LOGO église et histoire

Saint Antoine de Padoue



Dernière mise à jour
le 03/04/2020

Plan du site
Menu en haut de page
Aide
Fête 13 juin, mémoire obligatoire
Naissance1195
Mort13/06/1231
Fonction docteur de l'Église
Hommes contemporains
NomNaissanceMortFonction
Alexandrine de Vienne 1242
Guichard IV 1160 1216 seigneur de Beaujeu
Renaud IV 1249 sire de Beaugé
Ulric II vers l'an 1220 sire de Beaugé
ULRICH III 1220 sire de Beaugé

Liste des chapitres

Origine de son nom

Saint Antoine avait pour nom Ferdinand, et pour patrie Lisbonne en Portugal. Par dévotion pour le célèbre patriarche des moines, qui était le saint titulaire de la petite chapelle où il prit l'habit religieux, il voulut être appelé Antoine ; et la ville de Padoue, qui garde ses reliques, eut ensuite l'insigne honneur d'avoir son nom ajouté à celui du grand serviteur de Dieu.

Sa famille

Son père était officier de l'armée d'Alphonse(1), vainqueur des Maures à la journée d'Orique et ensuite roi du Portugal. Sa mère, Marie de Tevera, était une femme du plus rare mérite. Né en Il95, il donna dès ses premières années les plus belles espérances. Ses parents le placèrent encore jeune dans la communauté des chanoines de la cathédrale de Lisbonne pour qu'il y fût élevé dans les sciences et dans la piété. Il répondit parfaitement à leurs vues.

Chez les chanoines réguliers de Saint-Augustin

A l'âge de quinze ans, il se retira chez les chanoines réguliers de Saint-Augustin qui avaient une maison près de Lisbonne. Il y vécut assez tranquille pendant quelque temps ; mais les distractions occasionnées par les visites fréquentes de ses amis lui rendirent bientôt insupportable un lieu où il ne pouvait suivre son attrait pour la solitude. Il pria donc ses supérieurs de l'envoyer à Coïmbre, éloignée de trente-six lieues de Lisbonne. Son ordre avait dans cette ville un couvent dit de Sainte-Croix.

Là le serviteur de Dieu étonna ses frères par l'austérité de sa vie et par son amour pour la retraite. Il continua ses études, auxquelles il joignit la lecture des livres saints et des Pères de l'Eglise. Une application soutenue et dirigée par une sage méthode, un esprit vif et pénétrant, une grande maturité de jugement, le mirent en état de faire des progrès très rapides. Il acquit une connaissance profonde de la théologie, et se forma à ce genre d'éloquence nerveuse et persuasive qui dans la suite fut si utile à l'Eglise. Mais comme le propre de l'étude, de celle même qui a la religion pour objet, est de dessécher le cœur et d'éteindre l'esprit de piété, Ferdinand, craignant ce triste effet, avait soin de nourrir son âme par les exercices de la prière et de la méditation. Il se préparait ainsi à cette sublime perfection à laquelle Dieu l'appelait dans un ordre plus austère qui venait de prendre naissance.

L'attirance pour les franciscains

Il y avait près de huit ans qu'il virait à Coïmbre, quand don Pédro, infant de Portugal, apporta de Maroc les reliques de cinq franciscains martyrisés depuis peu par les infidèles. La vue de ces reliques fit sur lui une vive impression. Il sentit dans son cœur un ardent désir de verser son sang pour Jésus-Christ. Peu de temps après, quelques religieux de Saint-François, faisant la quête pour leur communauté, vinrent au couvent de Sainte-Croix. Ferdinand leur ayant découvert l'intention qu'il avait d'embrasser leur institut, ils s'en réjouirent, et l'exhortèrent à suivre les mouvements de la grâce. Son projet n'eut pas plus tôt été connu, que ses confrères mirent tout en œuvre pour l'empêcher de l'exécuter, et voyant que leurs remontrances étaient inutiles, ils eurent recours aux railleries et aux reproches les plus amers. Le saint souffrit avec joie les humiliations et commença dès lors à se montrer supérieur à tous les mouvements de l'orgueil.

Cependant il implorait les lumières de l'Esprit-Saint, afin de connaître de plus en plus sa vocation. Il éprouvait chaque jour un nouvel accroissement dans l'estime qu'il avait conçue pour un ordre qui inspirait l'amour des souffrances, et dont le fondateur, qui vivait encore, conduisait les membres à la plus haute perfection par ses conseils et par ses exemples. La pauvreté et les austérités qu'on y pratiquait, avaient aussi pour lui des charmes très-puissants. Enfin, il s'adressa à son prieur pour lui demander son consentement et l'ayant obtenu, il se retira dans un petit couvent que les Franciscains avaient auprès de Coïmbre, et y prit l'habit en 1221.

Le séjour en Afrique

Ayant passé quelque temps dans la solitude, dans l'oraison et dans la pratique des austérités de la pénitence, il se sentit embrasé du désir de donner sa vie pour Jésus-Christ. Il pria donc ses supérieurs de lui permettre d'aller prêcher l'Evangile aux Maures d'Afrique. À peine fut-il arrivé au lieu de sa mission, que Dieu, satisfait du sacrifice de son cœur, le visita par une maladie qui l'obligea de retourner en Espagne pour rétablir sa santé. Le vaisseau sur lequel il était embarqué eut le vent contraire, fut jeté sur les côtes de Sicile et aborda à Messine.

Rencontre avec saint François d'Assise

Antoine (c'est ainsi que le saint est appelé dans la suite du texte) apprit dans cette ville que saint François tenait alors un chapitre général à Assise. Il s'y rendit malgré l'état de faiblesse où la maladie l'avait réduit, tant était vif le désir qu'il avait de voir le fondateur de son ordre. Les entretiens qu'il eut avec cet homme de Dieu furent pour lui la source de mille consolations. Résolu de se fixer dans un lieu où il serait moins éloigné de sa personne, il s'offrit aux provinciaux et aux gardiens d'Italie. Son projet d'abandonner ses amis et sa patrie fut approuvé de saint François. Mais il ne se trouva point de supérieurs qui voulussent se charger d'un sujet qui, à en juger par l'extérieur, devait incommoder une maison au lieu de la servir. Antoine, de son côté, cachait avec soin ses talents et ses belles qualités et ne se présentait que pour travailler dans la cuisine. A la fin cependant un gardien de la province de Romagne, nommé Gratiani, eut compassion de lui, et l'envoya à l'ermitage du Mont-Paul qui était un petit couvent situé dans un lieu solitaire, près de Bologne.

Antoine, qui ne désirait rien tant que de vivre ignoré des hommes, fut charmé de ce séjour, et s'y livra avec ardeur à la contemplation et aux austérités de la pénitence. Jamais il ne lui échappait une parole qui pût même faire soupçonner son savoir et il s'observait dans toute sa conduite, de manière qu'on ne se doutait pas des communications sublimes de son âme avec Dieu. Il écoutait tout le monde avec humilité et ne parlait que quand cela était absolument nécessaire, mais une circonstance le fit connaître au monde.

La première prise de parole en public

Les religieux de Saint-François s'étant assemblés à Forli avec les Dominicains du voisinage, ceux-ci, en tant qu'étrangers, furent priés de faire une exhortation à la compagnie. Ils s'en excusèrent tous, disant qu'ils ne s'étaient pas préparés. Là-dessus le gardien d'Antoine lui ordonna de parler et de communiquer à l'assemblée tout ce que le Saint-Esprit lui suggérerait. Le saint demanda à en être dispensé alléguant, pour prétexte, qu'un religieux uniquement occupé au service de la cuisine et à d'autres emplois semblables n'était guère propre à annoncer la parole de Dieu. Le supérieur insistant, il obéit enfin et parla avec tant d'éloquence, de force et d'onction, que tous les auditeurs en furent frappés d'étonnement. Il était alors âgé d'environ vingt-six ans.

L'enseignement de la théologie

Saint François, informé de la découverte du trésor caché dans son ordre, envoya Antoine à Verceil pour qu'il y étudiât la théologie. Peu de temps après il le chargea d'enseigner cette science, lui recommandant toutefois de faire son principal objet de la prière et de la contemplation, de peur que l'étude n'éteignit en lui l'esprit de ferveur. Nous avons encore la lettre qu'il lui écrivit en cette occasion. Elle est conçue en ces termes : « Le frère François à son très cher frère Antoine, salut en Notre-Seigneur. Il me semble qu'il est à propos que vous donniez aux frères des leçons de théologie ; mais prenez garde qu'une trop grande application à l'étude ne vous devienne préjudiciable, et qu'elle n'éteigne l'esprit de prière en vous ou en ceux que vous instruirez »

Antoine enseigna plusieurs années la théologie avec beaucoup d'applaudissements à Bologne, à Toulouse, à Montpellier, à Padoue, et fut ensuite élu gardien à Limoges.

A Brive-la-Gaillarde, on conserve le souvenir des grottes où il se retira quelque temps dans la prière solitaire. C'est aussi dans cette ville qu'il retrouva miraculeusement un manuscrit dérobé, y gagnant du même coup sa spécialité posthume pour lui faire retrouver les objets perdus.

Jamais il ne voulut profiter des privilèges attachés à la place de professeur. Il observait tous les points de la règle avec autant d'exactitude que les autres frères ; et son temps était si bien ménagé, qu'il en trouvait encore pour faire au peuple des instructions très fréquentes. A la fin il abandonna entièrement la théologie scolastique et ne s'occupa plus que des fonctions du ministère. Se croyant appelé à travailler à la conversion des âmes et à déclarer au vice une guerre irréconciliable, il résolut de se consacrer au travail des missions.

La force de ses paroles

La nature et la grâce semblaient l'avoir formé pour une œuvre aussi importante. Il avait un extérieur poli et des manières aisées. Sa voix était forte, claire, agréable, et sa mémoire heureuse. A ces avantages, il joignait une action pleine de grâces. Il savait, en variant à propos le ton de sa voix, s'insinuer dans l'âme de ses auditeurs. Il connaissait bien l'Écriture, qu'il avait le talent d'appliquer avec beaucoup de justesse aux différentes matières qu'il traitait. Les textes sacrés devenaient entre ses mains une source féconde de lumières, et il en développait le sens et l'esprit avec une facilité et une énergie admirables. Son éloquence tirait sa principale force de l'onction avec laquelle il prononçait ses discours. L'amour dont il était embrasé pour la pratique de toutes les vertus, le faisait parler avec un zèle auquel on ne pouvait résister. Ses paroles étaient comme autant de traits qui allaient percer les cœurs de son auditoire, et il n'était pas étonnant qu'après avoir allumé dans son âme le feu de la divine charité, il l'allumât dans les cœurs de tous ceux qui l'écoutaient.

Plein de mépris pour le monde et pour lui-même, brûlant d'un ardent désir de voir Jésus-Christ régner sur tous les cœurs, disposé à faire le sacrifice de sa vie, si la gloire de Dieu l'exigeait, il était supérieur à toutes les considérations humaines. Rien ne pouvait l'engager à ralentir son zèle ; il n'affaiblissait ni ne déguisait les maximes de l'Evangile : il les annonçait aux grands et aux petits avec la même force et la même ardeur. Les savants admiraient dans ses discours la sublimité des pensées, la noblesse des images, et un talent singulier de présenter les dogmes et les vérités les plus communes de la morale avec une dignité dont il y avait peu d'exemples. Cela ne l'empêchait pas de se rendre intelligible aux esprits les plus grossiers, parce qu'il régnait dans tous ses discours un ton de simplicité qui rendait comme palpables les matières les plus abstraites. La prudence et la charité assaisonnaient ses réprimandes, et il n'y avait rien de dur ni d'austère. Il savait même se montrer intéressant et aimable, dans le temps où il faisait des reproches. S'il effrayait les pécheurs endurcis par la crainte des jugements de Dieu, il consolait et encourageait les âmes timorées, en leur inspirant une vive confiance en la miséricorde divine. Il combattit avec succès les vices à la mode, et les erreurs contraires à la foi, et les hérétiques les plus opiniâtres aussi bien que les pécheurs les plus invétérés vinrent se jeter à ses pieds et se reconnurent vaincus.

Le pape Grégoire IX, l'ayant entendu prêcher à Rome en 1227, en fut singulièrement touché et dans une de ces émotions que produit la surprise, il l'appela l'arche du testament. Il voulait dire par là qu'il le regardait comme un riche trésor où étaient renfermés tous les biens spirituels.

Son extérieur était si grave et si édifiant qu'il prêchait en quelque sorte par chacune de ses actions. Un jour il invita un des frères à venir prêcher avec lui mais il revint au couvent sans avoir rien dit au peuple. Comme le frère lui demandait pourquoi il n'avait pas prêché, il lui répondit : « Croyez-moi, on prêche mieux par la modestie de ses regards et par la gravité de sa démarche, que par les plus longs discours. »

Les fréquents miracles qu'il opérait ajoutaient un nouvel éclat à ses vertus. On s'assemblait en foule pour aller l'entendre dans tous les lieux où il prêchait. Le concours était quelquefois si prodigieux qu'il ne se trouvait point d'église assez grande pour contenir tout le peuple. Le saint était alors obligé de parler dans les places publiques et même dans les champs. Il parcourait les villes, les bourgs et les villages avec un zèle que rien ne pouvait ralentir. Il prêcha en France, en Italie et en Espagne. Il lui arriva même un jour en France de garantir son auditoire d'un orage par la vertu de ses prières. Le talent de la chaire n'était pas le seul qu'il possédait, il avait aussi avec un haut degré celui de conduire les âmes. Dans tous les lieux par où il passait, il se faisait un changement général : les ennemis se réconciliaient, les usuriers restituaient leurs gains illicites, les pécheurs de toute espèce se convertissaient sincèrement et venaient lui demander des avis particuliers pour régler leur vie sur les maximes de l'Evangile.

Courageux pour défendre les malheureux

Etant en Lombardie, il s'exposa au danger de perdre la vie en prenant la défense des malheureux. Voici de quelle manière la chose est rapportée par les historiens de saint Antoine.

Ezzelino ou Ezelin né dans la Marche Trévisane, mais allemand d'extraction, s'était mis à la tête du parti des Gibelins ou Impériaux. Il s'était emparé de Vérone et de plusieurs autres villes de la Lombardie, et les avait traitées avec une horrible cruauté durant l'espace de quarante ans. Les anathèmes lancés contre lui par trois différents papes n'avaient fait aucune impression sur son esprit. Ayant appris que les habitants de Padoue s'étaient révoltés contre lui, il fit mettre à mort, en un seul jour, douze mille personnes du pays. La ville de Vérone, où il résidait ordinairement, était presque entièrement dépeuplée, et l'on n'y voyait de toutes parts que des gardes armés et dignes par leur férocité du maître qu'ils servaient. Antoine, qui ne craignait rien dès qu'il s'agissait de la gloire de Dieu et de l'utilité du prochain, n'hésitât pas pour aller à Vérone. Arrivé au palais, il fit demander une audience au prince, ce qui lui fut enfin accordé. Lorsqu'on l'eut introduit dans l'appartement d'Ezzelino, il le vit assis sur un trône et environné d'une troupe de soldats prêts à lui obéir au moindre signe. Ce spectacle ne l'effraya pas ; il osa même dire au tyran que ses massacres, ses pillages et ses sacril`ges criaient vengeance au Ciel, et que tous ceux qu'il avait dépouillés de la vie ou de leurs biens, étaient devant Dieu comme autant de témoins qui demandaient justice. Il dit encore d'autres choses qui ne supposaient pas moins de hardiesse. Les gardes s'attendaient à tout moment à recevoir l'ordre de tomber sur le saint mais ils ne purent revenir de leur étonnement lorsqu'ils virent Ezzelino descendre de son trône, pâle et tremblant, se mettre une corde au cou, se jeter, fondant en larmes, aux pieds d'Antoine, et le conjurer de lui obtenir de Dieu le pardon de ses péchés. Le saint le releva et lui donna des avis convenables à la situation où il se trouvait. Quelque temps après, Ezzelino envoya un riche présent à Antoine; mais celui-ci le refusa, en disant que le plus agréable présent que le prince pût lui faire, était de restituer aux pauvres ce qu'il leur avait injustement enlevé. Ezzelino parut d'abord avoir changé de conduite. Malheureusement ces belles dispositions s'évanouirent, et il retomba dans ses premiers désordres. Les princes confédérés de Lombardie s'étant rendus maîtres de sa personne, ils l'enfermèrent dans une étroite prison, où il mourut en 1259.

La conservation de l'ordre des Franciscains

Antoine fut élevé aux premières dignités de son ordre, et il les remplit avec autant de zèle que de capacité. Il eut une attention extrême à faire observer fidèlement la règle dans les différentes maisons dont la conduite lui avait été confiée, et ce fut principalement à lui que l'on dut la conservation de l'ordre des Franciscains qui étant encore pour ainsi dire dans son enfance, se trouva menacé de perdre l'esprit de son saint fondateur.

L'opposition aux abus de frère Élie

Après la mort de saint François arrivée en 1226, le frère Élie fut élu général. C'était un homme rempli des maximes du monde qui, abusant de l'autorité que lui donnait sa place, laissa introduire divers abus, qui n'allaient à rien moins qu'à la ruine entière des constitutions fondamentales de l'ordre. Il fit bâtir une église magnifique, ce qui était contraire à cet esprit de pauvreté si expressément recommandé par la règle. Il détournait les revenus des communautés à son usage particulier. Il avait un cheval et entretenait des domestiques pour le servir . Il se nourrissait plus délicatement que les frères, et mangeait dans sa chambre. Plusieurs des provinciaux et des gardiens applaudissaient à sa conduite par respect humain. Les autres voyaient bien que toutes ces innovations ouvraient la porte au relâchement, et qu'elles éteindraient cet esprit de ferveur qui jusque-là avait fait la gloire de Tordre. Mais ils étaient trop lâches pour rompre le silence et pour s'élever contre les désordres qu'ils condamnaient intérieurement. Antoine et un Anglais nommé Adam, eurent plus de courage que leurs frères : ils s'opposèrent aux abus et les condamnèrent de la manière la plus forte. Les injures et les mauvais traitements furent la récompense de leur zèle, et on les traita comme des séditieux et des brouillons. Le général, de l'avis de plusieurs provinciaux, ordonna qu'ils fussent perpétuellement renfermés dans leurs cellules, et la sentence aurait été exécutée si les deux fervents religieux n'en avaient prévenu l'exécution par la fuite. Antoine et Adam s'adressèrent au pape Grégoire IX, qui les reçut avec bonté et écouta leurs plaintes. Grégoire cita Élie à comparaître devant lui à Rome. L'ayant trouvé coupable de tous les chefs d'accusation portés contre lui, il le punit en le déposant du généralat.

La structure des sermons de saint Antoine

Antoine était alors provincial de la Romagne, et il profita de son voyage de Rome pour demander la permission de se démettre de sa place. Le pape, après la lui avoir accordée, fit d'inutiles efforts pour le retenir et l'attacher à sa personne. Le saint se retira d'abord sur le mont Alverno ; de là il se rendit au couvent de Padoue qu'on lui avait assigné pour demeure, avant qu'il fût provincial de la Romagne, et où il avait autrefois exercé les emplois de prédicateur et de professeur en théologie. Il prêcha le carême dans cette ville avec beaucoup de fruit et de succès et ce fut là qu'il mit la dernière main à ses sermons, que nous avons encore, mais non pas tels qu'il les prêcha. Sa coutume était de les diversifier suivant les circonstances et de suivre en parlant l'impétuosité de son zèle. C'est pour cela que ses discours ne contiennent que des plans ou des idées générales dépourvues des fleurs et des ornements de l'éloquence. Le saint ajoutait ces ornements et ces fleurs en chaire(2).

La mort de saint Antoine

A la fin du carême, Antoine, épuisé depuis longtemps de fatigues et d'austérités, sentit que sa santé et ses forces étaient considérablement affaiblies. Il se retira donc dans un lieu solitaire appelé Campiétro ou le champ de Pierre, afin de se préparer à la mort qu'il prévoyait devoir bientôt l'enlever de ce monde, et il prit avec lui deux religieux d'une grande vertu. Sa maladie augmentant tous les jours, il voulut qu'on le rapportât au couvent de Padoue. La foule du peuple, qui vint à sa rencontre et qui s'empressait de baiser le bord de son habit, était si grande qu'il fut obligé de rester dans le faubourg de la ville. On le mit dans la chambre du directeur des religieuses d'Arcela. Après y avoir reçu les sacrements de l'Eglise, il récita les sept psaumes de la pénitence avec une hymne en l'honneur de la sainte Vierge(3), puis il s'endormit tranquillement dans le Seigneur, le 13 juin 1231. Il était âgé de trente-six ans et en avait passé dix dans l'ordre de Saint-François. Aussitôt qu'on eut appris qu'il ne vivait plus, les enfants se mirent à crier dans les rues : Le saint est mort.

La canonisation un an après sa mort

Des prodiges innombrables ayant attesté la sainteté du serviteur de Dieu. Grégoire IX le canonisa dès l'an 1232. Ce pape l'avait connu particulièrement, et était grand admirateur de ses vertus. Voici comment il s'exprima dans sa bulle datée de Spolette : « Nous recommandons à l'évêque (de Padoue), au frère Jourdain, prieur de Saint-Benoît, au frère Jean, prieur de Saint-Augustin, de faire des recherches exactes sur la vie (de saint Antoine) et sur les merveilles opérées à son tombeau. Ayant vu les preuves authentiques des miracles de cet homme vénérable, ayant de plus connu par nous-mêmes sa sainte vie, et ayant eu le bonheur de converser avec lui ; après avoir pris l'avis de nos frères et de tous les prélats assemblés avec nous, nous l'avons mis au nombre des saints. » Il avait dit auparavant dans la même bulle : Saint Antoine, qui présentement habite dans le ciel, est honoré sur la terre par plusieurs miracles que l'on voit tous les jours s'opérer à son tombeau, et dont la vérité nous a été certifiée par des pièces dignes de foi(4).

L'église de Padoue et les reliques du saint

Trente-deux ans après la mort du saint, on fit bâtir à Padoue une église magnifique, dans laquelle ses reliques furent déposées. On trouva que toutes les chairs de son corps étaient consumées ; mais sa langue n'avait aucune marque de corruption, et elle paraissait encore aussi vermeille que si le serviteur de Dieu eût été vivant. Saint Bonaventure, alors général des Franciscains, qui était à la cérémonie de la translation, la prit dans ses mains, la baisa respectueusement, et dit en fondant en larmes : « O bienheureuse langue, qui ne cessez de louer Dieu, et qui l'avez fait louer par un nombre infini d'âmes! Il paraît présentement combien vous êtes précieuse devant Celui qui vous avait formée pour servir à une fonction si noble et si sublime. » La langue de saint Antoine se garde dans l'église des Franciscains conventuels de Padoue(5). Il y aussi dans la même église le mausolée du saint, qui est un ouvrage achevé, orné d'un bas-relief qui excite l'admiration de tous les connaisseurs. Devant ce mausolée sont suspendues plusieurs lampes fort riches, qui ont été données par différentes villes.(6) Saint Antoine de Padoue est honoré avec autant de dévotion en Portugal qu'en Italie.

Depuis 1263, la relique de la langue de saint Antoine est gardée parmi les trésors les plus précieux de la Basilique de Padoue.

La vénération des reliques

Depuis 1351, le 15 février de chaque année, une fête est célébrée en son honneur.

Parmi les fidèles qui l’ont vénérée, outre les empereurs et les papes (Pie VI en 1782, Pie VII en 1808, le futur Benoît XV, Jean XXIII et Jean-Paul II), il faut compter Thérèse de Lisieux. Elle écrivit « Après Venise, nous sommes allés à Padoue, où nous avons vénéré la langue de saint Antoine ». En souvenir de cette visite, une plaque commémorative, placée en août 1945, contient : « De sa terre natale de France / âgée de moins de 15 ans / en pèlerinage vers Rome, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus / le 12 novembre 1887 / à genoux devant la tombeau du Saint / en vénérait les précieuses cendres / et la langue bénie encore intacte. »

La conservation des reliques

Le soin apporté à leur conservation

Les soins apportés à la relique concernent avant tout sa conservation et sa protection. Aussitôt après sa découverte, la relique trouva un abri dans un tube de cristal de roche conservé dans les armoires de la sacristie. A partir de 1335, elle fut placée dans trois reliquaires successifs :

Les signes le plus évidents que ces reliquaires avaient contenu la langue d’Antoine étaient à la fois l’inscription : « Sa langue énonce la sagesse » et la représentation de saint Antoine prêchant du deuxième reliquaire, évocation éloquente de sa prédication du haut du noyer de Camposampiero.

Les problèmes posés par cette conservation

La conservation de la relique ne cessa de poser des problèmes aux frères et aux responsables de la Basilique.

Les reliques et la seconde guerre mondiale

En 1943, la nécessité se fit sentir, comme pendant la guerre de 1914-1918, de mettre en lieu sûr et à l’abri les reliques de la langue et du menton de saint Antoine. A ces deux dates, l’endroit choisi fut le même : la base, le seuil de l’escalier qui monte à la tour située sur le côté gauche, près de la sacristie.

Le soir du 2 octobre, devant trois témoins, le Provincial de Padoue, le Recteur de la Basilique et le Frère responsable du Trésor, on sortit les reliques de leur grand reliquaire, et on les remisa séparément dans leur propre custode, avant de les réunir dans une cassette de fer, avec un document authentifiant l’opération. Le tout fut immergé dans un bain de cire et on l’entoura de tout un système de protection et d’identification avant de sceller sur la cachette le pavement commun à toute la Basilique.

Le 12 juin 1945, pour la première fête de Saint-Antoine après la guerre et pour renouveler la ferveur des pèlerinages, on décida de replacer l’ensemble des reliquaires dans la chapelle du Trésor. Pendant l’extraction des reliques de leur cachette, on observa que les précautions prises pour leur conservation étaient intactes. On sortit d’abord le menton, constatant qu’il ne présentait aucune altération. Mais quant à la langue, pourtant maintenue bien en place, on s’aperçut avec étonnement et désolation qu’elle n’avait plus son aspect de carnation rigide : elle était repliée sur la base et couverte de moisissures. On brisa les sceaux, ouvrit l’urne de verre et enleva la moisissure. La langue se présenta souple et noircie mais non putréfiée. On la serra alors entre deux lames de verre : un liquide blanchâtre sortit du muscle. Devant cet événement imprévu, la cérémonie de remise en place dans la chapelle du Trésor fut retardée.

Le 13 juin 1945, le Provincial ôta les lamelles de verre et la langue réapparut telle qu’elle était auparavant. On conserva les lamelles de verre, mais cette opération eut lieu devant un seul témoin A la suite de cela, on remit le menton et la langue, sans rite extérieur, à leur place habituel du Trésor.

Le samedi après le 13 juin, la communauté de couvent de la Basilique fut réunie au Trésor et mise au courant de l’événement.

Le 14 février 1947, vigile de la fête de la langue, le représentant du Saint-Siège près la Basilique procéda à une « reconnaissance canonique » (vérification officielle), mais refusa de faire toute analyse chimique ou étude scientifique du phénomène.

Saint Antoine écrivit : « La langue a une affinité étroite avec la parole, à tel point qu’elles ne peuvent être séparées l’une de l’autre. De la même manière, le Verbe du Père, c’est-à-dire le Fils, et l’Esprit Saint sont inséparables ; ils sont même une seule nature. »

Les reliquaires

Le reliquaire en forme de ciboire

Le premier reliquaire qui a abrité la langue de 1335 à 1350, en forme de ciboire, date de 1317 à 1335. Haut de 41,5 cm, il est en argent repoussé, guilloché et doré, décoré d’émaux verts translucides, il présente une tige supportant une custode de cristal de roche en forme de cône renversé. A mi-hauteur du vase en cristal, deux édicules se détachent pour abriter, face à face, Antoine et François ; tandis que le sommet, soutenu par un feuillage, présente une figure du Christ a double face, supportant, anciennement, l’écriteau paraphrasant le psaume 49, v. 4: « Sa langue énonce la sagesse ». Ce reliquaire abrite aujourd’hui, une pierre du Gethsémani.

Le reliquaire en forme d’arbre

Le deuxième, en argent repoussé, ajouré, poinçonné et guilloché, haut de 68 cm, date de 1350. Il est présenté dans les inventaires comme « un reliquaire grand et merveilleusement travaillé », avec émaux et feuilles. En forme d’arbre, il porte, au milieu, la figure en argent de saint Antoine prêchant du haut d’une chaire en plein air ; une custode en cristal de roche en forme de tube abritait la langue ; au sommet, le « corail très beau » d’origine a été remplacé, au XIXe siècle, lors d’une restauration, par un gland en argent. L’ange sculpté dans la niche du premier nœud portait l’inscription « Et sa langue énonçait la sagesse ».

La figure d’Antoine debout, au milieu de branchages, une main sur une balustrade et l’autre adressée au public dans un geste paternel, qu’accompagne un visage doux et accueillant, évoque le sermon du haut du noyer. A la base de cette scène, des putti rappellent les pauvres et les humbles, attentifs à sa parole, ainsi que les enfants qui l’ont acclamé et glorifié sur les places de Padoue, le jour de sa mort.

Le reliquaire actuel

Haut de 81 cm, le reliquaire qui contient actuellement la langue du Saint est formé d’un pied à six lobes et six pointes. Il comporte des décorations d’émaux translucides verts et bleus, sur trois nœuds superposés de niches, bandes ajourées, tourelles et contreforts, de plus en plus développées jusqu’à l’étage qui soutient le tube en cristal de roche contenant la relique. Une colonne en spirales supporte une table en or sur laquelle est posé un cercle dentelé, en or, qui tient la relique, elle-même abritée par un toit en or. Des contreforts avec anges et tourelles en demi-calottes soutiennent une coupole, dont la forme n’est pas sans rappeler celle de la cathédrale de Florence. Le reliquaire, don de la famille Ovetari de Padoue, fut réalisé entre 1434 et 1436 par l’orfèvre Giuliano da Firenze, lui-même disciple de Ghiberti et de Brunelleschi. Au sommet du reliquaire, une jacinthe supporte une statue de saint Antoine.

Matériaux, décorations, ajours, émaux, ciselures, fleurs et feuillages représentent l’hommage conjoint de l’homme et de la nature à celui qui les a le mieux aimés et chantés, saint Antoine.

Réflexions d'Alban Butler

On peut dire de saint Antoine de Padoue ce que l'évangéliste a dit de son divin modèle : « Il croissait en grâce et en âge devant Dieu et devant les hommes. » Que de serviteurs auraient compromis la grande affaire dé leur salut, s'ils n'eussent été prompts à obéir aux premières sollicitations de la grace ! On court de grands risques lorsque, même une seule fois, on se rend sourd à cette voix de l'Esprit-Saint, qui nous appelle avec tant de bonté à l'état de grâce si nous sommes pécheurs, ou à une plus haute perfection si nous sommes justes. Si Zachée ne fût pas descendu promptement à la première invitation du Sauveur, le jour où il fut appelé, ce jour eût-il été un jour de salut pour lui et pour toute sa maison ? Et remarquez que Jésus ne lui dit pas seulement : Zachée, descendez, Zachcee, descende ; mais festinans descende, hâtez-vous de descendre. Et Zachée s'empressa effectivement d'obéir. Or s'il ne se fût pas hâté, pendant tous ses retards la grace aurait passé ; et c'en était fait peut-être du salut de cet homme. Il en fut de même de saint Pierre dans la prison. Lorsque l'ange l'éveilla, il lui dit non seulement Levez vous, mais levez-vous promptement. Saint Pierre n'hésite pas et obéit à l'instant ; aussi ses chaînes tombent-elles au même moment, et il est délivré. A combien de pécheurs la grace de Dieu ne dit-elle pas : Hâtez-vous de descendre de ces hauteurs dangereuses où votre orgueil vous a fait monter ! Descendez promptement, et revenez aux sentiments d'une humilité chrétienne et sincère, sans laquelle vous ne pouvez être sauvés. A combien d'hommes le Seigneur ne fait-il pas entendre ces paroles : Levez-vous promptement, et venez à moi, si vous voulez que je brise vos chaînes. La douce voix de la grâce a été entendue ; on a eu la pensée et même quelque désir de se convertir ; mais on n'a pas suivi sur-le-champ le pieux attrait de la grace ; on ne s'est pas levé promptement ; on a remis sa conversion à un autre temps, et l'on s'est damné. Quant à nous, pour éviter un si grand malheur, obéissons avec promptitude à toutes les inspirations de la grace, même à celles dont l'omission ne nous paraîtrait pas avoir pour effet immédiat la perte de notre âme. Car les graces que Dieu accorde à l'homme sont comme une chaine dont l'intégrité est nécessaire pour conduire au salut : une seule infidélité, venant à briser l'un des anneaux qui la composent, pourrait compromettre notre sort à venir pour toute l'éternité.

Sources
  • Nominis
  • La vie des saints Tome V d'Alban Butler et Godescard
    Tiré de
    • annales de Wadding
    • les Bollandistes, t. m . junii, p. 706.
    • Butlarium Cherubini, t. 1, p. tOO. I. II, p. 517
    • Théophile Raynaud, t. VIII
    • Mic. Anton, veteris bibliotheca Hispaniæ, 1. 2, 1.II . p. 33
    • Andreirh, p. 216
  • www.messagerdesaintantoine.com

Notes

(1) Henri de Bourgogne, père d'Alphonse et petit-fils de Robert roi de France, avait commencé la conquête du pays dont il est ici question mais il ne prit jamais le titre de roi. Retour

(2) Les sermoiis de saint Antoine de Pade écrits en latin, ainsi que son excellente concorde morale de la Bible, furent réimprimés a Venise en 1575, et a Paris en 1641, in-fol. Le père Antoine Pagi a donné quelques autres sermons du même saint, écrits aussi en latin. Ils parurent à Avignon en 1684. Voir les S. Antonii Paduadi et S. Francisci Assisiatis opéra omnia, Pedeponti, 1739, î tom. in-fol. L'édition que le père Jean de La Haye donna à Paris, en 1641, des ouvrages de saint François et de saint Antoine de Pade n'est point complète. Le père Wadding publia à Rome en 1634, les sermons sur les saints, avec l'exposition mystique des livres divins, et la concordance morale de l'Ecriture, par saint Antoine de Pade. Retour

(3) C'est l'hymne qui commence par ces mots : 0 gloriosa Domina, etc. Retour

(4) Voir sur les miracles du saint, le P. Papebroch, t. n,junii, p. 718. Retour

(5) La maison des Franciscains dont il s'agit ici procure souvent d'habiles professeurs à l'université de Padoue, une des plus célèbres de l'Europe en 1785. Retour

(6) Les armées françaises s'étant emparées de Padoue en 1797, les autorités militaires annoncèrent aussitôt l'intention de dépouiller les églises de leurs richesses et de s'emparer même du reliquaire en or qui renfermait la langue de saint Antoine. A la nouvelle de cette impiété, un cri de douleur et d'indignation s'éleva dans toute la ville. On fit aussitôt une souscription et dans peu d'heures on eut une somme suffisante pour racheter le reliquaire. Le trésor dont il fait partie fut également sauvé de la rapacité des républicains, et il est un des plus riches que possèdait l'Italie en 1785. La langue du saint est encore sans aucune corruption; on la voit à travers un cristal qui la couvre.

Retour