, celui-ci vit sur la tête du Saint une flamme qui représentait la forme d'un petit bouclier, et qui entrait peu à peu dans sa bouche. Son visage devint blanc comme la neige, et ce ne fut que quelque temps après qu'il parut dans son état ordinaire. Paulin dit : « Je fus tellement effrayé, que je restai sans mouvement, et qu'il ne me fut pas possible d'écrire ce qu'Ambroise me dictait, tant que la vision dura. Il répétait alors un passage de l'Ecriture, que je me rappelle bien ; ce jour-là il cessa d'écrire et de lire, en sorte qu'il ne put finir d'expliquer le psaume. » Nous avons encore cette explication qui finit au verset vingt-unième. Le Saint était déjà malade quand il la commença, puisqu'un rapport de Paulin, il écrivait ses livres de sa propre main.

La mort d'Ambroise.

Ambroise fit encore l'ordination d'un évêque de Pavie ; mais ensuite il se trouva si mal, qu'il fut obligé de garder le lit. Stilicon, premier ministre d'Honorius, qui gouvernait l'Empire d'Occident, fut extrêmement affligé de cette nouvelle, et dit publiquement que si ce grand homme venait à mourir, l'Italie était menacée d'une ruine prochaine. Il envoya donc au Saint ceux qui lui étaient particulièrement attachés, et qu'il croyait avoir le plus de crédit sur son esprit, en les chargeant de l'engager à prier Dieu de lui prolonger la vie. Ils exécutèrent fidèlement leur commission. Le saint archevêque répondit : « Je me suis conduit parmi vous de manière que je ne rougirais pas de vivre plus longtemps ; mais je ne crains point de mourir, parce que nous avons un bon maître. » Pendant ce temps-là, quatre diacres, qui étaient au bout de la galerie où il était couché, s'entretenaient ensemble du choix du successeur qu'on pourrait lui donner. Ils parlaient si bas, qu'à peine pouvaient-ils s'entendre. Lorsqu'ils eurent nommé Simplicien, Ambroise, quoique éloigné, cria par trois fois que Simplicien était vieux, mais homme de bien. Pendant qu'il était en prières, il vit le Sauveur qui s'approchait de lui avec un visage riant. Il le dit à Bassien, évêque de Lodi, qui priait avec lui ; et ce fut de Bassien que Paulin l'apprit. Ambroise mourut peu de jours après. Le jour de sa mort, il eut les mains élevées en forme de croix pendant plusieurs heures ; le mouvement continuel de ses lèvres annonçait la continuité de sa prière, mais on ne pouvait entendre ce qu'il disait. Saint Honorat, évêque de Verceil, était présent. Etant allé prendre un peu de repos dans une chambre haute, il entendit une voix qui lui cria trois fois : « Levez-vous promptement et hâtez-vous, car il va partir. » Il descendit et administra l'Eucharistie au Saint. Il l'eut à peine reçue, qu'il rendit l'esprit(72). Il mourut la nuit du Vendredi au Samedi-saint, le 4 avril 397, dans la cinquante-septième année de son âge. Il avait été évêque vingt-deux ans et quatre mois(73). L'antiquité lui a assigné la première place parmi les quatre grands docteurs de l'Eglise latine.

On célèbre sa fête le 7 de Décembre, jour auquel il reçut l'ordination épiscopale. Il est nommé en ce même jour, non seulement dans les calendriers de l'Eglise d'Occident, mais encore dans ceux de l'Eglise d'Orient. Son corps est sous le grand autel de la basilique ambrosienne à Milan ; il avait d'abord été enterré près des reliques de saint Gervais et de saint Protais.

Saint Ambroise fait une apparition et réconforte les habitants de Florence.

Ce fut a son intercession que l'empire fut redevable d'une victoire complète remportée sur les idolâtres. Radagaise, Roi des Goths, très zélé pour le paganisme, forma le projet de détruire le christianisme, et de renverser la puissance romaine. Il attaqua l'empire avec une armée formidable vers l'an 405. Il fit vœu de sacrifier tous les Romains à ses dieux, et il ne tint pas à lui que l'idolâtrie ne fut rétablie sur ses ruines. Ceux des Romains qui professaient encore le paganisme, paraissaient disposés à se révolter, et ils attribuaient les calamités de l'Etat à l'abolition du culte de leurs prétendues divinités. Cependant les Romains, commandés par Stilicon, remportèrent la victoire sans aucune perte Radagaise et ses deux fils furent faits prisonniers et mis à mort. Voici de quelle manière ce fait est rapporté par un savant moderne(74). « Radagaise avait mis le siège devant Florence. Cette ville était réduite à la dernière extrémité, lorsque saint Ambroise, qui s'y était autrefois retiré, apparut à une personne de la maison où il avait alors logé, et lui promit que la ville serait délivrée le lendemain. Cet homme le dit aux habitants, qui reprirent l'espérance qu'ils avaient entièrement perdue, et le lendemain Stilicon arriva avec son armée. Paulin, qui rapporte ceci, dit l'avoir appris d'une dame de Florence même ; et c'est une preuve de ce qu'on lit dans Paulin, que Dieu accorda la conservation des Romains aux prières de saint Pierre et de saint Paul, et des autres martyrs et confesseurs que l'Eglise honorait dans l'étendue de l'empire. » Les forces de l'Empereur Honorius n'étaient point capables de s'opposer à ce torrent : mais à leur approche, Radagaise, saisi d'une terreur panique, prit la fuite, et son armée fut défaite et entièrement dispersée.

Ce qui frappait chez Saint Ambroise.

Saint Ambroise sut allier un zèle inflexible pour l'observation de la loi de Dieu, avec une prudence, une douceur et une charité extraordinaire. Aussi gagnait-il tous les cœurs ; on connaissait le motif de sa fermeté, et on l'aimait parce qu'elle était tempérée par la plus tendre charité. Saint Augustin s'attacha sincèrement à lui la première fois qu'il le vit, quoiqu'il fût encore esclave du monde et de ses passions. Pouvais-je, dit-il, faire autrement, à la vue d'un homme qui annonçait une âme si belle, et un cœur si bon ? Quand quelqu'un se montre notre ami par ses paroles et par toute sa conduite ; quand il nous a persuadé que nos intérêts lui sont aussi chers que les siens, toutes les avenues de notre âme lui sont ouvertes ; ses avis ne peuvent manquer de faire une impression profonde. Quiconque parle du cœur touche efficacement celui des autres. Cette vraie charité doit caractériser tous les ministres de Jésus-Christ ; il faut qu'à l'exemple de saint Ambroise, ils ne cherchent autre chose que la gloire de Dieu et le salut des âmes.

M. Olier, instituteur du séminaire de Saint-Sulpice, où l'on s'applique avec tant de soin à inspirer l'esprit ecclésiastique aux jeunes clercs, avait une dévotion particulière a saint Ambroise, et il le proposait pour modèle aux ministres de la religion. Il dit : « O ! S'il y avait encore quelques cœurs comme celui-là dans l'Église, que Jésus-Christ serait glorifié et honoré dans le monde ! Ô ? S'il plaisait à sa bonté, et à l'amour qu'il a pour Dieu, son Père, de ressusciter cet esprit ! Et, pour vous dire simplement le désir de mon cœur, il me reste toujours un souhait très-ardent d'aller au tombeau de ce Saint, pour l'invoquer sur l'Église, sur le clergé, et sur son pauvre serviteur, qui désire vivre et mourir pour la gloire du royaume de Dieu(75). »

Notice des Ouvrages de saint Ambroise.

  1. L'Hexameron, ou traité sur les six jours de la création, écrit vers l'an 389. Il est distribué en neuf discours, aujourd'hui renfermés en six livres, qui répondent à chacun des jours de la création. Saint Ambroise a suivi en partie saint Basile, qui a écrit sur la même matière.
  2. Le livre du Paradis, écrit vers l'an 375, a pour objet de précautionner les simples contre les artifices des hérétiques qui abusaient de l'Écriture. Le Saint examine quel est l'auteur du Paradis, ce que c'est que le Paradis, comment Eve fut séduite par le serpent, etc., mais en traitant ces questions, il s'attache moins à la lettre qu'au sens allégorique.
  3. Les deux livres sur Caïn et Abel furent composés aussitôt après celui du Paradis, et ils en sont une suite. Il y est traité de la naissance, de la vie, des mœurs, des sacrifices de Caïn et d'Abel.
  4. Le livre sur Noé et sur l'Arche, écrit vers l'an 379, comprend l'histoire du déluge et de l'arche de Noé. C'est dommage que nous n'ayons point cet ouvrage en entier ; c'est un des mieux travaillés de saint Ambroise. Noé y est présenté comme un modèle de vertu pour tous les hommes.
  5. Les deux livres sur Abraham, écrits vers l'an 387, paraissent être composés des discours que saint Ambroise avait faits aux catéchumènes durant le carême. On trouve dans le premier un bel éloge d'Abraham, de ses actions, de ses vertus ; le second livre est moins intéressant. Il paraît avoir été corrompu en quelques endroits par les hérétiques.
  6. Le livre sur Isaac et sur l'Ame, écrit aussi vers l'an 387. C'est un des plus estimables ouvrages de saint Ambroise. Il y est traité, à l'occasion du mariage d'Isaac avec Rebecca, de l'union du Verbe avec l'âme, ce qui amène une paraphrase du Cantique des Cantiques. On doit juger par-là que le saint docteur s'attache principalement au sens mystique.
  7. Le livre du bien de la Mort, écrit dans le même temps. L'auteur y montre que la mort n'est point terrible en elle-même, qu'elle affranchit l'âme de ses liens ; qu'elle nous met dans l'heureuse nécessité de ne plus pécher ; qu'elle peut nous servir de passage à la béatitude éternelle. Il finit par une description de cette béatitude, et exhorte les fidèles à la désirer.
  8. Le livre de la Fuite du siècle est du même temps. Il est rempli d'instructions solides sur la vanité des biens du monde, sur le danger de ses charmes, sur la fragilité de la nature humaine, sur le besoin que nous avons du secours de Dieu, etc.
  9. Les deux livres de Jacob et de la vie bienheureuse, sont du même temps. C'est un recueil d'instructions adressées aux néophytes, pour leur enseigner les moyens d'acquérir la sainteté de vie à laquelle ils s'étaient engagés par les vœux du baptême. Ces instructions sont confirmées par des exemples, et surtout par celui du patriarche Jacob, que les afflictions et les traverses n'empêchèrent point d'être heureux de ce bonheur que produit la fidélité au Seigneur.
  10. Le livre du patriarche Joseph, écrit vers le même temps, ainsi que le suivant. On y trouve l'éloge des vertus, et sur tout de la chasteté de Joseph. Le saint y instruit les pères et mères de la manière dont ils doivent partager leur affection entre leurs enfants.
  11. Le livre des Bénédictions des Patriarches. Il y est traité de l'obéissance et de la reconnaissance que les enfants doivent à leurs pères et à leurs mères. Les bénédictions que Jacob, étant près de mourir, donne à ses enfants, y sont expliquées dans un sens mystique.
  12. Le livre d'Elie et du Jeûne, écrit vers l'an 390. Saint Ambroise y traite du jeûne, de sa vertu, de ses effets. Il fait voir que ce fut par le jeûne qu'Elie opéra tous les prodiges que raconte de lui l'histoire sainte. Il cite plusieurs autres exemples de l'efficacité du jeûne. Selon lui, le jeûne est la nourriture de l'âme, la mort du péché, le fondement de la chasteté etc. Il s'élève avec force contre le luxe des festins, et contre les désordres qu'entraîne l'intempérance.
  13. Le livre de Naboth, écrit vers l'an 395 contre l'avarice, la cruauté des riches et l'abus des richesses.
  14. Le livre de Tobie, écrit l'an 376. Le Saint y fait l'éloge de Tobie et de ses vertus, et y donne d'excellentes leçons contre l'usure. C'est sans fondement qu'on a voulu contester cet ouvrage à saint Ambroise.
  15. Les quatre livres de l'interpellation ou de la Plainte de Job et de David, écrits vers l'an 383, sont aussi certainement de saint Ambroise. On trouve dans les deux premiers les plaintes que Job et David font à Dieu, sur la faiblesse et la misère de l'homme. Dans les deux autres livres, il répond aux injustes plaintes de ceux qui trouvent à redire que les impies soient heureux en cette vie, et les justes dans l'adversité.
  16. L'Apologie de David, écrite vers l'an 384. L'auteur y justifie David, et montre qu'il a expié par la pénitence les crimes qu'il avait commis, ce qui est rare parmi les personnes de son rang. Il y a une autre apologie de David qui porte aussi le nom de saint Ambroise ; mais il ne paraît pas certain qu'elle soit de ce Père.
  17. Les Commentaires sur les Psaumes. Tout cet ouvrage se réduit à douze homélies ou discours, qu'on croit avoir été recueillis par quelqu'un des disciples du Saint. Il n'y a qu'un petit nombre de psaumes expliqués.
  18. Le Commentaire sur saint Luc, écrit en 386, est une suite de discours sur cet évangéliste. Le saint docteur s'attache tout à la fois au sens littéral, historique et mystique, et saisit toutes les occasions de combattre les hérésies qui régnaient de son temps.
  19. Le traité des Offices des Ministres. Nous en avons parlé dans la vie du Saint ; nous nous contenterons d'indiquer simplement les titres des autres ouvrages de saint Ambroise, dont il a été parlé également dans sa vie.
  20. Les trois livres des Vierges ou de la Virginité, à Marcelline.
  21. Le livre des Vierges, écrit vers l'an 377.
  22. Le livre de la Virginité, écrit l'année suivante.
  23. Le livre de l'Institution d'une Vierge, écrit vers l'an 391.
  24. L'Exhortation à la virginité, écrit vers l'an 393. Ce sont des instructions adressées aux filles de Julienne, veuve de Florence.
  25. L'Invective contre une Vierge qui s'était laissé corrompre. Le Saint l'exhorte à pleurer sa faute, et à l'expirer par la pénitence.
  26. Le livre des Mystères ou des Initiés.
  27. Les livres des Sacrements ne sont point de saint Ambroise, quoiqu'ils lui soient attribués. Cet ouvrage est ancien : mais on ignore quel en est l'auteur.
  28. Les deux livres de la Pénitence, écrits vers l'an 384.
  29. Les cinq livres de la Foi.
  30. Les trois livres du Saint-Esprit, écrits en 38i1, à la prière de Gratien.
  31. Le livre de l'Incarnation, écrit en 382.
  32. Les Lettres, au nombre de quatre-vingt-onze. Elles sont divisées en deux classes dans la dernière édition. La première classe contient celles dont on a pu fixer le temps, et la seconde, celles dont on n'a point l'époque certaine.
  33. Les livres sur la mort de Satyre.
  34. Les discours sur la mort de Valentinien et de Théodose.
  35. Plusieurs Hymnes.

Saint Ambroise avait composé encore d'autres ouvrages qui ne sont point parvenus jusqu'à nous. On lui en a attribué d'autres qui ne sont pas de lui, et dont nous ne dirons rien.

Saint Ambroise, dans les règles qu'il prescrit à l'orateur, exige un style simple, clair, plein de force et de gravité, qui exclue l'affectation et les ornements recherchés. Il est cependant tombé lui-même dans les défauts qu'il blâmait, parce que c'étaient ceux de son siècle ; mais les pointes et les jeux d'esprit qu'il emploie quelquefois, n'empêchent pas qu'on ne trouve dans ses ouvrages beaucoup de force, de pathétique et d'onction. Fénélon cite la lettre à Théodose, en preuve de la première de ces qualités, et les discours sur la mort de Satyre, en preuve de la seconde. Les livres que le saint docteur a travaillés avec soin, sont polis, ingénieux, ornés de fleurs et de figures : en général son style est noble, concis, sentencieux, étincelant de traits d'esprit, et a toujours une certaine douceur qui charme le lecteur. Ses lettres, celles surtout qu'il écrivit aux Empereurs, sont des chefs-d'œuvre ; on y voit que le Saint connaissait le monde et les affaires, et qu'il savait s'accommoder à tous les rangs

L'édition des Œuvres de saint Ambroise par le cardinal Montalte, depuis pape sous le nom de Sixte V, est la plus estimée de toutes les anciennes. Elle a été réimprimée plusieurs fois. D. de Friche et D. le Nourri, religieux de la congrégation de Saint-Maur, en ont donné une nouvelle qui a effacé toutes les autres, et qui parut à Paris en 1686-1690, 2 vol. in-fol. Richard Simon leur a cependant reproché d'avoir laissé dans le texte plusieurs fautes, que D. Lemerault, bibliothécaire de Saint-Germain-des-Près, avait entrepris de corriger. Voir les Lettres critiques de Richard Simon, p.74 et D. Ceillier, t. VII.

L'édition des Œuvres de saint Ambroise par les Bénédictins a été réimprimée à Venise, en 1752, 4 vol. in-fol.

Compléments tirés de la légende dorée rédigée en latin entre 1261 et 1266 par Jacques de Voragine, dominicain et archevêque de Gênes.

Signification de Ambroise.

Ambroise vient de ambre, qui est une substance odoriférante et précieuse. Or, saint Ambroise fut précieux à l’Eglise et il répandit une bonne odeur par ses paroles et ses actions. Ou bien Ambroise vient de ambre et de sios, qui veut dire Dieu, comme l’ambre de Dieu ; car Dieu par Ambroise répand partout une odeur semblable à celle de l’ambre. Il fut et il est la bonne odeur de Jésus Christ en tout lieu. Ambroise peut venir encore de ambor, qui signifie père des lumières et de sior, qui veut dire petit  parce qu'il fut le père de beaucoup de fils par la génération spirituelle, parce qu'il fut lumineux dans l’exposition de la sainte Ecriture, et parce qu'il fut petit dans ses, habitudes humbles. Le glossaire dit : ambrosius signifie odeur ou saveur de Jésus Christ ; ambroisie céleste, nourriture des anges ; ambroise, rayon céleste de miel. Car saint Ambroise fut une odeur céleste par une réputation odoriférante ; une saveur, par la contemplation intérieure ; il fut un rayon céleste de miel par son agréable interprétation des Ecritures ; et une nourriture angélique, parce qu'il mérita de jouir de la gloire. Sa vie fut écrite à saint Augustin par saint Paulin, évêque de Nole.

De la naissance à l'ordination épiscopale d'Ambroise.

Parvenu à l’adolescence, en voyant sa mère, et sa sœur qui avait consacré à Dieu sa virginité, embrasser la main des prêtres, il offrit en se jouant sa droite à sa sœur en l’assurant qu'elle devait en faire autant. Mais elle le lui refusa comme à un enfant et à quelqu'un qui ne sait ce qu'il dit. Après avoir appris les belles lettres à Rome, il plaida avec éclat des causes devant le tribunal, et fut envoyé par l’empereur Valentinien pour prendre le gouvernement des provinces de la Ligurie et de l’Emilie. Il vint à Milan alors que le siège épiscopal était vacant ; le peuple s'assembla pour choisir un évêque : mais une grande sédition s'éleva entre les ariens et les catholiques sur le choix du candidat ; Ambroise y vint pour apaiser la sédition, quand tout à coup se fit entendre la voix d'un enfant qui s'écria : «  Ambroise évêque. » Alors à l’unanimité ; tous s'accordèrent à acclamer Ambroise évêque. Quand il eut vu cela, afin de détourner l’assemblée de ce choix qu'elle avait fait de lui, il sortit de l’église, monta sur son tribunal et, contre sa coutume, il condamna à des tourments ceux qui étaient accusés. En le voyant agir ainsi, le peuple criait néanmoins : «  Que ton péché retombe sur nous. » Alors il fut bouleversé et rentra chez lui. Il voulut faire profession de philosophe : mais afin qu'il ne réussît pas on le fit révoquer. Il fit entrer chez lui publiquement des femmes de mauvaise vie, afin qu'en les voyant le peuple revînt sur son élection ; mais considérant qu'il ne venait pas à ses fins, et que le peuple criait toujours : «  Que ton péché retombe sur nous, » il conçut la pensée de prendre la fuite au milieu de la nuit. Et au moment où il se croyait sur le bord du Tésin, il se trouva, le matin, à une porte de Milan, appelée la porte de Rome.

Quand on l’eut rencontré, il fut gardé à vue par le peuple. On adressa un rapport au très clément empereur Valentinien, qui apprit avec la plus grande joie qu'on choisissait pour remplir les fonctions du sacerdoce ceux qu'il avait envoyés pour être juges. Le préfet Probus était dans l’allégresse de voir accomplir en saint Ambroise la parole qu'il lui avait dite alors qu'il lui donnait ses pouvoirs lors de son départ : «  Allez, agissez comme un évêque plutôt que comme un juge. » Le rapport était encore chez l’empereur, quand Ambroise se cacha derechef, mais on le trouva. Comme il n'était que catéchumène, il fut baptisé et huit jours après il fut installé sur la chaire épiscopale. Quatre ans après, il alla à Rome, et comme sa sœur, qui était religieuse, lui baisait la main, il lui dit en souriant : «  Voilà ce que je te disais ; tu baises la main du prêtre. »

Ambroise est confronté aux ariens.

Etant allé dans une ville pour ordonner un évêque, à l’élection duquel l’impératrice Justine et d'autres hérétiques s'opposaient, en voulant que quelqu'un de leur secte fût promu, une vierge du parti des Ariens, plus insolente que les autres, monta au tribunal et saisit saint Ambroise par son vêtement, dans l’intention de l’entraîner du côté où étaient les femmes, afin que, saisi par elles, il fût chassé de l’église honteusement.

Ambroise lui dit: « Encore que je, sois indigne d'être revêtu de la dignité sacerdotale, il ne vous appartient cependant point de porter les mains sur tel prêtre que ce soit. Et, vous devez craindre le jugement de Dieu de peur qu'il ne vous en arrive malheur. » Ce mot se trouva vérifié, car, le jour suivant, cette fille mourut. Saint Ambroise accompagna son corps jusqu'au lieu de la sépulture, rendant ainsi un bienfait pour un affront. Cet événement jeta l’épouvante partout. Après cela, il revint à Milan où l’impératrice Justine lui tendit une foule d'embûches, en excitant le peuple contre le saint par ses largesses et par les honneurs qu'elle accordait. On cherchait tous les moyens de l’envoyer en exil, au point qu'un homme plus malheureux que les autres s'était laissé emporter à un degré de fureur telle qu'il avait loué une maison auprès de l’église et y tenait un char tout prêt pour, sur l’ordre de Justine, le traîner plus rapidement en exil. Mais, par un jugement de Dieu, le jour même qu'il pensait se saisir de lui, il fut emmené de la même maison lui-même en exil avec le même char. Ce qui n'empêcha pas saint Ambroise de lui fournir tout ce qui était nécessaire à sa subsistance, rendant ainsi le bien pour le mal. Il composa le chant et l’office de l’église de Milan. En ce temps-là il y avait à Milan un grand nombre de personnes obsédées par le démon, criant à haute voix qu'elles étaient tourmentées par saint Ambroise. Justine et bon nombre d'Ariens qui vivaient ensemble disaient qu'Ambroise se procurait des hommes à prix d'argent pour dire faussement qu'ils étaient maltraités par des esprits immondes, et qu'ils étaient tourmentés par Ambroise.

Alors tout à coup, un arien qui se trouvait là fut saisi par le démon et se jeta au milieu de l’assemblée en criant: «  Puissent-ils être tourmentés comme je le suis, ceux qui ne croient pas à Ambroise. » Mais les ariens confus tuèrent cet homme en le noyant dans une piscine. Un hérétique, homme très subtil dans la dispute, dur, et qu'on ne pouvait convertir à la foi, entendant prêcher saint Ambroise, vit un ange qui disait à l’oreille du saint les paroles qu'il adressait au peuple. A cette vue, il se mit à défendre la foi qu'il persécutait. Un aruspice conjurait les démons et les envoyait pour nuire à saint Ambroise ; mais les démons revenaient en disant qu'ils ne pouvaient approcher de sa personne, ni même avancer auprès des portes de sa maison, parce qu'un feu infranchissable entourait l’édifice entier en sorte qu'ils étaient brûlés quoiqu'ils se plaçassent au loin. Il arriva que ce même devin étant condamné aux tourments par le juge pour divers maléfices, criait qu'il était tourmenté davantage encore par Ambroise. Le démon sortit d'un démoniaque qui entrait dans Milan, mais il rentra en lui quand il quitta la ville. On en demanda la cause au démon : il répondit qu'il craignait Ambroise. Un autre, entra une nuit dans la chambre du saint pour le tuer avec une épée : c'était Justine qui l’y avait poussé par ses prières et par son argent ; mais au moment qu'il levait l’épée pour le frapper, sa main se sécha.

Ambroise face au démon et à de mauvaises intentions.

Un démoniaque se mit à crier qu'il était tourmenté par Ambroise. Le saint lui dit : « Tais-toi, diable, car ce n'est pas Ambroise qui te tourmente, c'est ton envie, tu vois des hommes monter d'où tu as été précipité honteusement mais Ambroise ne sait point prendre d'orgueil. » Et le possédé se tut à l’instant.

Une fois que saint Ambroise allait par la ville, quelqu'un tomba et resta étendu par terre ; un homme qui le vit se mit à rire. Ambroise lui dit: «  Vous qui êtes debout, prenez garde de tomber aussi. » A ces mets cet homme fit une chute et regretta bien de s'être moqué de l’autre. Une fois, saint Ambroise vint intercéder en faveur de quelqu'un, Macédonius, maître des offices ; mais ayant trouvé fermées les portes de son palais et ne pouvant entrer, il dit : «  Tu viendras à ton tour à l’église et tu ne pourras y entrer, quoique les portes n'en soient pas fermées, et qu'elles soient toutes grandes ouvertes. » Après un certain laps de temps, Macédonius, par crainte de ses ennemis, s'enfuit à l’église, mais il ne put en trouver l’entrée, quoique les portes fussent ouvertes. L'abstinence du saint évêque était si rigoureuse qu'il jeûnait tous les jours, excepté le samedi, le dimanche et les principales fêtes.

Il faisait de si abondantes largesses qu'il donnait tout ce qu'il pouvait avoir aux églises et aux pauvres, et ne gardait rien pour lui. Il était rempli d'une telle compassion que si quelqu'un venait lui confesser ses péchés, il pleurait avec une amertume telle, que le pécheur était forcé lui-même de pleurer. Son humilité et son amour du travail allaient au point de lui faire écrire lui-même de sa propre main les livres qu'il composait, à moins qu'il n'eût été malade gravement. Sa piété et sa douceur étaient si grandes que quand on lui annonçait la mort d'un saint prêtre ou d'un évêque, il versait des larmes tellement amères qu'il était presque inconsolable. Or, comme on lui demandait pourquoi il pleurait ainsi les saints personnages qui allaient au ciel, il disait: « Ne croyez pas que je pleure de les voir partir, mais de les voir me prévenir: en outre, il est difficile de trouver quelqu'un digne de remplir de pareilles fonctions. » Sa constance et sa force d'âme étaient telles qu'il ne flattait ni l’empereur, ni les princes, dans leurs désordres, mais qu'il les reprenait hautement et sans relâche.

Un homme avait commis un crime énorme et avait, été amené à saint Ambroise qui dit : «  Il faut le livrer à Satan pour mortifier sa chair, de peur qu'il n'ait l’audace de, commettre encore de pareils crimes. » Au même moment, comme il avait encore ces mots à la bouche l’esprit immonde le déchira. On rapporte qu'une fois saint Ambroise allant à Rome reçut l’hospitalité dans une maison de campagne en Toscane, chez un homme excessivement riche, auprès duquel il s'informa avec intérêt de sa position.

Cet homme lui répondit : « Ma position a toujours été accompagnée de bonheur et de gloire. Voyez en effet, je regorge de richesses, j'ai des esclaves et des domestiques en grand nombre, je possède une nombreuse famille de fils et de neveux, tout m’a toujours réussi à souhait; jamais d'adversité, jamais de tristesse. »
En entendant cela Ambroise fut saisi de stupeur et dit à ceux qui l’accompagnaient: « Levons-nous, fuyons d'ici au plus vite car le Seigneur n'est pas dans cette maison. Hâtez-vous, mes enfants, hâtez-vous ; n'apportez aucun retard dans votre fuite de crainte que la vengeance divine ne nous saisisse ici et qu'elle ne nous enveloppe tous dans leurs péchés. » Ils sortirent et ils n'étaient pas encore éloignés que la terre s'entrouvrit subitement, et engloutit cet homme avec tout ce qui lui appartenait, jusqu'à n'en laisser autan vestige. A cette vue saint Ambroise dit: «  Voyez, mes frères, comme Dieu traite avec miséricorde quand il donne ici-bas des adversités, et comme il est sévère et menaçant quand il accorde une suite ininterrompue de prospérités. » On raconte qu'en ce même lieu, il reste une fosse très profonde existant encore aujourd'hui comme témoignage de ce fait.

Saint Ambroise voyant l’avarice, qui est la racine de tous les maux, s'accroître de plus en plus dans les hommes et surtout dans ceux qui étaient constitués en dignité, chez lesquels tout était vénal, comme aussi dans ceux qui exerçaient les fonctions du saint ministère, il pleura beaucoup et pria avec les plus grandes instances d'être délivré des embarras du siècle.

La mort d'Ambroise

Dans la joie qu'il ressentit d'avoir obtenu ce qu'il demandait, il révéla à ses frères qu'il serait avec eux jusqu'au dimanche de la Résurrection. Peu de jours avant d'être forcé à garder le lit, comme il dictait à son secrétaire l’explication du Psaume XLIIIe, tout à coup à la vue de ce secrétaire, une manière de feu léger couvrit sa tête et peu à peu entra dans sa bouche comme un propriétaire entre dans sa maison. Alors sa figure devint blanche comme la neige ; mais bientôt après elle reprit son teint accoutumé. Ce jour-là même il cessa d'écrire et de dicter, en sorte qu'il ne put terminer le Psaume. Or, peu de jours après, sa faiblesse augmenta ; alors le comte d'Italie, qui se trouvait à Milan, convoqua tous les nobles en disant qu'après la mort d'un si grand homme, il y avait lieu de craindre que l’Italie ne vînt à déchoir, et il pria l’assemblée de se transporter auprès du saint pour le conjurer d'obtenir du Seigneur de vivre encore l’espace d'une année. Quand saint Ambroise les eut entendus, il leur répondit : «  Je n'ai point vécu parmi vous de telle sorte que j'aie honte de vivre, ni ne crains point de mourir, car nous avons un bon maître. » Dans le même temps quatre de ses diacres, qui s'étaient réunis ensemble, se demandaient l’un à l’autre quel serait celui qui mériterait d'être évêque après sa mort : ils se trouvaient assez loin du lit ou le saint était couché, et ils avaient prononcé tout bas le nom de Simplicien ; c'était à peine s'ils pouvaient s'entendre eux-mêmes. Ambroise tout éloigné qu'il fût cria par trois fois : «  Il est vieux, mais il est bon. » En entendant cela les diacres effrayés prirent la fuite, et après la mort d'Ambroise ils n'en choisirent pas d'autre que Simplicien.

Il vit, auprès du lieu où il était couché, Jésus Christ venir à lui et lui sourire d'un regard agréable. Honoré, évêque de Verceil, qui s'attendait à la mort de saint Ambroise, entendit, pendant son sommeil, une voix lui criant par trois fois : «  Lève-toi, car il va trépasser. » Il se leva aussitôt, vint à Milan et administra à saint Ambroise le sacrement du corps de Notre-Seigneur ; un instant après, le saint étendit, les bras en formé de croix et rendit le dernier soupir: il proférait encore une prière. Il mourut l’an du Seigneur 399. Ce fut dans la nuit de Pâques que son corps fut porté à l’église et beaucoup d'enfants qui venaient d'être baptisés le virent les uns dans la chaire, les autres le montraient du doigt à leurs parents, montant dans la chaire ; quelques autres enfin racontaient qu'ils voyaient une étoile sur son corps. Un prêtre, qui assistait à un repas avec beaucoup de convives, se mit à parler mal de saint Ambroise ; il fut à l’instant frappé d'une maladie mortelle, et il passa de la table à son lit pour y mourir bientôt après. En la ville de Carthage, trois évêques étaient à tablé et l’un d'eux ayant dit du mal de saint Ambroise, on lui rapporta ce qui était arrivé au prêtre qui l’avait calomnié ; cet évêque se moqua de cela; mais aussitôt il fut frappé à mort et expira à l’instant.

Les qualités de saint Ambroise

Saint Ambroise fut recommandable en bien des points.

  1. Dans sa libéralité, car tout ce qu'il avait appartenait aux pauvres ; aussi rapporte-t-il en parlant de soi-même que l’empereur lui demandant une basilique il lui répondit ainsi (et cette réponse se trouve dans le Décret Convenior, XXIII question 8) : « S'il me demandait quelque chose qui fût à moi, comme mes biens-fonds, mon argent, et choses semblables qui sont ma propriété, je ne ferais pas de résistance, quoique tout ce qui est à. moi appartienne aux pauvres. »
  2. Dans la pureté et l’innocence de sa vie, car il fut vierge. Et saint Jérôme rapporté qu'il disait : «  Non seulement nous louons la virginité, mais aussi nous la conservons. »
  3. Dans la fermeté de sa foi, qui lui titi dire, alors que l’empereur lui demandait une basilique (ces mots se trouvent au chapitre cité plus haut) : «  Il m’arrachera plutôt l’âme que la foi. »
  4. Par son désir du martyre. On lit à ce propos, dans sa lettre, De basilica non tradenda, que le ministre de l’empereur Valentinien lui fit dire : «  Tu méprises Valentinien, je te coupe la tête. » Ambroise lui répondit : «  Que Dieu vous laisse faire ce dont vous me menacez, et plaise encore à Dieu qu'il daigne détourner les fléaux dont l’Eglise est menacée afin que ses ennemis tournent tous leurs traits contre moi et qu'ils étanchent leur soif dans mon sang. »
  5. Par ses prières assidues. On lit sur ce point au XIe livre de l’Histoire ecclésiastique : Ambroise, dans ses démêlés avec une reine furieuse, ne se défendait ni avec la main ; ni avec des armes, mais avec des jeûnes, des, veilles continuelles, à l’abri sous l’autel, par ses obsécrations, il se donnait Dieu pour défenseur de sa cause à lui et de son Eglise.
  6. Par ses larmes abondantes : il en eut pour trois causes.
    1. Il eut des larmes de compassion pour les fautes des autres, et saint Pantin rapporte de lui, dans sa légende, que quand quelqu'un venait lui confesser sa faute, il pleurait si amèrement qu'il faisait pleurer son pénitent
    2. il eut des larmes de dévotion dans la vue. des biens éternels.
    On a vu plus haut qu'il dit à saint Paulin quand celui-ci lui demandait pourquoi il pleurait de la sorte la mort des saints : «  Je ne pleure pas, répondit-il, parce qu'ils sont décédés; mais parce qu'ils m’ont précédé à la gloire. » c) Il eut des larmes de compassion pour les injures qu'il recevait d'autrui. Voici comme il s'ex prime en parlant de lui-même, et ces paroles sont encore rapportées dans le décret mentionné plus haut «  Mes armes contre les soldats goths, ce sont mes larmes. C'est le seul rempart derrière lequel peuvent s'abriter des prêtres, je ne puis ni ne dois résister autrement. »
  7. Il fut recommandable pour sa constance à toute épreuve. Cette vertu brille eu lui :
    1. Dans la défense de la vérité catholique. On lit à ce sujet, dans le Livre XIe de l’Histoire ecclésiastique que Justine, mère de l’empereur Valentinien, disciple des Ariens, entreprit de jeter le trouble dans l’Église, menaçant les prêtres de les chasser en exil, s'ils ne voulaient consentir à révoquer les décrets du concile de Rimini ; par ce moyen elle se débarrassait d'Ambroise qui était le mur, et la tour de l’Église. Voici les paroles que l’on chante dans la Préface de la messe de ce saint: «  Vous avez (le Seigneur) affermi Ambroise dans une si grande vertu, vous l’avez orné du haut du ciel d'une si admirable constance, que par lui les démons étaient tourmentés et chassés, que l’impiété arienne était confondue, et que la tête des princes séculiers s'abaissait humblement pour porter votre joug. »
    2. Dans la défense de la liberté de l’Église. L'empereur voulant s'emparer d'une basilique, Ambroise résista à l’empereur, ainsi qu'il l’atteste lui-même, et ses paroles sont rapportées dans le Décret XXIII, quest. 6 : «  Je suis, dit-il, circonvenu parles comtes, afin de faire un abandon libre de la basilique; ils me disaient que c'était l’ordre de l’empereur, et que je devais la livrer, car il v avait droit. J'ai répondu : Si c'est mon patrimoine qu'il demande, emparez-vous-en; si c'est mon corps, j'irai le lui offrir. Me voulez-vous dans les chaînes ? Qu'on m’y mette. Voulez-vous ma mort ? Je le veux encore. Je ne me ferai pas un rempart de la multitude, je n'irai pas me réfugier à l’autel, ni le tenir de mes mains pour demander la vie, mais je me laisserai immoler de bon cœur pour les autels. On m’envoie l’ordre de livrer la basilique. D'un côté, ce sont des ordres royaux qui nous pressent, mais d'un autre côté, nous avons pour défense les paroles de l’Écriture qui nous disent : Vous avez parlé comme une insensée. Empereur, ne vous avantagez pas d'avoir, ainsi que vous le pensez, aucun droit sur les choses divines ; à l’empereur les palais, aux prêtres les églises. Saint Naboth défendit sa vigne de son sang ; et s'il ne céda pas sa vigne, comment nous, céderons-nous l’église de Jésus Christ ? Le tribut appartient à César : qu'on ne le lui refuse pas ; l’église appartient à Dieu, par la même raison qu'elle ne soit pas livrée à César. Si on me forçait ; si on me demandait, soit terres, soit maison, soit or, ou argent, enfin quelque chose qui m’appartînt, volontiers je l’offrirais, je ne puis rien détacher, rien ôter du temple de Dieu puisque je l’ai reçu pour le conserver, et non pour le dilapider. »
    3. Il fit preuve de constance en reprenant le vice et toute espèce d'iniquité.

      En effet on lit cette chronique dans l’Histoire tripartite(76) : Une sédition s'étant élevée à Thessalonique, quelques-uns des juges avaient été lapidés par le peuple. L'empereur Théodose indigné fit tuer tout le monde, sans distinguer les coupables des innocents. Le nombre des victimes s'éleva à cinq mille. Or, l’empereur vint à Milan et voulut entrer dans l’église, mais Ambroise alla à sa rencontre jusqu'à la porte, et lui en refusa l’entrée en disant : «  Pourquoi, empereur, après un pareil acte de fureur, ne pas comprendre l’énormité de votre présomption ? Peut-être que la puissance impériale vous empêche de reconnaître vos fautes. Il est de votre dignité due la raison l’emporte sur la puissance. Vous êtes prince, ô empereur, mais vous commandez à des hommes comme vous. De quel œil donc regarderez-vous le temple de notre commun maître ? Avec quels pieds foulerez-vous son sanctuaire ? Comment laverez-vous des mains teintes encore d'un sang injustement répandu ? Oseriez-vous recevoir son sang adorable en cette bouche qui, dans l’excès de votre colère, a commandé tant de meurtres ? Relevez-vous donc, retirez-vous, et n'ajoutez pas un nouveau crime à celui que vous avez déjà commis. Recevez le joug que le Seigneur vous impose aujourd'hui est la guérison assurée et le salut pour vous. » L'empereur obit et retourna à son palais en gémissant et en pleurant.

      Or, après avoir longtemps versé des larmes, Rufin, l’un de ses généraux, lui demanda le motif d'une si profonde tristesse. L'empereur lui dit : «  Pour toi, tu ne sens pas mon mal ; aux esclaves et aux mendiants les temples sont ouverts mais à moi l’entrée en est interdite. » En parlant ainsi chacun de ses mots était entrecoupé par des sanglots. Rufin lui dit «  Je cours si vous le voulez, auprès d'Ambroise, afin qu'il vous délie des liens dans lesquels il vous a enlacé. »
      Théodose repartit : «  Tu ne pourras persuader Ambroise car la puissance impériale ne saurait l’effrayer au point de lui faire violer la loi divine. » Mais Rufin lui promettant de fléchir l’évêque, l’empereur lui donna l’ordre d'aller le trouver et quelques instants après il le suivit. Ambroise n'eut pas plutôt aperçu Rufin, qu'il lui dit : «  Tu imites les chiens dans leur impudence, Rufin, toi, l’exécuteur d'un pareil carnage; il ne te reste donc aucune honte, et tu ne rougis pas d'aboyer contre la majesté divine. » Comme Rufin suppliait, pour l’empereur et disait que celui-ci allait venir lui-même, Ambroise enflammé d'un zèle surhumain : «  Je te déclare, lui dit-il, que je l’empêcherai d'entrer dans les saints parvis ; s'il vent employer la force et agir en tyran, je suis prêt à souffrir la mort. » Rufin ayant rapporté ces paroles à l’empereur : «  J'irai, lui dit celui-ci, j'irai le trouver, pour recevoir moi-même les reproches que je mérite. » Arrivé près d'Ambroise, Théodose lui demanda d'être délié de son interdit, alors Ambroise alla à sa rencontre, et lui refusa l’entrée de l’église en disant : «  Quelle pénitence avez-vous faite après avoir commis de si grandes iniquités ? »


      Il répondit : «  C'est à vous à me l’imposer et à moi à me soumettre. » Alors comme l’empereur alléguait que David aussi avait commis un adultère et un homicide, Ambroise lui dit : « Vous l’avez imité dans sa faute, imitez-le dans son repentir. » L'empereur reçut ces avis avec une telle gratitude qu'il ne se refusa pas à faire une pénitence publique. Quand il fut réconcilié, il vint à l’église et resta debout au chancel ; Ambroise lui demanda ce qu'il attendait là : l’empereur lui ayant répondu qu'il attendait pour participer aux saints mystères, Ambroise lui dit : «  Empereur, l’intérieur de l’église est réservé aux prêtres seulement ; sortez donc, et attendez les mystères avec les autres ; la pourpre vous fait empereur et non pas prêtre. » A l’instant Théodose lui obéit. Revenu à Constantinople, il se tenait hors du chancel, l’évêque alors lui commanda d'entrer, et Théodose répondit : « J'ai été longtemps à savoir la différence qu'il y a entre un empereur et un évêque ; c'est à peine si j'ai trouvé un maître qui m’ait enseigné la vérité, je ne connais au monde de véritable évêque qu'Ambroise. »

  8. par sa saine doctrine qui atteint à une grande profondeur. Saint Jérôme dans son livre sur les Douze Docteurs dit : «  Ambroise plane au-dessus des profondeurs comme un oiseau qui s'élance dans les airs ; c'est dans le ciel qu'il cueille ses fruits. » En parlant de sa fermeté : il ajouta : « Toutes ses sentences sont des colonnes sur lesquelles s'appuient la foi, l’Eglise et toutes les vertus. » Saint Augustin dit en parlant de la beauté de son style, en son livre des Noces et des Contrats : « L'hérésiarque Pélage donne ces éloges à saint Ambroise : Le saint évêque Ambroise, dont les livres contiennent la doctrine romaine, brilla comme une fleur au milieu des écrivains latins. » Saint Augustin ajoute : «  Sa foi et ses explications très exactes de l’Ecriture n'ont même pas été attaquées par un seul ennemi. » Sa doctrine jouit d'une grande autorité, puisque les écrivains anciens, comme saint Augustin, tenaient grand cas de ses paroles.

    A ce propos saint Augustin rapporte à Janvier que sa mère s'étonnait de ce qu'on ne jeunât pas le samedi à Milan, saint Augustin en demanda la raison à saint Ambroise qui lui répondit : «  Quand je vais à Rome, je jeûne le samedi. Eh bien! Quand vous vous trouvez dans une église, suivez ses pratiques, si vous ne voulez scandaliser, ni être scandalisé. » Saint Augustin dit à ce propos : «  Plus je réfléchis sur cet avis, plus je trouve que c'est pour moi comme un oracle du ciel. »

Sources
  • Nominis
  • VIES DES PÉRES, DES MARTYRS ET DES AUTRES PRINCIPAUX SAINTS. TOME DIX-HUITIÈME. D'ALBAN BUTLER
    Tiré de ses ouvrages et de sa vie, que Paulin, son diacre et son secrétaire au temps de sa mort, écrivit à la sollicitation de saint Augustin (Paulin fut depuis élevé au sacerdoce).
    Voir les historiens ecclésiastiques de ce siècle ;
    • les vies du saint docteur. données par Herman. Tillemont, et D. Rivet. Hist. litt. de la France, tome I, part. a, p. 323
    • les nouveaux éditeurs de saint Ambroise, à la fin du second volume
    • Archiepiscoporum Mediolanensium series crîtico-chronologica, aut. Jos. Saxio, biblioth. ambrosianoe proefecto, annum 1756
    • D. Ceillier, t. VII, p. 3ag. Stolberg, Gesch. der Rel. Jesu, XII, XIII et XIV. passun.

Notes

(1) On donnait le nom de préteur à tout magistrat qui était juge des personnes et causes militaires, et qui commandait les troupes. Sa cour s'appelait prétoire. Le préfet du prétoire de Rome était commandant de la garde de l'Empereur, dite prétorienne. Il était chargé de maintenir la discipline et les bonnes mœurs. Il recevait tous les appels des jugements des gouverneurs de province. Auguste avait créé cet office pour remplacer le magister militum, connu sous les dictateurs. Voir Hotoman, de Magistrat. Rom. 1. i, p.1874, ap. Groevium, t. II ; et Adam, Manuel des Antiquités romaines, t. I.

Coustantin-le-Grand supprima les gardes prétoriennes, avec le prétoire de Rome, et établit quatre préfets de prétoire, deux pour l'Orient et deux pour l'Occident. Le premier des deux de l'Orient était appelé simplement préfet de l'Orient, et le second, préfet d'Illyrie : on donnait à l'un de ceux de l'Occident, le titre de préfet d'Italie, et à l'autre, le titre de préfet des Gaules. Ces magistrats suprêmes de l'empire avaient la première place après l'Empereur. Tous les autres magistrats et les gouverneurs de province leur étaient soumis. Ils commandaient aussi les armées. Voir Onuphrius, de Imper. Rom. c. 24, ap. Grœv. t. I, p. 449. Hotoman, loc. cit. ; la Nolitia dignitatum Imper. Occident. p. 1790, ap. Gr&oeliog;v. t. VII, Guthérius, de officiis domûs Augustæ, ap. Sallengr. Thesaur. Antiq. Rom. t. III. Retour

(2) Stolberg fait à ce sujet la remarque suivante, qui est pleine de justesse : « C'est au vertige qui s'empara de lui à l'image des terribles fonctions apostoliques, que je crois pouvoir attribuer les moyens qu'il mit en œuvre pour se soustraire à ce danger. Cette hypothèse leur servira peut-être d'excuse, mais nous n'entendons pas qu'elle les justifie : car une action ne devient pas une bonne action par cela seul qu'elle a été faite par un Saint ; mais si nous honorons les Saints, c'est a cause des actions que la foi et la charité leur ont inspirées. Renverser ce principe, c'est vouloir faire reposer une pyramide sur sa pointe. » ( Gesch. der Rel. Jesu. ) ( Note de lèdit. Allem. ) Retour

(3) Non en 375, comme l'ont avancé quelques auteurs, puisque Valentinien Ier mourut le 17 Novembre 375. Retour

(4) S. Basil, ep. 55. Retour

(5) Vagliano, Vite de gli Arcivescovi di Milano, c. 15, p. 98. On voit encore dans l'église de Saint-Ambroise, le poème de saint Ennode en l'honneur de ce Saint, et l'&eacutr;pitaphe de sainte Marcelline, composée par saint Simplicien. Retour

(6) Ep. 28, n. 12 Retour

(7) S. Ambros. ep. 20, n. i5. Retour

(8) S. Aug Conf. 1. 5, c. i3 ; 1. 6, c. 3. Retour

(9) S. Ambros. 1. 1, de Virgin. Retour

(10) L. 1, de Virg. c. 10, et L. de Inatit. Virgin. 1. 1. Retour

(11) S. Ambros. 1. 3, de Virgin. c. 1. Retour

(12) S. Ambros. I. ad. Virgin. Laps. c. 6. Retour

(13) Ne pourrait-on pas citer en preuve de la remarque de saint Ambroise, les Pays-Bas français et autrichiens, qui étaient remplis de monastères nombreux, et en même temps couverts de cités fort peuplées ? Retour

(14) S. Ambros. Offic. 1. 2, c. i5, n. 70, et c8. Retour

(15) Vit. Ambros. n. 38. Retour

(16) S. Ambros. de excessu fratris Satyri. Retour

(17) Voir Socrate et Sozomène. Mais saint Ambroise rapporte que Gratien fut invité à dîner, à Lyon, par un homme à qui il avait confié des provinces, et qu'après le repas il fut assassiné.(Note de l'èdit. allem.) Retour

(18) S. Ambros. ep. 17. Retour

(19) S. Ambros. ep. 18. Retour

(20) Rafin, Hist. 1. 11, c. i5 ; S. Ambros. ep. 20, ad soror. Mabillon , Itin. liai. p. 17. Retour

(21) S. August. 1. 6, cont. Julian. c. 14, n. 41. Retour

(22) L. ult. cod. Theod. de side cathol. Retour

(23) S. Ambros. ep. 21, ad Valentin. Retour

(24) V. S. Ambr. Serm. de Basil. non trad. post. ep. 21, n. 8, 19 Retour

(25) S. Ambr. de Basil. non tradendis. n. 34 ; Paulin, Vit. n. 3. Retour

(26) S. Isidor. Offic.. 1. 1, c. 7 ; S. Aug. Conf. 1. 9. c. 7. Retour

(27) L'Église latine chante encore dans son office des hymnes composées par saint Ambroise. Saint Augustin, saint Isidore, Bède, le concile de Rome en 430. etc., lui en attribuent douze, telles que, Deus Creator omnium ; Jam surgit hora tertia ; Veni Redemptor gentium ; Illuminons altissimus ; JÆterna Christi munera ; Somno refectis artubus ; Consors paterni luminis ; O lux beata Trinitas ; Fit porta Christi pervia, etc. La plupart des hymnes des féries de l'Église latine paraissent être du même Saint. On dit qu'il établit le premier la coutume de chanter des hymnes à l'Église. Celles dont il est l'auteur, sont composées de manière que le sens finit au quatrième vers, afin qu'on puisse les chanter à deux chœurs. Saint Hilaire composa aussi des hymnes dans le même temps. Georges Cassandre, dans l'épître dédicatoire de son recueil d'hymnes, fait une observation sur celles qui sont intitulées : Hymnes de saint Pierre et de saint Paul, etc. On ne doit, dit il, entendre autre chose, sinon que ce sont des hymnes à la louange de Dieu, en mémoire de saint Pierre et de saint Paul, etc. Ces expressions, église, autel, messe de saint Pierre et de saint Paul, etc., ont la même signification. Cette manière de parler se trouve dans saint Ambroise, saint Augustin, etc. Retour

(28) Ep. 3. Retour

(29) S. Aug. Conf. 1. 9, c. 7 ; 1. 22, de Civ. c. 8, n. 2, Serm. 286, ol. 39, de Div. c. 8, n. 2. Voir e saint Gervais et de saint Protais, Retour

(30) Conf. 1. 9, c. 7. Retour

(31) Le docteur Midleton a fait revivre les calomnies des ariens, en niant la vérité des miracles dont nous venons de parler. Mais le docteur Cave regarde comme incontestables ces mêmes miracles, lesquels sont attestés par saint Ambroise dans les deux discours qu'il prêcha sur le lieu, en présence des reliques de saint Gervais et de saint Protais. Ce savant protestant s'exprime ainsi sur ce sujet : « La vérité de ces prodiges est suffisamment prouvée par les témoignages de saint Ambroise, de saint Augustin et de Paulin, qui étaient tous sur les lieux. Ils s'opérèrent à la face de toute la ville, et ils furent deux fois la matière des sermons de saint Ambroise. Je ne doute point que Dieu ne les ait faits pour confondre l'impiété arienne, et pour prendre hautement la défense de la doctrine catholique, qui éprouvait tant de contradictions, et qui était si violemment persécutée. » Voit Cave, Vit. S. Ambros. sect. 4, p. 400 i et Petri Puricelli historica dissert. de SS. Gervasio et Protasio, Medionali, 1658, in-fol. Retour

(32) Saint Ambroise bâtit quatre églises à Milan : celle de la Bienheureuse Vierge Marie et de toutes les Saintes-Vierges, dite aujourd'hui de Saint-Simplicien ; celle de Saint-Pierre, dite aujourd'hui de Saint-Nazaire ; celle de tous les Saints, dite depuis de Saint-Denis ; celle qu'on appelle communément Ambrosienne. Cette dernière n'a jamais été cathédrale ; mais le Saint y a été enterré : on y garde encore ses reliques, avec celles de saint Gervais et de saint Protais. En 784, l'archevêque Pierre 01drade bâtit auprès un monastère, du nom de Saint-Ambroise. L'archevêque Arnulphe y plaça en 1002 une figure du serpent d'airain qu'on avait apportée de Constantinople ; et non le serpent d'airain que Moïse avait élevé dans le désert. Voir Gretser, e Cruce, 1. 1, c. 41, et Muratori, Antichita Dissert. 59, t. III, p. 295. Le même archevêque y plaça aussi une grande croix de bois, dans laquelle était renfermée une portion considérable de la vraie croix. Voir Petri Puricelli deicriptio historica basilicæ Ambrosianæ, ap. Grœv. t. IV ; Tkesaur. script.Ital. c. 2, p. 49, 472. ) Retour

(33) St. Ambros. ep. 24. Retour

(34) Théodoret, 1. 5, c. 18. Retour

(35) Sozom. 1. 7, c. 6. Retour

(36) S. Aug. de Civ. 1. 5, c. 26. Retour

(37) Evagr. Vit. Patr. c. 1. Retour

(38) EP. 40. Retour

(39) Paulin, in vit. S. Amhros. Retour

(40) Claudian. Consul. Honor. ; Sozom., 1. 7, c. 14 ; Pacatus, in Panegjrr. Retour

(41) Socrate, 1. 5, c. 14 ; Symmach. 1. i, ep. 31 ; Prudent 1. i, contr. Symmach. v. 503. Retour

(42) Théodoret, 1. 5, c. 17 ; 3. Aug. de Civ. Dei, 1. 5, c. 29 ; S. Ambr. ep. i5; Paulin, etc. Retour

(43) S. Ambr. ep. 51. Retour

(44) Secutus es errantem, sequere poenitentem. Paulin, Vit. Ambr.) Retour

(45) Pour mieux faire comprendre la réponse de Théodose, il faut remarquer que d'après la discipline ecclésiastique de cette époque, l'excommunication ne se levait qu'à Pâques, et quant aux assassins volontaires, peu de temps seulement avant leur mort, si par leur repentir ils s'étaient montrés dignes de recevoir les sacrements. Si Ambroise s'écarta de cette marche, c'est que l'humilité et l'esprit de pénitence de l'Empereur l'y déterminèrent : jamais non plus il n'en fut blâmé. (Note de l'èdit. allem. ) Retour

(46) Théodoret, Hist. 1. 5, c. 18. Retour

(47) Ps. CXVIII. Retour

(48) L. 13, Cod. Theod. de poen. Retour

(49) Théodoret. Hist. 1. 5, c. 18 ; Sozom. Hist. 1. 7, c. 24. Retour

(50) On rapporte de diverses manières la mort de Valentinien ; mais il résulte de tous les renseignements que nous possédons, que d'après une probabilité qui est bien près de la certitude, elle fut amenée par le Cornes Arbogastcs. Voir Stolbcrg, Geschichte der Rel. Jesu, XIII, 226 sq. Retour

(51) Sozom. I. 7, c. 22. Retour

(52) Evagr. Vit. Patr. c. i ; Théodoret, Hist. 1. 5, c. 24. Retour

(53) Leg. I.Si quis maledic. Imper. Cod. Theod. Retour

(54) Rufin, 1. 2, c. 33. Retour

(55) Claudian. in Panegyr. consul. Honor. ; Oros. 1. 7, c. 35; S. Aug. 1. 5, c. 26, de Civ Dei; Rufin, Socrat. Sozom. Theod. Retour

(56) Hist. 1. 5, c. 24. Retour

(57) Evagr. 1. i, c. 5; Pallad. in Lausiae. c. 4. Retour

(58) Claudien, quoique païen, s'exprime ainsi en parlant à Théodose de la victoire qu'il venait de remporter sur le tyran Eugène :
0 nimiùm dilecte Deo, cui militat œther,
Et fortunati veniunt ad classica venti.
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(59) S. Ambr. ep. 61. Retour

(60) S. Ambr. ep. 62. Retour

(61) Ceci était prescrit par quelques anciens canons pénitentiaux. Voir saint Basile à Ampbiloque, c. i3, num. 31, et S. Ambr. in fun. Theodos. Retour

(62) Oros. 1. 7, c. 36. Retour

(63) Paulin. in Vit. Ambros. n. 32; S. August. ep. 31, et ep. 7, alias ep. 46; S. Paulin. Natal. 9; S. Gaudent. Serm. 17, p. 90 ; Bibl. Patr. Ennod carm. 18. Retour

(64) Paulin. n. 39. Retour

(65)  L. 2, de Poænit. c. 6, n. 40. Retour

(66) Ibid. c. 10, n. 91, 92. Retour

(67) Si quis occulta habens crimina.. Daillé prétend qu'il faut lire, si quis multa habens crimina ; mais on ne peut admettre cette correction, qui est contraire à tous les manuscrits. Retour

(68) On trouve la même doctrine et quelques-unes des mêmes expressions dans les six livres sur les Sacrements, qui sont attribués à saint Ambroise par les écrivains du neuvième siècle, et dans les manuscrits du huitième. L'auteur de cet ouvrage était un évêque qui vivait dans un lieu où il y avait beaucoup de catéchumènes adultes, et où il se trouvait encore des restes d'idolâtrie. Les livres sur les Sacrements sont une imitation de celui de saint Ambroise sur les Mystères, avec cette différence que le premier ouvrage est plus long, et que le style en est bas et rampant. S'il n'était point de saint Ambroise, comme les nouveaux éditeurs de ce Père en doutent, ainsi que Ceillier et Rivet, la cause de l'Église y gagnerait, puisqu'au lieu d'un témoin de sa doctrine, elle en aurait deux. Voir les nouveaux éditeurs de saint Ambroise, tom. II, pag. 341.

La liturgie de Milan, dite ambrosienne, reçut un nouveau lustre de notre saint docteur ; mais il est prouvé par ses écrits même qu'elle était plus ancienne que lui, du moins quant à certains points empruntés de la liturgie romaine. On regarde saint Barnabé, ou plutôt saint Mérocle, comme le premier auteur de cette ancienne liturgie. Voir Le P. le Brun, Explication des cérémonies de la Messe, t. II, diss. 3, p. 175 ; l'Origine Apostolica delia Chiesa Milanesc e del rito delia stessa, opera del dottore Nicolo Sonmani, oblato e prefecto delia bibl. ambros. in Milano 1755 ; Muratori, Antichita, etc. diss. 57, de riti della Ciesa Ambrosiana , p. 222.

Les Bénédictins ont rejeté dans l'appendice de leur édition de saint Ambroise, plusieurs sermons qui étaient attribués au saint docteur dans les premières éditions. Ils y ont aussi placé deux prières à réciter avant la messe. Quelques critiques cependant ont pensé que celle de ces prières qui commence par ces mots : Summe Sacerdos, pourrait être de notre Saint, et qu'elle représente assez bien son style. On peut voir sur l'hymne Te Deum, le P. Le Brun ; la vie de saint Augustin, par Berti, etc. Retour

(69) S. Ambros. 1. 1, offic. c. 18, n. 72. Retour

(70) Ibid. 1. 1, c. 37, n. 184. Retour

(71) Tout le monde connaît les Offices de Cicéron. Deux Empereurs romains lurent cet ouvrage avec tant de soin, qu'ils le savaient par cœur. Il n'a cependant pas tout le degré de perfection qu'il pourrait avoir ; il serait plus utile, s'il y avait plus de méthode, du moins en quelques endroits. Pour suppléer à ce défaut, le marquis de Sylva en a réduit les principes de morale dans un ordre plus clair. On peut voir son commentaire italien sur les Offices de Cicéron. Ce commentaire, dédié à dom Philippe d'Espagne, duc de Parme, et imprimé à Vicence, en 1756, est écrit avec beaucoup d'élégance : mais il est un peu long. Au reste, l'orateur romain ne pouvait rien faire de parfait ; il n'avait point d'idée de la résignation, de l'humilité, de la mortification, de la pénitence, et de plusieurs autres vertus : il ne connaissait point non plus la nécessité de régler les affections, ni celle de rapporter nos actions à une fin digne d'une créature raisonnable.

De tous les systèmes de morale donnés par les païens, celui d'Aristote est le plus complet. Les devoirs qui découlent des quatre vertus cardinales y sont expliqués avec autant d'ordre que d'élégance. Aristote cependant connaît peu les vertus morales les plus héroïques, et il gâte les autres en y faisant entrer un mélange de vanité, d'orgueil et d'amour-propre. Son portrait de l'homme parfaitement vertueux, Ethic. 1.7 c- 7,8, porte sur un raffinement d'orgueil intolérable. Voir les Maximes du duc de la Rochefoucault, et la fausseté des vertus humaines, par Esprit.

On ne doit pas être surpris après tout de voir des absurdités, et même des impiétés dans les systèmes de morale qu'ont donnés les plus célèbres philosophes de l'antiquité païenne. Ils n'avaient d'autre guide que la raison humaine, dont les lumières sont si souvent obscurcies par les passions. (Voir Cumberland sur la Loi naturelle.)

Lorsque les vertus de l'homme sont purement humaines, et qu'elles ne sont point appuyées sur les principes de la révélation, quelque brillantes qu'elles paraissent, on ne doit point se laisser éblouir par leur éclat. Les actions et les affections qu'elles produisent n'ont guère d'autre source que l'amour-propre. La vertu pure et désintéressée est fort rare : on ne la trouve que là où elle est fondée sur les maximes de crucifiement et d'abnégation tracées dans l'Évangile.

C'est ce qui assure la prééminence aux Offices de saint Ambroise sur tous tes ouvrages des philosophes païens. Quoique le saint docteur se renferme souvent dans des considérations morales ou philosophiques, il fait voir néanmoins les grands avantages que la morale tire de l'Évangile. Il montre, par exemple, 1. 3, c. 1, que la maxime de Scipion, qu'il n'était jamais plus occupé, ni moins seul, que quand il était avec lui-même, a été vérifiée d'une manière plus excellente dans Moïse, Elie, Elisée et les apôtres. Ces grands hommes savaient non seulement converser avec eux-mêmes, mais ils savaient encore être toujours avec Dieu, et goûter les douceurs de la contemplation céleste. Retour

(72) Paulin, n. 47. Retour

(73) V. Pagi, ad. an. 397. Retour

(74) Tilleniont, Hist. des Emper. t. V, p. 540. Retour

(75) Olier, Lettres spirituelles, let. 184, p. 457. Retour

(76) Liv. IX, ch. XXX. Retour