LOGO église et histoire

Sainte Cécile de Rome



Dernière mise à jour
le 17/02/2022

Plan du site
Menu en haut de page
Aide
Retour à la liste des saints

Fête 22 novembre, mémoire obligatoire
Mort230
Saints contemporains
NomNaissanceMortFonction
sainte Cécile de Rome230
sainte Apolline, Apollonie249
Hommes contemporains
NomNaissanceMortFonction
Septime Sévère 11/04/146 04/02/211 empereur romain

Liste des chapitres

Les attributs de sainte Cécile de Rome.

Les attributs de sainte Cécile de Rome sont un orgue ou un autre instrument de musique, un lys, une palme.

Histoire de sainte Cécile.

Le nom de sainte Cécile a toujours été très célèbre dans l'Église. Il fut inséré dans le canon de la messe dès les premiers temps du christianisme. On le lit aussi dans les sacramentaires et les calendriers les plus anciens. Les mêmes documents font également mention de saint Valérien, saint Tiburce et saint Maxime, qui souffrirent le martyre avec elle.

Cécile était romaine, issue d'une famille noble. Elle fut élevée dans les principes de la religion chrétienne, et elle en remplit toujours les devoirs avec la plus parfaite fidélité. Dans sa jeunesse, elle fit vœu de rester vierge toute sa vie, mais ses parents l'obligèrent à se marier. Celui qu'on lui donna pour époux était un jeune seigneur, nommé Valérien. Elle sut le convertir au christianisme, en le faisant renoncer à l'idolâtrie. Peu de temps après, elle convertit aussi Tiburce son beau-frère, et un officier nommé Maxime. Valérien, Tiburce et Maxime furent arrêtés comme chrétiens, et condamnés à mort. Cécile remporta la couronne du martyre quelques jours après.

Les Actes de ces saints, qui ont peu d'autorité, les font contemporains du pape Urbain I, et placent en conséquence leur martyre vers l'an 230, sous Alexandre Sévère. Cet empereur était favorable aux chrétiens. Cela n'empêcha pas que les païens n'en fissent mourir un grand nombre sous son règne, soit dans des émeutes populaires, soit par la cruauté particulière des premiers magistrats. Ulpien, qui exerçait la fonction de premier ministre, se montra l'ennemi déclaré du christianisme et le persécuta jusqu'à sa mort. Il fut assassiné par les gardes prétoriennes qu'il commandait. D'autres mettent le martyre de sainte Cécile et de ses compagnons sous Marc-Aurèle, entre les années 176 et 180.

Les corps de ces saints furent enterrés dans une partie du cimetière de Calixte, laquelle prit depuis le nom de Sainte-Cécile.

La recherche du corps de Cécile.

Il y avait à Rome, au cours du cinquième siècle, une église dédiée à cette sainte et dans laquelle le pape Symmaque tint un concile en 500. Cette église tombant en ruines, le pape Paschal I la fit rebâtir. Il désespérait d'abord de trouver le corps de la Sainte. On pensait que les Lombards, qui avaient enlevé plusieurs corps saints des cimetières de Rome lorsqu'en 755 ils assiégèrent cette ville, n'avaient pas épargné celui de sainte Cécile. Mais on rapporte que le pape assistant un dimanche à matines dans l'église de Saint-Pierre, s'endormit et eut un songe dans lequel il apprit de sainte Cécile elle-même que les Lombards avaient inutilement cherché son corps et qu'ils n'avaient pu le trouver. On le découvrit donc dans le cimetière qui portait le nom de la Sainte. Il était enveloppé dans une robe d'un tissu d'or et on trouva aux pieds des linges teints de sang. Le corps de Valérien était avec celui de sainte Cécile. Le Pape les transféra dans la nouvelle église avec ceux de saint Tiburce, de saint Maxime, et des saints papes Urbain et Luce, qui reposaient dans le cimetière de Prétextat attenant à celui de la Sainte et également situé sur la voie Appienne. Cette translation se fit en 821.

La construction d'un monastère.

Le pape Paschal fonda en l'honneur de ces saints un monastère près de l'église de Sainte-Cécile, afin que l'office divin pût s'y célébrer nuit et jour. Il orna cette église avec beaucoup de magnificence et y fit de riches présents. Sur un des ornements était représenté un ange couronnant sainte Cécile, saint Valérien et saint Tiburce.

Cette église est un titre de cardinal-prêtre. Elle fut rebâtie par le cardinal Paul-Émile Sfondrate, neveu du pape Grégoire XIV, et décorée avec une richesse qui étonne les visiteurs. On retira les reliques des saints de dessous le grand-autel pour les mettre dans un magnifique caveau connu sous le nom de Confession de sainte Cécile. Outre cette église appelée in Trastevere, ou au-delà du Tibre, il y en a encore deux autres à Rome placées sous l'invocation de sainte Cécile.

Des reliques de sainte Cécile en France.

En 1466, Jean Geoffroi, cardinal, évêque d'Albi, obtint du pape Paul II, pour son église dont sainte Cécile est patronne, l'os d'un des bras et une partie de la mâchoire de cette sainte, avec quelques autres reliques des saints Urbain, Valérien et Tiburce. En 1767, le cardinal de Bernis, archevêque de la même ville, sur la demande qui lui en avait été faite par M. de Cérisi, évêque de Lombez, accorda, de concert avec son chapitre, une portion de l'os du bras de la sainte martyre à l'église paroissiale d'Acquigny au diocèse d'Évreux, laquelle l'honore aussi comme sa patronne. Cette relique y est renfermée dans un riche reliquaire.

Nous apprenons des Actes de sainte Cécile, qu'en chantant les louanges du Seigneur, elle joignait souvent la musique vocale. C'est pour cela que les musiciens ont choisi cette sainte pour patronne.

À partir de la légende dorée.

Cette légende est compilée d'après les Actes de la Sainte, regardés comme authentiques, qui ont servi à la rédaction du Bréviaire.

La signification de Cécile.

Cécile vient de lys du ciel, chemin des aveugles, laborieuse pour le ciel (lia). Il peut encore signifier manquant de cécité. Il viendrait encore de caelo, et leos, ciel et peuple. Elle fut un lys céleste par sa pudeur et sa virginité, ou bien elle est appelée lys parce qu'elle posséda la blancheur de la pureté, la verdeur de la conscience et l’odeur de la bonne réputation. Elle fut la voie des aveugles par les exemples qu'elle offrit ; le ciel par sa contemplation assidue et laborieuse par ses bonnes œuvres continuelles. Cécile veut encore dire ciel, parce que, selon Isidore, les philosophes ont dit que le ciel est tournant, rond et brûlant. De même, Cécile fut tournante par son assiduité au travail, ronde par sa persévérance, brûlante par sa charité ardente. Elle manqua de cécité par l’éclat de sa sagesse. Elle fut le ciel du peuple parce qu'en elle, comme dans un ciel spirituel, le peuple regarde le soleil, la lune et les étoiles, pour imiter la perspicacité de sa sagesse, la magnanimité de sa foi et la variété de ses vertus.

Le mariage de Cécile.

Cécile, vierge très illustre, issue d'une famille noble parmi les Romains et nourrie dès le berceau dans la foi chrétienne, portait constamment l’évangile du Christ caché sur sa poitrine. Ses entretiens avec Dieu et sa prière ne cessaient ni le jour ni la nuit et elle sollicitait le Seigneur de lui conserver sa virginité. Elle avait été fiancée à un jeune homme appelé Valérien. Au moment où ses noces devaient être célébrées, elle portait sur sa chair un cilice que recouvraient des vêtements brodés d'or. Pendant que le chœur des musiciens chantait, Cécile chantait aussi dans son cœur, à celui qui était son unique soutien, en disant : « Que mon cœur, Seigneur, et que mon corps demeurent toujours purs, afin que je n'éprouve point de confusion. » Elle passa deux ou trois jours dans la prière et le jeûne en recommandant au Seigneur ses appréhensions. Enfin, arriva la nuit où elle se retira avec son époux dans le secret de l’appartement nuptial. Elle adressa alors ces paroles à Valérien : « Ô jeune et tendre ami, j'ai un secret à te confier, si tu veux à l’instant me jurer que tu le garderas très rigoureusement. » Valérien jura qu'aucune contrainte ne le forcera à le dévoiler, qu'aucun motif ne le lui fera trahir. Alors Cécile lui dit : « J'ai pour amant un ange de Dieu qui veille sur mon corps avec une extrême sollicitude. S'il s'aperçoit le moins du monde que tu me touches, étant poussé par un amour qui me souille, aussitôt il te frappera, et tu perdrais la fleur de ta charmante jeunesse, mais s'il voit que tu m’aimes d'un amour sincère, il t'aimera comme il m’aime, et il te montrera sa gloire. »

Valérien rencontre l'évêque Urbain.

Alors Valérien, maîtrisé par la grâce de Dieu, répondit « Si tu veux que je te croie, fais-moi voir cet ange, et si je m’assure que c'est vraiment un ange de Dieu, je ferai ce à quoi tu m’exhortes, mais si tu aimes un autre homme, je vous frapperai l’un et l’autre de mon glaive. »
Cécile lui dit : « Si tu veux croire au vrai Dieu, et que tu promettes de te faire baptiser, tu pourras le voir. Alors va, sors de la ville par la voie qu'on appelle Appienne jusqu'à la troisième colonne milliaire et tu diras aux pauvres que tu trouveras là : "Cécile m’envoie vers vous, afin que vous me fassiez voir le saint vieillard Urbain. J'ai un message secret à lui transmettre." Quand tu seras devant lui, rapporte toutes mes paroles, et après qu'il t'aura purifié, tu reviendras, et tu verras l’ange lui-même. »
Alors Valérien se mit en chemin et, d'après les renseignements qu'il avait reçus, il trouva le saint évêque Urbain caché au milieu des tombeaux des martyrs. Il lui raconta tout ce que Cécile lui avait dit. Urbain, étendant alors les mains vers le ciel, s'écria, les yeux pleins de larmes : « Seigneur Jésus-Christ, l’auteur des chastes résolutions, recevez les fruits des semences que vous avez jetées dans le sein de Cécile. Seigneur Jésus-Christ, le bon pasteur, Cécile, votre servante, vous a servi comme une éloquente abeille. Car cet époux qu'elle a reçu comme un lion féroce, elle vous l’a dressé comme on fait de l’agneau le plus doux. »

Valérien est baptisé et voit l'ange comme l'avait promis Cécile.

Et voici que tout à coup apparut un vieillard couvert de vêtements blancs comme la neige, et tenant à la main un livre écrit, en lettres d'or. En le voyant, Valérien, saisi de terreur, tomba comme mort. Relevé par le vieillard, il lit ces mots : « Un Dieu, une foi, un baptême, un seul Dieu, père de toutes choses, qui est au-dessus de nous tous, et au-dessus de tout et en nous tous. »
Quand Valérien eut achevé de lire, le vieillard lui dit : « Crois-tu qu'il en soit ainsi, ou doutes-tu encore ? »
Valérien s'écria : « Sous le ciel, aucune vérité n'est plus croyable »
Aussitôt, le vieillard disparut et Valérien reçut le baptême des mains d'Urbain.
En rentrant, il trouva dans la chambre Cécile qui s'entretenait avec l’ange. Or cet ange tenait à la main deux couronnes tressées avec des roses et des lys. Il en donna une à Cécile et l’autre a Valérien, en disant : « Gardez ces couronnes d'un cœur sans tache et d'un corps pur, car c'est du paradis de Dieu que je vous les ai apportées. Jamais elles ne se faneront, ni ne perdront leur parfum. Elles ne seront visibles qu'à ceux qui aimeront la chasteté. Quant à toi, Valérien, pour avoir suivi un conseil profitable, demande ce que tu voudras et tu l’obtiendras. »
Valérien lui répondit : « Rien ne m’est plus doux en cette vie que l’affection de mon unique frère. Je demande donc qu'il connaisse la vérité avec moi. »
L'ange lui dit : « Ta demande plaît au Seigneur, et tous deux vous arriverez auprès de lui avec la palme du martyre. »

Tiburce est attiré par l'odeur des roses.

Après quoi, entra Tiburce, frère de Valérien, qui, ayant senti une odeur de roses extraordinaire :
IL dit : « Je m’étonne que, dans cette saison, on respire cette odeur de roses et de lys. Quand je tiendrais ces fleurs dans mes mains, elles ne répandraient pas un parfum d'une plus grande suavité. Je vous avoue que je suis tellement ranimé que je crois être tout à fait changé. »
Valérien lui dit: « Nous avons des couronnes que tes yeux ne peuvent voir. Elles réunissent l’éclat de la pourpre à la blancheur de la neige. Et de même qu'à ma demande tu en as ressenti l’odeur, de même aussi, si tu crois, tu pourras les voir. »
Tiburce répondit : « Est-ce que je rêve en t'écoutant, Valérien, ou dis-tu vrai ? »
Valérien lui dit : « Jusqu'ici, nous n'avons vécu qu'en songe, au lieu que maintenant, nous sommes dans la vérité. »
Tiburce reprit: « D'où sais-tu cela ? »
Valérien répondit : « L'ange du Seigneur m’a instruit, et tu pourras le voir toi-même quand tu seras purifié et que tu auras renoncé à toutes les idoles. »

L'attestation de saint Ambroise.

Ce miracle des couronnes de roses est attesté par saint Ambroise qui dit dans la Préface : « Sainte Cécile fut tellement remplie du don céleste, qu'elle reçut la palmé du martyre. Elle maudit le monde et les joies du mariage. À elle revient l’honneur de la confession glorieuse de Valérien, son époux, et de Tiburce que vous avez couronnés, Seigneur, de fleurs odoriférantes par la main d'un ange. Une vierge conduisit ces hommes à la gloire. Le monde connut combien a de valeur le sacrifice de la chasteté. »

Cécile enseigne Tiburce.

Alors Cécile prouva à Tiburce avec tant d'évidence que toutes les idoles sont insensibles et muettes, que celui-ci répondit : « Qui ne croit pas ces choses est une brute. » Cécile embrassant alors la poitrine de son beau-frère, dit : « C'est aujourd'hui que je te reconnais pour mon frère. De même que l’amour de Dieu a fait de ton frère mon époux, de même le mépris que tu professes pour les idoles fait de toi mon frère. Va donc avec ton frère recevoir la purification ; tu verras alors les visages angéliques. »
Tiburce dit à son frère : « Je te conjure, frère, de me dire à qui tu vas me conduire. »
Valérien répondit : « C'est à l’évêque Urbain. »
Tiburce dit : « N'est-ce pas cet Urbain qui a été condamné si souvent et qui demeure encore dans des souterrains ? S'il est découvert, il sera livré aux flammes, et, nous serons enveloppés dans les mêmes supplices que lui. Ainsi pour avoir cherché une divinité qui se cache dans les cieux, nous rencontrerons sur la terre des châtiments qui nous consumeront. »
Cécile lui dit : « Si cette vie était la seule, ce serait avec raison que nous craindrions de la perdre : mais il y en a une autre qui n'est jamais perdue, et que le Fils de Dieu nous a fait connaître. Toutes les choses qui ont été faites, c'est le Fils engendré du Père qui les a produites. Tout ce qui est créé, c'est l’Esprit qui procède du Père qui l’a animé. Or, c'est ce Fils de Dieu qui, en venant dans le monde, nous a démontré par ses paroles et par ses miracles qu'il y a une autre vie. »
Tiburce lui répondit : « Tu viens de dire, bien certainement, qu'il y a un seul Dieu, et comment dis-tu maintenant qu'il y en a trois ? »
Cécile répliqua : « De même que dans la sagesse d'un homme il se trouve trois facultés : le génie, la mémoire et l’intelligence, de même dans l’unique essence de la divinité, il peut se trouver trois personnes. »

Alors elle lui parla de la venue du Fils de Dieu, de sa passion dont elle lui exposa les convenances : « Si le Fils de Dieu fut chargé de chaînes, c'était pour affranchir le genre humain des liens du péché. Celui qui est béni fut maudit, afin que l’homme maudit fût béni. Il souffrit d'être moqué afin que l’homme fût délivré de l’illusion du démon. Il reçut sur sa tête une couronne d'épines pour nous soustraire à la peine capitale. Il accepta le fiel amer pour guérir dans l’homme le goût primitivement sain. Il fut dépouillé pour couvrir la nudité de nos premiers parents. Il fut suspendu sur le bois pour enlever la prévarication du bois. » Alors Tiburce dit à son frère « Prends pitié de moi ; conduis-moi à l’homme de Dieu afin que j'en reçoive la purification. » Valérien conduisit donc Tiburce qui fut purifié. Dès ce moment, il voyait souvent les anges, et tout ce qu'il demandait, il l’obtenait aussitôt.

Valérien et Tiburce sont convoqués par le préfet Almachius.

Valérien et Tiburce distribuaient d'abondantes aumônes. Ils donnaient la sépulture aux corps des saints que le préfet Almachius faisait tuer. Almachius les fit mander devant lui et les interrogea sur les motifs qui les portaient à ensevelir ceux qui étaient condamnés comme criminels. Tiburce répondit : « Plût au ciel, que nous fussions les serviteurs de ceux que tu appelles des condamnés ! Ils ont méprisé ce qui paraît être quelque chose et n'est rien. Ils ont trouvé ce qui paraît ne pas être, mais qui existe réellement. »

Le préfet lui demanda : « Quelle est donc cette chose ? »
Tiburce répondit : « Ce qui paraît exister et n'existe pas, c'est tout ce qui est dans ce monde, qui conduit l’homme à ce qui n'existe pas. Quant à ce qui ne paraît pas exister et qui existe, c'est la vie des âmes justes et le châtiment des coupables. »
Le préfet reprit: « Je crois que tu ne parles pas avec ton esprit. »
Alors il ordonna de faire avancer Valérien, et lui dit : « Comme la tête de ton frère n'est pas saine, toi, au moins, tu sauras me donner une réponse sensée. Il est certain que vous êtes dans une grande erreur, puisque vous dédaignez les plaisirs et que vous n'avez d'attrait que pour tout ce qui est opposé aux délices. »
Valérien dit alors qu'il avait vu, au temps de l’hiver, des hommes oisifs et railleurs se moquer des ouvriers occupés à la culture des champs, mais au temps de l’été, quand fut arrivé le moment de récolter les fruits glorieux de leurs travaux, ceux qui étaient regardés comme des insensés furent dans la joie, tandis que commencèrent à pleurer ceux qui paraissaient les plus habiles. C'est ainsi que nous, nous supportons maintenant l’ignominie et le labeur, mais plus, tard, nous recevrons la gloire et la récompense éternelle. Quant à vous, vous jouissez maintenant d'une joie qui ne dure pas, mais plus tard, aussi, vous ne trouverez qu'un deuil éternel. » Le préfet lui dit: « Ainsi nous, et nos invincibles princes, nous aurons en partage un deuil éternel, tandis que vous qui êtes les personnes les plus viles, vous posséderez une joie qui n'aura pas de fin ? »

Valérien répondit : « Vous n'êtes que de pauvres hommes et non des princes, nés à notre époque, qui mourrez bientôt et qui rendrez à Dieu un compte plus rigoureux que tous. »
Alors le préfet dit : « Pourquoi perdre le temps en des discours oiseux ? Offrez des libations aux dieux, et allez-vous-en sans qu'on vous ait fait subir aucune peine. »
Les saints répliquèrent : « Tous les jours nous offrons un sacrifice au vrai Dieu. »
Le préfet demanda : « Quel est son nom ? »
Valérien répondit : « Tu ne pourras jamais le découvrir, quand bien même tu aurais des ailes pour voler. »
Le préfet reprit : « Ainsi, Jupiter, ce n'est pas le nom d'un dieu? »
Valérien répondit : « C'est le nom d'un homicide et d'un corrupteur. »
Almachius lui dit : « Donc, tout l’univers est dans l’erreur, et il n'y a que ton frère et toi qui connaissiez le vrai Dieu ? »
Valérien répondit : « Nous ne sommes pas les seuls, car il est devenu impossible de compter le nombre de ceux qui ont embrassé cette doctrine sainte. »

Valérien et Tiburce sont livrés à la garde de Maxime qui se convertit.

Alors les saints furent livrés à la garde de Maxime. Celui-ci leur dit : « O noble et brillante fleur de la jeunesse romaine ! Ô frères unis par un amour si tendre ! Comment courez-vous à la mort ainsi qu'à un festin ? »
Valérien lui dit que s'il promettait de croire, il verrait lui-même leur gloire après leur mort. Maxime dit : « Que je sois consumé par la foudre si je ne confesse pas ce Dieu unique que vous adorez quand ce que vous dites arrivera ! » Alors Maxime, toute sa famille et tous les bourreaux crurent et reçurent le baptême d'Urbain qui vint les trouver en secret.

Valérien et Tiburce sont décapités.

Quand donc l’aurore annonça la fin de la nuit, Cécile s'écria en disant : « Allons, soldats du Christ, rejetez les œuvres des ténèbres, et revêtez-vous des armes de la lumière. » Les saints sont alors conduits au quatrième mille hors de la ville, à la statue de Jupiter et comme ils ne voulaient pas sacrifier, ils sont décapités l’un et l’autre. Maxime affirma avec serment, qu'au moment de leur martyre, il avait vu des anges resplendissants, et leurs âmes comme des vierges qui sortent de la chambre nuptiale. Les anges les portaient au ciel dans leur giron. Quand Almachius apprit que Maxime s'était fait chrétien, il le fit assommer avec des fouets armés de balles de plomb, jusqu'à ce qu'il eût rendu l’esprit. Cécile ensevelit son corps à côté de Valérien et de Tiburce.

Quatre cents personnes sont baptisées.

Cependant Almachius fit rechercher les biens de ces deux derniers et ordonna que Cécile comparût devant lui comme la femme de Valérien, et sacrifiât aux idoles, sinon qu'il serait lancé contré elle une sentence de mort. Comme les appariteurs la poussaient a obéir et qu'ils pleuraient beaucoup de ce qu'une jeune femme si belle et si noble se livrât de plein gré à la mort, elle leur dit : « O bons jeunes gens, ceci n'est point perdre sa jeunesse, mais la changer, c'est donner de la boue pour recevoir de l’or, échanger une vile habitation et en prendre une précieuse, donner un petit coin pour recevoir une place brillamment ornée. Si quelqu'un voulait donner de l’or pour du cuivre, n'y courriez-vous pas en toute hâte ? Or, Dieu rend cent pour un qu'on lui a donné. Croyez-vous ce que je viens de vous dire ? »
Ils répondirent : « Nous croyons que le Christ qui possède une telle servante, est le vrai Dieu. »
On appela l’évêque Urbain et plus de quatre cents personnes furent baptisées.

Almachius fait amener Cécile.

Alors Almachius se fit amener sainte Cécile.
Il lui dit : « Quelle est ta condition ? »
— Cécile : « Je suis libre et noble. »
— Almachius : « C'est au sujet de la religion que je t'interroge. »
— Cécile : « Ton interrogation n'était pas exacte, puisqu'elle exigeait deux réponses. »
— Almachius : « D'où te vient tant de présomption en me répondant? »
— Cécile : « D'une conscience pure et d'une conviction sincère. »
— Almachins : « Ignores-tu quel est mon pouvoir ? »
— Cécile : « Ta puissance est semblable à une outre remplie de vent, qu'une aiguille la perce, tout ce qu'elle avait de roideur a disparu, et toute cette roideur qu'elle paraissait avoir, s'affaisse. »
— Almachius « Tu as commencé par des injures et tu poursuis sur le même ton. »
— Cécile : « On ne dit pas d'injure à moins qu’on n'allègue des paroles fausses. Démontre que j'ai dit une injure, alors j'aurai avancé une fausseté : ou bien, avoue que tu te trompes, en me calomniant. Nous connaissons la sainteté du nom de Dieu, et nous ne pouvons pas le renier. Mieux vaut mourir pour être heureux que de vivre pour être misérables. »
— Almachius : « Pourquoi parles-tu avec tant d'orgueil? »
— Cécile : « Il n'y a pas d'orgueil; il y a fermeté. »
— Almachius : « Malheureuse, ignores-tu que le pouvoir de vie et de mort m’a été confié? »
— Cécile : « Je prouve, et c'est un fait authentique, que tu viens de mentir. Tu peux ôter la vie aux vivants, mais tu ne saurais la donner aux morts. Tu es un ministre de mort, mais non un ministre de vie. »
— Almachius : « Laisse là ton audace, et sacrifie aux dieux. »
— Cécile : « Je ne sais où tu as perdu l’usage de tes yeux : car les dieux dont tu parles, nous ne voyons en eux que des pierres. Palpe les plutôt, et au toucher apprends ce que tu ne peux voir avec ta vue. »

Cécile est martyrisée.

Alors Almachius la fit reconduire chez elle, et il ordonna qu'elle soit brûlée pendant une nuit et un jour dans un bain de vapeur bouillante. Elle y resta comme dans un endroit frais, sans même éprouver la moindre sueur. Quand Almachius le sut, il ordonna qu'elle eût la tête tranchée dans le bain. Le bourreau la frappa par trois fois au cou, sans pouvoir lui couper la tête. Et parce qu'une loi défendait de frapper quatre fois la victime, le bourreau ensanglanté laissa Cécile à demi morte.

Durant les trois jours qu'elle survécut, elle donna tout ce qu'elle possédait aux pauvres, et recommanda à l’évêque Urbain tous ceux qu'elle avait convertis : Elle lui dit : « J'ai demandé ce délai de trois jours afin de recommander ceux-ci à votre béatitude, et pour que vous consacriez cette maison qui m’appartient afin d'en faire une église. » Or, saint Urbain ensevelit son corps avec ceux des évêques, et consacra sa maison qui devint une église, comme elle l’avait demandé.

Elle souffrit vers l’an du Seigneur 223, du temps de l’empereur Alexandre. On lit cependant ailleurs qu'elle souffrit du temps de Marc-Aurèle, qui régna vers l’an du Seigneur 220.

Sources
  • Nominis
  • Vie des pères, martyrs et autres principaus saints tome VIII d'Alban Butler et Godescard.
  • La légende dorée rédigée en latin entre 1261 et 1266 par le Bienheureux Jacques de Voragine