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Saint Athanase d'Alexandrie



Dernière mise à jour
le 03/04/2020

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Fête 2 mai, mémoire obligatoire
Naissancevers l'an 296
Mort03/05/373
Fonctions patriarche d'Alexandrie
père de l'Église
Saints contemporains
NomNaissanceMortFonction
saint Allyre, Illidius385
saint Ambroise de Milan33904/04/397docteur de l'Église
évêque de Milan
saint Damase I384pape (37e)
saint Gaudencevers l'an 368évêque de Rimini
saint Hilaire de Poitiers367évêque de Poitiers
docteur de l'Église
saint Jérôme347420docteur de l'Église
père de l'Église
archevêque de Milan
saint Just de Lyon02/09/390évêque de Lyon (13e)
saint Martin de Tours316397évêque de Tours (3e)
sainte Monique387
saint Optat de Milev384
saint Paulin de Nole353431évêque de Nole
saint Valérien d'Aquilée388évêque d'Aquilée
saint Viateurvers l'an 390
Hommes contemporains
NomNaissanceMortFonction
Athanaric 21/01/381 roi wisigoth

Liste des chapitres

Résumé de la vie de saint Athanase d'Alexandrie

Nul ne contribua plus à la défaite de l'arianisme que saint Athanase d'Alexandrie. Il n'écrivit, ne souffrit, ne vécut que pour défendre la divinité du Christ. Petit de taille, prodigieusement intelligent, nourri de culture grecque, il n'était encore que diacre lorsqu'il accompagna l'évêque d'Alexandrie au concile de Nicée en 325. Il y contribua à la condamnation de son compatriote Arius et à la formulation des dogmes de l'Incarnation et de la Sainte Trinité. Devenu lui-même évêque d'Alexandrie en 328, il fut, dès lors et pour toujours, en butte à la persécution des ariens, semi-ariens et anti-nicéens de tout genre qui pullulaient en Égypte et dans l'Église entière. Ces ariens étaient soutenus par les empereurs qui rêvaient d'une formule plus souple que celle de Nicée, d'une solution de compromis susceptible de rallier tous les chrétiens et de rendre la paix à l'empire. C'est ce qui explique que sur les quarante-cinq années de son épiscopat, saint Athanase en passa dix-sept en exil : deux années à Trèves, sept années à Rome, le reste dans les cavernes des déserts de l'Égypte. Il fut même accusé d'avoir assassiné l'évêque Arsène d'Ypsélé. Il ne dut la reconnaissance de son innocence qu'au fait qu'Arsène revint en plein jour et se montra vivant aux accusateurs de saint Athanase.

Son œuvre théologique est considérable.

BENOÎT XVI : AUDIENCE GÉNÉRALE Mercredi 20 juin 2007

Chers frères et sœur,

En poursuivant notre évocation des grands Maîtres de l'Église antique, nous voulons aujourd'hui tourner notre attention vers saint Athanase d'Alexandrie. Cet authentique protagoniste de la tradition chrétienne, déjà quelques années avant sa mort, fut célébré comme "la colonne de l'Église" par le grand théologien et évêque de Constantinople Grégroire de Nazianze (Discours 21, 26), et il a toujours été considéré comme un modèle d'orthodoxie, aussi bien en Orient qu'en Occident. Ce n'est donc pas par hasard que Gian Lorenzo Bernini en plaça la statue parmi celles des quatre saints Docteurs de l'Église orientale et occidentale - avec Ambroise, Jean Chrysostome et Augustin -, qui dans la merveilleuse abside la Basilique vaticane entourent la Chaire de saint Pierre.

Athanase a été sans aucun doute l'un des Pères de l'Église antique les plus importants et les plus vénérés. Mais ce grand saint est surtout le théologien passionné de l'incarnation, du Logos, le Verbe de Dieu, qui - comme le dit le prologue du quatrième Evangile - « se fit chair et vint habiter parmi nous » (Jn 1, 14). C'est précisément pour cette raison qu'Athanase fut également l'adversaire le plus important et le plus tenace de l'hérésie arienne, qui menaçait alors la foi dans le Christ, réduit à une créature « intermédiaire » entre Dieu et l'homme, selon une tendance récurrente dans l'histoire et que nous voyons en œuvre de différentes façons aujourd'hui aussi. Probablement né à Alexandrie vers l'an 300, Athanase reçut une bonne éducation avant de devenir diacre et secrétaire de l'Evêque de la métropole égyptienne, Alexandre. Proche collaborateur de son évêque, le jeune ecclésiastique prit part avec lui au concile de Nicée, le premier à caractère œcuménique, convoqué par l'empereur Constantin en mai 325 pour assurer l'unité de l'Église. Les Pères nicéens purent ainsi affronter diverses questions et principalement le grave problème né quelques années auparavant à la suite de la prédication du prêtre alexandrin Arius.

Celui-ci, avec sa théorie, menaçait l'authentique foi dans le Christ, en déclarant que le Logos n'était pas le vrai Dieu, mais un Dieu créé, un être « intermédiaire » entre Dieu et l'homme, ce qui rendait ainsi le vrai Dieu toujours inaccessible pour nous. Les évêques réunis à Nicée répondirent en mettant au point et en fixant le « Symbole de la foi » qui, complété plus tard par le premier concile de Constantinople, est resté dans la tradition des différentes confessions chrétiennes et dans la liturgie comme le Credo de Nicée-Constantinople. Dans ce texte fondamental - qui exprime la foi de l'Église indivise, et que nous répétons aujourd'hui encore, chaque dimanche, dans la célébration eucharistique - figure le terme grec homooúsios, en latin consubstantialis : celui-ci veut indiquer que le Fils, le Logos est « de la même substance » que le Père, il est Dieu de Dieu, il est sa substance, et ainsi est mise en lumière la pleine divinité du Fils, qui était en revanche niée par le ariens.

A la mort de l'Evêque Alexandre, Athanase devint, en 328, son successeur comme évêque d'Alexandrie, et il se révéla immédiatement décidé à refuser tout compromis à l'égard des théories ariennes condamnées par le concile de Nicée. Son intransigeance, tenace et parfois également très dure, bien que nécessaire, contre ceux qui s'étaient opposés à son élection épiscopale et surtout contre les adversaires du Symbole de Nicée, lui valut l'hostilité implacable des ariens et des philo-ariens.3 Malgré l'issue sans équivoque du Concile, qui avait clairement affirmé que le Fils est de la même substance que le Père, peu après, ces idées fausses prévalurent à nouveau - dans ce contexte, Arius lui-même fut réhabilité -, et elles furent soutenues pour des raisons politiques par l'empereur Constantin lui-même et ensuite par son fils Constance II. Celui-ci, par ailleurs, qui ne se souciait pas tant de la vérité théologique que de l'unité de l'empire et de ses problèmes politiques, voulait politiser la foi, la rendant plus accessible - à son avis - à tous ses sujets dans l'empire.

La crise arienne, que l'on croyait résolue à Nicée, continua ainsi pendant des décennies, avec des événements difficiles et des divisions douloureuses dans l'Église. Et à cinq reprises au moins - pendant une période de trente ans, entre 336 et 366 - Athanase fut obligé d'abandonner sa ville, passant dix années en exil et souffrant pour la foi. Mais au cours de ses absences forcées d'Alexandrie, l'Evêque eut l'occasion de soutenir et de diffuser en Occident, d'abord à Trèves puis à Rome, la foi nicéenne et également les idéaux du monachisme, embrassés en Egypte par le grand ermite Antoine, à travers un choix de vie dont Athanase fut toujours proche. Saint Antoine, avec sa force spirituelle, était la personne qui soutenait le plus la foi de saint Athanase. Réinstallé définitivement dans son Siège, l'Evêque d'Alexandrie put se consacrer à la pacification religieuse et à la réorganisation des communautés chrétiennes. Il mourut le 2 mai 373, jour où nous célébrons sa mémoire liturgique.

L'œuvre doctrinale la plus célèbre du saint évêque alexandrin est le traité Sur l'incarnation du Verbe, le Logos divin qui s'est fait chair en devenant comme nous pour notre salut. Dans cette œuvre, Athanase dit, avec une affirmation devenue célèbre à juste titre, que le Verbe de Dieu « s'est fait homme pour que nous devenions Dieu; il s'est rendu visible dans le corps pour que nous ayons une idée du Père invisible, et il a lui-même supporté la violence des hommes pour que nous héritions de l'incorruptibilité » (54, 3). En effet, avec sa résurrection le Seigneur a fait disparaître la mort comme « la paille dans le feu » (8, 4). L'idée fondamentale de tout le combat théologique de saint Athanase était précisément celle que Dieu est accessible. Il n'est pas un Dieu secondaire, il est le vrai Dieu, et, à travers notre communion avec le Christ, nous pouvons nous unir réellement à Dieu. Il est devenu réellement « Dieu avec nous ».

Parmi les autres œuvres de ce grand Père de l'Église - qui demeurent en grande partie liées aux événements de la crise arienne - rappelons ensuite les autres lettres qu'il adressa à son ami Sérapion, évêque de Thmuis, sur la divinité de l'Esprit Saint, qui est affirmée avec netteté, et une trentaine de lettres festales, adressées en chaque début d'année aux Églises et aux monastères d'Egypte pour indiquer la date de la fête de Pâques, mais surtout pour assurer les liens entre les fidèles, en renforçant leur foi et en les préparant à cette grande solennité.

Enfin, Athanase est également l'auteur de textes de méditation sur les Psaumes, ensuite largement diffusés, et d'une œuvre qui constitue le best seller de la littérature chrétienne antique: la Vie d'Antoine, c'est-à-dire la biographie de saint Antoine abbé, écrite peu après la mort de ce saint, précisément alors que l'Evêque d'Alexandrie, exilé, vivait avec les moines dans le désert égyptien. Athanase fut l'ami du grand ermite, au point de recevoir l'une des deux peaux de moutons laissées par Antoine en héritage, avec le manteau que l'Evêque d'Alexandrie lui avait lui-même donné. Devenue rapidement très populaire, traduite presque immédiatement en latin à deux reprises et ensuite en diverses langues orientales, la biographie exemplaire de cette figure chère à la tradition chrétienne contribua beaucoup à la diffusion du monachisme en Orient et en Occident. Ce n'est pas un hasard si la lecture de ce texte, à Trèves, se trouve au centre d'un récit émouvant de la conversion de deux fonctionnaires impériaux, qu'Augustin place dans les Confessions (VIII, 6, 15) comme prémisses de sa conversion elle-même.

Du reste, Athanase lui-même montre avoir clairement conscience de l'influence que pouvait avoir sur le peuple chrétien la figure exemplaire d'Antoine. Il écrit en effet dans la conclusion de cette œuvre: « Qu'il fut partout connu, admiré par tous et désiré, également par ceux qui ne l'avaient jamais vu, est un signe de sa vertu et de son âme amie de Dieu. En effet, ce n'est pas par ses écrits ni par une sagesse profane, ni en raison de quelque capacité qu'Antoine est connu, mais seulement pour sa piété envers Dieu. Et personne ne pourrait nier que cela sait un don de Dieu. Comment, en effet, aurait-on entendu parler en Espagne et en Gaule, à Rome et en Afrique de cet homme, qui vivait retiré parmi les montagnes, si ce n'était Dieu lui-même qui l'avait partout fait connaître, comme il le fait avec ceux qui lui appartiennent, et comme il l'avait annoncé à Antoine dès le début ? Et même si ceux-ci agissent dans le secret et veulent rester cachés, le Seigneur les montre à tous comme un phare, pour que ceux qui entendent parler d'eux sachent qu'il est possible de suivre les commandements et prennent courage pour parcourir le chemin de la vertu » (Vie d'Antoine 93, 5-6).

Oui, frères et sœurs ! Nous avons de nombreux motifs de gratitude envers Athanase. Sa vie, comme celle d'Antoine et d'innombrables autres saints, nous montre que « celui qui va vers Dieu ne s'éloigne pas des hommes, mais qu'il se rend au contraire proche d'eux » (Deus caritas est, n. 42).

Vie détaillée de saint Athanase

Saint Grégoire de Nazianze commence ainsi le panégyrique qu'il prononça en l'honneur de saint Athanase : « En louant Athanase, c'est la vertu même que je loue. N'est-ce pas en effet louer la vertu, que de faire l'éloge de celui qui réunissait toutes les vertus dans sa personne ? .... » Il dit : « Athanase, en finissant, fut la colonne de l'Église. Il devint par sa conduite le modèle des évêques. On n'était orthodoxe qu'autant que l'on professait la même doctrine que lui (1) ».

Naissance et éducation d'Athanase par saint Alexandre

Athanase naquit dans la ville d'Alexandrie, vers l'an 296. Ses parents, qui étaient chrétiens et recommandables par leurs vertus, prirent un soin singulier de son éducation. A peine eut-il appris la grammaire et les premiers éléments des sciences, que saint Alexandre, qui n'était point encore évêque d'Alexandrie, s'aperçût de ses rares dispositions. Il s'attacha à lui, et se chargea d'être le directeur de ses études. Il voulut qu'il fût toujours sous ses yeux, et qu'il mangeât à sa table. Il l'employa depuis comme Secrétaire. Le disciple s'appliqua tout à la fois à imiter les vertus de son maître, à se pénétrer parfaitement de son esprit et de ses maximes, et à suivre le plan qu'il lui traçait pour ses études : plan dont sa docilité lui fit retirer les plus grands avantages. Il s'accoutuma d'abord à bien écrire. Les Belles Lettres ne lui parurent pas un objet digne de l'occuper tout entier. Il ne les négligea cependant pas ; et il en prit cette connaissance requise pour réussir dans des sciences plus sublimes et plus importantes. Ce fut surtout par la lecture des bons auteurs de l'antiquité, qu'il se forma un style élégant, facile, clair, énergique, et qu'il se rendit capable de traiter les mystères de la foi avec tant de supériorité.

Les études qui se rapportaient à la Religion emportaient la plus grande partie de son temps. La suite de sa vie, et la lecture de ses écrits feront voir jusqu'à quel point il y excellait. Il cite si souvent et si à propos les Livres saints, qu'on croirait qu'il les savait par cœur : au moins conviendra-t-on que la méditation les lui avait rendus très familiers. C'était-là qu'il avait puisé cette rare piété et cette profonde intelligence des mystères de la Foi. Quant au vrai sens des oracles divins, il le cherchait dans la tradition de l'Église, et il nous apprend lui-même(2), qu'il lisait avec soin les commentaires des anciens Pères. Il dit dans un autre endroit(3), qu'il apprenait la Tradition des saints Maîtres inspirés, et des Martyrs de la divinité de Jésus-Christ. Comme il avait beaucoup de zèle pour la discipline de l'Église, il acquit aussi une grande connaissance du Droit Canonique. On voit encore par ses ouvrages, qu'il connaissait le droit civil ; et c'est ce qui lui a fait donner par Sulpice-Sévère le titre de juris-consulte.

Athanase rencontre saint Antoine

Athanase voulant se perfectionner dans la pratique de la vertu, forma le projet d'aller visiter saint Antoine qui jouissait de la plus haute réputation. Ce fut vers l'an 315, qu'il s'enfonça dans le Désert. Il y passa un temps assez considérable, s'estimant heureux d'être au nombre des disciples du saint Abbé. Il avait pour lui une vénération profonde ; il s'empressait de le servir, et il regardait comme un honneur de lui donner à laver(4). S'étant préparé dans la solitude au service des Autels, il revint à Alexandrie, où après avoir passé par les différents degrés de la Cléricature, il fut élevé au diaconat vers l'an 319. Alexandre son ancien maître, occupait alors le siège patriarcal de cette ville. Il avait succédé à Achillas, mort en 313(5).

Le saint Patriarche, charmé de la prudence, du savoir et de la vertu d'Athanase, voulait l'avoir toujours avec lui, et il ne se décidait jamais qu'après l'avoir consulté. Il tira beaucoup d'avantage de ses lumières et de ses talents, lorsque les méléciens d'un côté, et les ariens de l'autre, donnèrent à son zèle les plus vives inquiétudes. Voici quelle fut l'occasion du schisme des uns, et de l'hérésie des autres.

Le début de l'arianisme

Le saint patriarche Pierre, touché de compassion pour quelques chrétiens qui avaient offert de l'encens aux idoles pendant la persécution, sollicité d'ailleurs par les martyrs et les confesseurs, dispensa de la rigueur des Canons ces malheureux, dont la chute était venue de fragilité. Il les reçut même à la communion, sur les marques éclatantes qu'ils donnèrent de leur repentir. Cette indulgence trouva des censeurs ; elle déplut surtout à Mélece, évêque de Lycopolis dans la Thébaïde. Cet homme, d'un caractère turbulent, prit de là occasion de former un schisme en Égypte, et d'élever un mur de division entre les fidèles de cette contrée et les Patriarches d'Alexandrie.

Arius, Lybien de naissance, et diacre de 'Église d'Alexandrie, se joignit à Mélece lorsque ses pratiques séditieuses eurent forcé saint Pierre à le retrancher du nombre des fidèles. Le saint patriarche connaissait trop bien son caractère inquiet et ambitieux, pour se laisser gagner par des apparences extérieures de repentir. Aussi ne voulut-il jamais le recevoir à la communion ; il n'eut pas même égard aux instantes prières qu'on lui en fit, quand il allait au martyre.

Mais Arius trouva le moyen de s'insinuer dans les bonnes grâces d'Achillas, successeur de saint Pierre. Il se soumit à l'extérieur, et affecta de vifs sentiments de repentir. Achillas y fut trompé. Il reçut l'hypocrite dans le sein de l'Église ; il l'éleva même au sacerdoce, et lui confia le gouvernement d'une des paroisses d'Alexandrie, nommée Baucalis.

Achillas étant mort, on élut saint Alexandre pour lui succéder. Arius fut vivement piqué de cette élection, parce que sa vanité lui avait fait croire que personne n'était aussi digne que lui du Patriarcat. Peu de temps après, il se mit à dogmatiser, et il porta le blasphème jusqu'à enseigner que Jésus-Christ n'était point Dieu, mais une simple créature, plus parfaite à la vérité que les autres, et formée avant elles, non pas cependant de toute éternité. Inutilement saint Alexandre tâcha de le ramener par les voies de douceur. Arius fut insensible, et persista opiniâtrement dans son hérésie. Chaque jour il la répandait parmi les fidèles, et le mal allait toujours en augmentant. Le Patriarche ne crut plus devoir dissimuler ; il excommunia l'hérésiarque dans un synode composé de tous ses suffragants, qui se tint à Alexandrie. Arius se retira dans la Palestine, puis à Nicomédie, dont le fameux Eusebe était évêque. Par ses lettres, il avait gagné ce prélat politique, et l'avait fait entrer dans ses intérêts. En 319, saint Alexandre informa tous les évêques de ce qui s'était passé dans l'affaire d'Arius. Il le fit dans une lettre circulaire, qui était signée par Athanase, et par plusieurs autres personnes d'une vertu et d'une probité reconnues.

Cependant l'Arianisme gagnait de toutes parts, et le désordre augmentait tous les jours dans l'Église. Ce fut pour en arrêter les progrès, que le célèbre concile de Nicée fut assemblé en 325. Le diacre Athanase, qui y fut mené par saint Alexandre, brilla du plus vif éclat dans cette assemblée, et s'y fit admirer universellement par son zèle et son savoir. Il y confondit Arius, ainsi qu'Eusèbe de Nicomédie, Théognis et Maris, qui étaient les principaux protecteurs de cet hérésiarque. Il eut aussi beaucoup de part aux affaires qui furent agitées parmi les pères, et aux décisions que forma le Concile(6). Le triomphe qu'il remporta sur l'Arianisme, devint la source de toutes les persécutions qu'il eut à essuyer dans la suite.

La mort de saint Alexandre et sa succession

Cinq mois après la clôture du Concile, le saint patriarche Alexandre tomba dans la maladie dont il mourut. Conduit par une inspiration céleste, il recommanda à son clergé et à son peuple de lui donner Athanase pour successeur, et il répéta son nom jusqu'à trois fois. Et comme celui-ci était pour lors absent, il s'écria : « Vous croyez, Athanase, réussir à vous échapper ; mais vous vous trompez dans votre attente(7) ». Le saint diacre, au rapport de Sozomene, s'était caché, dans la crainte qu'on ne l'élevât sur le siège patriarcal. Au reste, son absence lui fut inutile. Saint Alexandre étant mort, le clergé et le peuple élurent Athanase tout d'une voix, et cette élection fut confirmée par les évêques d'Égypte qui s'assemblèrent à Alexandrie. Il fut sacré en 326(8) à l'âge d'environ trente ans.

Athanase signala les commencements de son Épiscopat, par son attention à pourvoir aux besoins spirituels des Éthiopiens. Il sacra Frumence évêque, et le leur envoya, afin qu'il pût achever l'œuvre de leur conversion, qu'il avait si heureusement commencée ; et lorsqu'il eut établi un bon ordre dans l'intérieur de la ville, il entreprit la visite générale des églises de sa dépendance.

Les méléciens et les ariens se liguent contre Athanase.

Les méléciens donnèrent beaucoup d'exercice à son zèle . Ils continuèrent, après la mort de Mélece leur chef, de tenir des assemblées et d'ordonner des évêques de leur propre autorité. Partout ils soufflaient le feu de la discorde ; et par-là ils entretenaient le peuple dans l'esprit de révolte. Athanase essaya tous les moyens possibles pour les ramener à l'unité ; mais il n'y en eut aucun qui lui réussit. Austères dans leur morale, ils s'étaient fait un grand nombre de partisans, surtout parmi les gens simples auxquels ils en avaient imposé. Les ariens résolurent de profiter des dispositions où ils les voyaient ; ils s'empressèrent donc de rechercher leur amitié. Les méléciens n'avaient d'abord erré dans aucun article de la foi ; ils avaient même été des premiers et des plus ardents à combattre la doctrine d'Arius. Mais bientôt après ils s'unirent aux partisans de cet hérésiarque, pour calomnier et persécuter Athanase. Il se forma entre eux une ligue solennelle, afin que les coups qu'ils lui porteraient fussent plus efficaces. Saint Athanase observe à ce sujet(9), que, comme Hérode et Pilate oublièrent la haine qu'ils se portaient mutuellement pour se réunir contre le Sauveur, de même les méléciens et les ariens dissimulèrent leur animosité réciproque, afin de former une espèce de confédération contre la vérité. Au reste, voilà l'esprit de tous les sectaires ; ils font cesser leurs divisions, lorsqu'il s'agit de déchirer le sein de l'Église, et de déclarer la guerre à ceux qui tiennent pour la doctrine catholique.

Arius revient de son exil qui suivit le concile de Nicée.

Cependant Arius trouva le moyen d'obtenir la permission de revenir de l'Illyrie, où l'empereur Constantin l'avait exilé après le concile de Nicée. Il me s'en tint pas là ; il demanda encore à rentrer dans l'Église : mais Athanase refusa de communiquer avec lui, et s'opposa avec courage à son rétablissement. Arius, soutenu de la protection des amis qu'il avait en Palestine, et dans d'autres provinces de l'Orient, engagea Constantin à écrire en sa faveur. La lettre ne produisit pas l'effet qu'il en attendait. L'intrépide Patriarche répondit au Prince que l'Église Catholique ne pouvait avoir d'union avec une hérésie qui attaquait la divinité de Jésus-Christ(10)

Eusebe et Théognis, voyant Arius revenu du lieu de son exil, écrivirent à l'Empereur une lettre qui nous a été conservée par Socrate et Sozomene. Ils lui demandaient qu'il n'y avait plus de division par rapport à la doctrine ; qu'après avoir mûrement examiné la force du mot consubstantiel, ils ne faisaient plus difficulté de l'admettre ; qu'il ne tiendrait point à eux que la paix ne fût rétablie dans l'Église ; qu'ils ne pouvaient cependant dire anathème à Arius; qu'ils avaient remarqué, et dans ses Écrits et par leurs entretiens particuliers avec lui, qu'il n'était point coupable des erreurs qu'on lui imputait ; qu'on trouvait d'ailleurs la preuve de son orthodoxie dans l'accueil favorable qu'il avait reçu de son Prince.

L'Empereur, séduit par cette lettre artificieuse, révoqua la sentence de bannissement portée contre les deux prélats, et leur permit, après un exil de trois ans, de retourner chacun dans leur diocèse.

Eusebe fait citer à comparaître Athanase devant l'empereur et se fait confondre par Athanase.

Eusebe, dont nous venons de parler, était un homme ambitieux, qui s'était fait transférer du siège de Beryte à celui de Nicomédie. Comme cette dernière ville était alors le lieu de la résidence des empereurs d'Orient, il s'était insinué dans les bonnes grâces des Ministres, et par-là il avait acquis beaucoup de crédit à la Cour. Il avait du savoir et des talents ; mais il était en même temps d'un caractère hardi, dissimulé, artificieux. Il fut le principal instrument dont le Démon se servit pour persécuter Athanase, et l'Église Catholique.

A peine fut-il revenu à Nicomédie, qu'il commença à faire jouer les ressorts qu'il avait préparés. Il écrivit à saint Athanase une lettre pleine d'honnêtetés, dans laquelle il essayait de justifier Arius. Le saint Patriarche ne donna point dans le piège. Sa fermeté ne fut pas non plus ébranlée par les menaces qu'on lui fit de la part de l'Empereur. Eusebe écrivit alors aux méléciens, que le temps d'exécuter leurs desseins contre l'ennemi commun, était enfin arrivé. Ceux-ci furent quelque temps avant de s'accorder sur l'espèce d'accusation qu'il fallait intenter contre Athanase. A la fin ils envoyèrent à Nicomédie trois évêques de leur parti, Ision, Eudémon et Callinique. Ceux-ci accusèrent le Patriarche d'avoir imposé au peuple une sorte de tribut, sous prétexte de pourvoir aux besoins de son Église, et d'avoir envoyé un coffre plein d'or à un certain Philumene, qui ne se proposait rien moins que d'usurper l'autorité souveraine. Athanase fut cité à comparaître devant l'Empereur. Il obéit, et se rendit au palais de Psammathie, situé dans les fauxbourgs de Nicomédie. Il plaida sa cause et confondit ses ennemis. L'Empereur, frappé de la force de ses raisons, reconnut publiquement son innocence, et le renvoya en Égypte avec une lettre adressée aux fidèles d'Alexandrie. Dans cette lettre, il faisait l'éloge d'Athanase, et lui donnait les titres d'Homme de Dieu et de Personne vénérable.

Eusebe accuse Athanase d'avoir assassiné un évêque.

Eusebe ne se rebuta point du mauvais succès de ses intrigues. Il espérait toujours que les circonstances deviendraient plus favorables à l'exécution de ses desseins. Il travailla dans le même temps à faire exiler saint Eustate, patriarche d'Antioche, qui montrait beaucoup de zèle pour la pureté de la foi. Il revint ensuite à son premier projet, et fit accuser Athanase de plusieurs crimes, entre autres de l'assassinat d'un évêque mélécien, nommé Arsene. L'Empereur, étonné d'une accusation aussi grave que celle d'un assassinat, ordonna au saint patriarche d'aller se justifier dans un concile qui devait se tenir à Césarée en Palestine, ville dont Eusebe était évêque. Cet Eusebe était différent de celui dont nous venons de parler, mais il favorisait aussi le parti des Ariens. Athanase ne comparut point au Concile, dans la persuasion qu'il n'y aurait pas la liberté de parler pour sa défense. Le refus qu'il fit de comparaître, anima de plus en plus ses ennemis contre lui. Ils le représentèrent à Constantin comme l'effet d'une orgueilleuse opiniâtreté. Le Prince trompé changea de sentiment, et reçut des impressions fâcheuses dont le Patriarche se ressentit bientôt. Il convoqua un Concile à Tyr, et lui ordonna de s'y trouver, sous peine d'encourir son indignation, et d'être rigoureusement puni.

Athanase est jugé par des ariens au concile de Tyr.

L'ouverture de ce Concile se fit au mois d'Août de l'année 335. Il était composé de soixante évêques, presque tous dévoués aux Ariens. Parmi les principaux, on comptait les deux Eusebes, Flacille, patriarche intrus d'Antioche, Théognis de Nicée, Maris de Calcédoine, Narcisse de Néroniade, Théodore d'Héraclée, Patrophile de Scytopolis, Ursace de Syngidone, Valens de Murse, George de Laodicée. Il y avait déjà quelque temps que le Concile était assemblé, lorsque saint Athanase s'y rendit. Il y fut accompagné par un grand nombre d'évêques de sa province, parmi lesquels se trouvaient saint Paphnuce et saint Potamon, qui avaient glorieusement confessé Jésus-Christ. Ses ennemis, qui étaient tout à la fois juges et parties, ne lui permirent point de prendre séance avec eux. Ils l'obligèrent même de se tenir debout comme un criminel qui attend que l'on prononce sa sentence. Saint Potamon, témoin de tout ce qui se passait, ne put retenir ses larmes. S'adressant ensuite à Eusebe de Césarée, qui, pendant la dernière persécution, avait été emprisonné avec lui pour la foi, il s'écria : « Quoi, Eusebe, vous êtes assis comme juge, et Athanase est debout comme coupable ? Qui pourrait soutenir un tel spectacle ? Répondez moi : n'étions-nous pas tous les deux en prison durant la persécution ? Comment s'est-il fait que j'y aie perdu un œil, et que vous en soyez sorti avec tous vos membres ? Comment avez-vous pu échapper ainsi ? » Saint Potamon donnait assez à entendre par ces paroles, que le bruit qu'on avait répandu de l'apostasie d'Eusebe, n'était pas sans fondement. Les autres évêques d'Égypte firent paraître les mêmes sentiments que l'illustre Confesseur. Ils persistèrent unanimement à récuser pour juges de leur Patriarche, ceux qui se déclaraient si visiblement ses ennemis. Mais leurs plaintes et leurs réclamations furent inutiles ; les Ariens procédèrent avec autant de fureur que de désordre à l'examen des chefs d'accusation intentés contre Athanase.

Le premier était que macaire, son député, avait commis un sacrilège en brisant par son ordre le calice d'un certain lschyras, pendant qu'il célébrait les saints mystères. C'était une pure calomnie, et l'on en avait déjà fourni la preuve : mais après le retour des députés qui furent envoyés de Tyr en Égypte pour examiner l'affaire sur les lieux, on vit encore avec plus d'évidence la malice des calomniateurs. On reconnut aussi qu'Ischyras, qui à la fin se réconcilia avec Athanase, avait été suborné par quelques évêques de la faction des méléciens.

En second lieu, on accusa le Saint d'avoir ravi l'honneur à une Vierge consacrée au Seigneur. On introduisit même au milieu du Concile une femme corrompue, qui attesta avec serment, qu'Athanase qu'elle avait logé chez elle de bonne foi, lui avait fait violence, et qu'il avait ensuite tâché de l'apaiser par quelques présents. Alors Timothée, l'un des prêtres du saint Patriarche, dit en s'adressant à cette méchante femme : « Vous prétendez donc que j'ai logé chez vous, et que je vous ai fait violence ? » Elle répondit en élevant la voix et en montrant Timothée: «  Oui, oui, c'est vous-même qui m'avez déshonorée ». Elle s'étendit ensuite sur les circonstances du lieu, du temps et de l'action. L'imposture étant ainsi dévoilée, les ariens furent couverts de confusion ; et dans leur embarras, ils firent sortir la femme de l'assemblée. Athanase voulut la retenir, et l'obliger à nommer ceux qui l'avaient subornée ; mais ses ennemis s'y opposèrent, en disant qu'ils avaient des crimes bien plus importants à lui reprocher, et dont l'évidence était si palpable, qu'il ne pourrait s'échapper avec tous ses artifices.

On en vint donc au prétendu assassinat d'Arsene, évêque mélécien. On produisit en même temps une main desséchée, que l'on disait être celle d'Arsene, et que l'on prétendait avoir été coupée par l'ordre d'Athanase, pour servir à des opérations magiques. Cet Arsene, que ceux de son parti appelaient évêque d'Hypsele, était tombé dans quelque irrégularité, et s'était caché en conséquence. On avait profité de sa fuite, pour répandre le bruit de sa mort, que l'on attribuait au saint Patriarche. Mais Athanase, sachant qu'il vivait encore, trouva le moyen de le faire venir secrètement à Tyr, pour qu'il attestât lui-même la vérité. Lorsqu'il eut obtenu un peu de silence, il demanda si quelqu'un de l'Assemblée avait connu Arsene ; et comme plusieurs répondirent qu'il leur avait été parfaitement connu, il le fit paraître au milieu du Concile, où il montra ses deux mains. Ainsi les ennemis du Saint furent confondus une troisième fois de la manière la plus éclatante. Peu de temps après, Arsene se réconcilia sincèrement avec Athanase, et rentra dans le sein de l'Église Catholique : en quoi il fut imité par un certain Jean, l'un des plus fameux évêques du parti des Méléciens.

Les Ariens traitèrent Athanase de magicien, et dirent qu'il en imposait aux sens par ses prestiges. Ils étaient transportés de fureur contre lui, et ils l'auraient mis en pièces, si le commissaire de l'Empereur ne l'eût arraché de leurs mains. Le Saint, voyant que sa vie n'était point en sûreté, résolut de s'embarquer pour Constantinople(11). Quoique les Ariens ne l'eussent convaincu d'aucun crime, ils ne laissèrent pas de prononcer contre lui une sentence de déposition. Ils lui défendirent de résider à Alexandrie, sous prétexte que sa présence y pourrait exciter de nouveaux troubles ; et ils ne rougirent pas d'insérer dans la sentence les calomnies citées plus haut, quoiqu'elles eussent été si pleinement réfutées.

Athanase se rend à Constantinople et demande une audience à Constantin.

Lorsque le Saint fut arrivé à Constantinople, il demanda inutilement audience à Constantin. Ce Prince, non-seulement la lui refusa, mais il ne voulut pas même le voir. C'est qu'il le regardait comme coupable, et comme justement déposé par un Concile. Il ordonna en même temps aux évêques assemblés à Tyr, de se rendre à Jérusalem, pour y assister à la dédicace de l'église du saint Sépulcre, qu'il venait de faire bâtir.

Arius vint aussi dans cette ville avec une lettre de l'Empereur, et une profession de foi qu'il lui avait présentée. Il disait dans cette profession de foi que Socrate nous a conservée, qu'il croyait en Jésus-Christ, engendré avant tous les temps, Dieu le Verbe, par lequel toutes choses ont été faites, etc. Mais on n'y trouvait point le mot « consubstantiel », ni rien qui en approchât. Arius avait assuré à Constantin qu'il recevait le concile de Nicée, et il était venu à bout de le tromper par son hypocrisie. Le Prince cependant ne s'en rapporta pas entièrement à l'Hérésiarque. Il recommanda aux évêques assemblés à Jérusalem, d'examiner la profession de foi qui lui avait été présentée. Les Eusébiens saisirent avec empressement cette occasion qu'ils attendaient depuis longtemps. Ils déclarèrent Arius orthodoxe, et l'admirent à la Communion.

Athanase est envoyé en exil à Trèves.

Athanase ne pouvant obtenir une audience de l'Empereur, demanda à être confronté avec ses juges, et qu'on lui accordât la liberté de former ses plaintes contre eux. Cette demande parut juste à Constantin. Aussi envoya-t-il un ordre aux évêques du prétendu concile de Tyr, pour qu'ils eussent à venir à Constantinople, afin d'y rendre compte de tout ce qu'ils avaient fait. Il n'y en vint que six des plus intriguants, savoir Eusebe, Théognis, Maris, Patrophile, Ursace et Valens. Ils abandonnèrent, il est vrai, leurs anciennes calomnies; mais ils en inventèrent une nouvelle qu'ils n'ignoraient pas devoir faire beaucoup d'impression sur l'esprit de l'Empereur. Ils dirent qu'Athanase avait menacé d'empêcher l'exportation du blé que l'on envoyait tous les ans d'Alexandrie à Constantinople. Le Patriarche eut beau protester contre la fausseté de l'accusation, Constantin prévenu le jugea coupable et l'exila à Trèves, ville considérable de la Gaule Belgique. Le Saint partit aussitôt pour le lieu de son exil, et y arriva au commencement de l'année 336. Il fut reçu avec de grandes démonstrations de respect par saint Maximin, évêque de Trèves, et par Constantin le Jeune, qui commandait l'armée de l'Empire. Ce qui le consola principalement dans sa disgrâce, ce fut d'apprendre que son Église refusait constamment de communiquer avec Arius.

Le peuple d'Alexandrie était inconsolable de l'absence de son pasteur. Il écrivit à l'Empereur pour solliciter son rappel. Saint Antoine joignit ses instances à celles des fidèles : mais on ne put rien obtenir. Constantin répondit qu'il ne lui était pas permis de mépriser le jugement d'un Concile(12).

Ce Prince mourut le 22 mai de l'année suivante, après avoir vécu soixante-trois ans et quelques mois, et en avait régné trente-un. Il portait encore l'habit de néophyte, qu'il avait pris en recevant le baptême peu de temps auparavant. On lit dans Eusebe, son historien, qu'un peuple innombrable offrit à Dieu de ferventes prières pour le repos de son âme(13). Il fut enterré dans le vestibule de l'église des douze Apôtres qu'il avait fait bâtir à Constantinople pour servir de sépulture aux empereurs et aux patriarches(14). Il choisit ce lieu préférablement à tout autre, dit Eusebe, « afin de mériter d'avoir part au sacrifice mystique, et aux saintes prières publiques ».

Athanase est rétabli sur son siège par le premier fils de Constantin.

Aussitôt après sa mort, ses trois fils, Constantin, Constance et Constant partagèrent entre eux l'Empire, suivant les dispositions qu'il en avait faites lui-même(15). Le premier, sous la domination duquel les Gaules se trouvaient, rétablit Athanase sur son Siège. Il le renvoya à Alexandrie avec une lettre, où il donnait de grands éloges à sa sainteté, et montrait beaucoup d'indignation contre ses ennemis.+ Le Saint passa par la Syrie, et arriva enfin dans son Diocèse. Il fut reçu de son troupeau avec cette pompe et cette allégresse qui avaient coutume d'accompagner les triomphes d'un Empereur.

Les ariens poussent Constance à autoriser la nomination d'un nouveau patriarche d'Alexandrie.

Le rétablissement d'Athanase mortifia sensiblement les Ariens ; aussi firent-ils jouer de nouveaux ressorts pour le perdre. Ils mirent dans leurs intérêts Constance qui avait eu l'Orient en partage, et lui représentèrent Athanase comme un esprit inquiet et turbulent, qui depuis son retour avait excité des séditions, et commis des violences et des meurtres. Ils l'accusèrent encore d'avoir vendu à son profit les grains destinés à la nourriture des veuves et des ecclésiastiques qui habitaient les contrées où il ne venait point de blé. Ils formèrent les mêmes accusations auprès de Constantin et de Constant ; mais leurs députés, loin de réussir à persuader ces deux Princes, furent renvoyés avec mépris. Pour Constance, il se laissa séduire, et ajouta foi au dernier chef d'accusation. Il ne fut pas difficile au Patriarche d'en démontrer la fausseté, et il n'eut autre chose à faire pour cela que de produire les attestations des évêques de Lybie, où il était marqué qu'ils avaient reçu la quantité ordinaire de froment. La calomnie découverte ne dissipa point les préjugés de Constance. Ce malheureux prince était gouverné par Eusebe de Nicomédie et par d'autres Ariens qui lui inspiraient leurs propres sentiments, et qui l'amenèrent au point de leur permettre d'élire un nouveau patriarche d'Alexandrie.

Le pape Jules refuse de communiquer avec l'évêque usurpateur ; un concile est convoqué à Alexandrie.

La permission étant accordée, les hérétiques s'assemblèrent à Antioche sans délai. Ils déposèrent Athanase, et élurent en sa place un prêtre égyptien de leur secte, nommé Piste. Ce mauvais Prêtre, ainsi que l'évêque qui le sacra, avait été précédemment condamné par saint Alexandre et par le concile de Nicée. Le Pape Jules refusa de communiquer avec cet intrus, et toutes les Églises Catholiques lui dirent anathème. Aussi ne put-il jamais prendre possession d'une dignité qu'il avait usurpée.

Athanase de son côté tint à Alexandrie un Concile où se trouvèrent cent évêques. On y prit la défense de la foi, et on y reconnut l'innocence du Patriarche. Les Pères écrivirent ensuite une lettre circulaire à tous les évêques, et l'envoyèrent nommément au Pape Jules. Le Saint alla lui-même à Rome, où il se tint, en 341, un concile de cinquante évêques. Il y fut justifié et confirmé dans la possession de son Siege. Mais le long séjour que les circonstances l'obligèrent de faire dans cette ville, donna aux ariens le temps de tout bouleverser en Orient.

Les hérétiques ajoutent un canon au synode d'Antioche.

Dans la même année 341, il y eut un synode à Antioche, à l'occasion de la dédicace de la grande Église. On fit dans ce synode, composé d'évêques orthodoxes et hérétiques, vingt-cinq canons de discipline. Mais les Prélats orthodoxes ne furent pas plutôt partis, que les hérétiques y en ajoutèrent un vingt-sixième qui regardait évidemment saint Athanase. Il portait que si un évêque, déposé justement ou injustement dans un concile, retournait à son Église sans avoir été réhabilité par un concile plus nombreux que celui qui avait prononcé la déposition, il ne pourrait plus espérer d'être rétabli, ni même d'être admis à se justifier. Ils élurent ensuite un certain Grégoire de Cappadoce, qu'ils placèrent par la force des armes sur le Siege d'Alexandrie. La conduite de cet usurpateur répondit parfaitement à sa vocation.

Athanase se réfugie à Rome.

Athanase, dont les jours n'étaient point en sûreté, se vit obligé de prendre la fuite. Il se retira à Rome, où il passa trois ans, espérant toujours que Dieu aurait enfin pitié de lui et de son troupeau. En 345, l'Empereur Constant l'invita à se rendre à Milan, et l'y reçut avec les plus grandes marques de vénération. Ce Prince écrivit en même temps à son frère Constance, pour le prier de le seconder dans le projet qu'il avait d'assembler un concile général, pour mettre fin aux troubles qui affligeaient l'Église.

Le concile de Sardique.

L'ouverture de ce concile se fit au mois de mai de l'an 347, dans la ville de Sardique en lllyrie. Il y vint des évêques de trente-cinq provinces, indépendamment des Orientaux(16). Saint Athanase, Marcel d'Ancyre, Asclépas de Gaze s'y trouèrent aussi. Les eusébiens ou ariens, s'étant aperçus qu'ils ne seraient pas les maîtres, tinrent entre eux diverses assemblées sur la route, et convinrent, avant d'arriver à Sardique, de ne point se joindre aux évêques orthodoxes. Ce fut donc inutilement qu'on les invita à assister au Concile. Ils alléguèrent pour raisons de leurs refus la présence d'Athanase, et d'autres prétextes qui n'étaient pas moins frivoles. A la fin, voyant qu'on les menaçait d'user de rigueur, s'ils différaient plus longtemps de comparaître, et s'ils ne se justifiaient pas des accusations formées contre eux, ils s'enfuirent tous pendant la nuit, et allèrent tenir un conciliabule à Philippopolis(17). Les pères de Sardique reconnurent l'innocence d'Athanase, de Marcel d'Ancyre, et d'Asclépas de Gaze. Ils excommunièrent les principaux d'entre les eusébiens, ainsi que Grégoire de Cappadoce, et défendirent à tous les catholiques de communiquer avec eux(18). Ils envoyèrent en même temps deux députés vers Constance, afin de presser l'exécution de leurs décrets. L'empereur Constant écrivit aussi à ce Prince de la manière la plus pressante. Il le menaça même de lui déclarer la guerre, s'il ne rétablissait promptement Athanase sur son siège, et s'il ne punissait ses calomniateurs.

Quatre mois après le concile de Sardique, mourut Grégoire de Cappadoce. Cet Intrus, appuyé par les gouverneurs infectés comme lui de l'arianisme, avait exercé toutes sortes de cruautés contre les orthodoxes. Saint Potamon entre autres fut battu avec tant d'inhumanité qu'il en perdit la vie.

Le retour d'Atahanase

Cette circonstance de la mort de Grégoire facilita le retour d'Athanase. Constance n'avait plus de prétextes pour l'empêcher, ou même le différer. Il était d'ailleurs engagé dans une guerre malheureuse contre les Perses, et il lui importait beaucoup de ne pas se brouiller avec son frère dans une conjoncture aussi critique. Il écrivit donc par trois fois au saint Patriarche, pour lui marquer le désir qu'il avait de le voir de retour à Alexandrie. Athanase alla prendre congé de l'empereur Constant qui était alors dans les Gaules. De-là il se rendit à Rome, pour dire adieu à l'évêque, et à l'Église de cette ville. Ayant satisfait à ces différents devoirs, il ne pensa plus qu'à partir pour l'Égypte. Il prit sa route par Antioche. Constance, qui y était alors, le reçut d'une manière fort gracieuse, et l'assura de son amitié. Il ne lui demanda qu'une chose, qui fut d'accorder aux ariens une église dans la ville d'Alexandrie. Le Saint répondit qu'en ce cas-là on devait aussi en accorder une aux Catholiques d'Antioche, qui étaient attachés à Eustathe. Une telle réponse déconcerta les Ariens ; et l'Empereur n'insista pas davantage sur cet article. Il donna les ordres nécessaires pour qu'Athanase fût bien reçu par les gouverneurs d'Égypte. Tout semblait annoncer qu'il était parfaitement réconcilié avec lui ; et l'on n'en douta plus, lorsqu'on le vit procurer son rétablissement, même après la mort de Constant, qui fut assassiné dans les Gaules par Magnence, au mois de Janvier de l'année 350.

Athanase était à peine rentré dans son Église, qu'il assembla un concile à Alexandrie. On y confirma les décrets de celui de Sardique. Saint Maxime fit la même chose dans un synode nombreux qui se tint à Jérusalem. Plusieurs évêques Ariens rétractèrent en cette occasion les calomnies qu'ils avaient avancées contre le saint Patriarche, et abjurèrent publiquement l'hérésie. De ce nombre furent Ursace et Valens ; mais ils retournèrent ensuite à l'arianisme.

En même temps que Magnence se rendait maître de l'Italie, des Gaules et de l'Afrique, Vétrannion s'emparait de la Pannonie. Constance s'avança dans l'Occident pour combattre les usurpateurs, qui ne purent tenir longtemps. Un stratagême mit la personne de Vétrannion entre ses mains ; et il défit Magnence auprès de Murse en Pannonie. Ce dernier s'étant lui-même donné la mort, son parti se dissipa, et la paix fut rétablie dans l'Occident.

Constance étant à Sirmium en 351, il s'y tint un concile, qui fut principalement composé d'évêques Orientaux, ariens pour la plupart. On y excommunia Photin, et on y prononça une sentence de déposition contre lui, parce qu'il renouvellait l'hérésie de Sabellius, et qu'il enseignait que Jésus-Christ était un pur homme. Ce Photin gouvernait l'Église de Sirmium, et avait déjà été condamné dans deux synodes à Milan. L'Empereur l'envoya en exil. On dressa dans le concile une formule de foi, qui communément est regardée comme orthodoxe. On l'appelle la première formule de Sirmium.

Constance fait condamner Athanase suite aux manipulations des ariens.

Le zèle actif d'Athanase causait toujours aux ariens de vives alarmes ; ils craignaient qu'à la fin il n'entraînât la ruine de leur parti. Ils essayèrent donc de prévenir le crédule Empereur contre lui ; et malheureusement ils ne réussirent que trop. Constance oublia l'amitié qu'il avait jurée au patriarche d'Alexandrie, et il redevint son persécuteur, dès qu'il se vit maître de tout l'Empire. Il le fit condamner dans deux synodes, dont l'un se tint à Arles en 353, et l'autre à Milan, deux ans après. Il n'avait pas rougi de se porter lui-même pour son accusateur. Sa haine ne fut point encore satisfaite : il bannit saint Eusebe de Verceil, saint Denys de Milan, saint Paulin de Treves, et plusieurs autres évêques Catholiques qui refusèrent de souscrire à la condamnation d'Athanase. Ensuite il députa un de ses chambellans à Rome, afin d'y obtenir l'approbation de tout ce qui venait d'être fait.

L'empereur essaye de convaincre le pape Libere d'approuver la condamnation d'Athanase.

Libere, qui occupait alors la Chaire de saint Pierre, refusa généreusement ce qu'on lui demandait, et ne fut ébranlé ni par les promesses, ni par les menaces. Non seulement il ne voulut pas recevoir les présents qu'on lui avait apportés ; mais ayant appris qu'on les avait déposés en forme d'offrande dans la basilique du Prince des Apôtres, il les en fit aussitôt retirer. L'Empereur, irrité d'une conduite aussi hardie, donna des ordres pour que l'on conduisît Libere à Milan sous bonne escorte. Il eut avec lui une conférence, dont il ne dut pas être content(19). Le Pape dit qu'Athanase avait été déclaré innocent à Sardique ; que ses ennemis y avaient été reconnus pour calomniateurs ; qu'il y avait par conséquent de l'injustice à condamner un homme qui n'avait pu être convaincu juridiquement d'aucun crime. Constance n'eut rien à répondre ; il se contenta de dire à Libere qu'il lui accordait trois jours, et que si, ce terme expiré, il ne souscrivait à la condamnation d'Athanase, il l'exilerait à Bérée, dans la Thrace. Il eut encore recours aux présents pour le gagner, et il lui envoya cinq cents pièces d'or. Le Pape les refusa, en répondant qu'il fallait les distribuer aux flatteurs du Prince. Il refusa aussi un présent qui lui fut envoyé par l'Impératrice, en disant à celui qui l'apportait, qu'il devait apprendre à croire en Jésus-Christ, et non point à persécuter l'Église de Dieu. Les trois jours expirés, il partit pour le lieu de son exil. Ce fut en 356.

L'Empereur alla à Rome en 357, pour y célébrer la douzième année de son règne. Les dames romaines, profitant de cette occasion, lui demandèrent le rappel de leur Pasteur. Il répondit qu'il n'y consentirait qu'autant que Libere entrerait dans les sentiments des évêques qui étaient pour lors à la Cour.

Ce fut vers ce temps-là que Libere commença à se démentir. La rigueur de son exil ébranla sa constance. Les entretiens qu'il eut avec Démophile de Bérée et Fortunatien d'Aquilée, dont l'un était arien, et l'autre politique, achevèrent de le perdre. Séduit par une apparence d'accommodement qui ne pouvait que scandaliser l'Église, il signa la condamnation d'Athanase, et la formule de foi que les ariens avaient dressée à Sirmium, sans cependant y insérer leur hérésie en termes formels. Il écrivit ensuite aux orientaux qu'il avait reçu la vraie foi catholique que plusieurs évêques avaient approuvée à Sirmium(20).

Ainsi tomba le Pape Libere, qui avait si généreusement pris la défense de la foi et de ceux qui étaient persécutés pour elle. Sa chute est un terrible exemple de la fragilité humaine ; mais si Libere tomba comme saint Pierre, il se releva aussi bientôt à son exemple, et répara promptement le scandale qu'il avait donné. Il n'eut pas plutôt été remis en possession de son siège, qu'il se déclara ouvertement pour la justice et la vérité ; et lorsque les Pères du concile de Rimini eurent été séduits par les ariens, il écarta par son zèle les malheurs dont l'Église Catholique était menacée(21).

Le pape Libere après avoir été ébranlé, se ressaisît.

Ce fut en 359 que s'assembla le fameux concile de Rimini, Les évêques ariens y prévalurent à la fin, et firent adopter par tous les Pères une formule de foi où n'était pas le mot « Consubstantiel ». Mais les prélats orthodoxes ayant vu l'hérésie tirer avantage de leur souscription, se reprochèrent avec amertume la faiblesse qu'ils avaient eue de la donner. Ils se relevèrent d'autant plus aisément de leur chute, qu'ils ne perdirent jamais la pureté de la foi, et qu'ils étaient uniquement tombés, ou pour avoir manqué de courage, ou pour n'avoir pas bien pénétré les artifices des Ariens.

Constance donne ordre de persécuter Athanase.

L'Empereur ne se contenta pas de bannir les évêques qui prenaient sa défense ; il condamna aussi à des peines rigoureuses les officiers et les magistrats qui paroissaient attachés au saint Patriarche, et qui refusaient de communiquer avec les Ariens.

Tandis que Constance remplissait l'Occident de confusion, et qu'il y exerçait une puissance tyrannique, Athanase gémissait à Alexandrie sur les maux de l'Église, et adressait à Dieu de ferventes prières pour la conservation de la Foi. Mais on ne le laissa pas tranquille. Le duc Syrien eut ordre de le persécuter, lui et son clergé. Deux notaires arrivèrent en même temps à Alexandrie. Constance les y avait envoyés pour voir s'il était obéi. On essaya de persuader au Saint de quitter la ville. Mais il répondit que l'Empereur l'ayant rétabli sur son siège, il ne l'abandonnerait que quand il y serait forcé par le même Prince ; et jamais avant qu'on lui eût signifié un ordre exprès de sa part. Il ajouta cependant qu'il sortirait d'Alexandrie, si le duc Syrien ou le préfet Maxime lui donnaient un tel ordre par écrit. Aucun des deux ne l'ayant voulu faire, les choses en restèrent là pour le moment. Syrien, convaincu de la justice de ses raisons, lui promit de ne pas l'inquiéter, et de laisser au peuple la liberté de faire ses assemblées de religion. Cette promesse fut même confirmée par un serment. Mais le Duc ne rougit pas de la violer vingt-trois jours après.

Les fidèles, assemblés dans l'église de saint Théonas, devaient y passer la nuit en prières, à l'occasion d'une fête qui devait se célébrer le lendemain. Ils s'y virent tout-à-coup investis par une nombreuse troupe de gens de guerre, à la tête desquels était Syrien. Les portes de l'église ayant été forcées, les soldats y entrèrent et y commirent des désordres horribles. Athanase resta sur son siège, fortement résolu de ne point abandonner son troupeau. En même temps il ordonna à un diacre de chanter le psaume cent-trente-six, tandis que le peuple répétérait à la fin de chaque verset : Car sa miséricorde est éternelle. Il dit ensuite aux fidèles de se retirer dans leurs maisons protestant qu'il ne sortirait que le dernier. Lorsque le plus grand nombre fut sorti, les clercs et les moines qui étaient restés auprès de lui, le forcèrent de les suivre et de se mettre au milieu d'eux. Par-là il échappa à la vigilance et à la fureur des gardes qui cherchaient à s'assurer de sa personne(22).

La première chose que firent les ariens, fut de placer sur le siège d'Alexandrie une personne dévouée à leur parti. Ils choisirent un certain George, homme de basse extraction, et d'un caractère féroce. Cet intrus marcha sur les traces de Grégoire, cité plus haut, et ne servit que trop fidèlement la haine des ariens contre les catholiques.

Athanase est recherché en Egypte.

Cependant Athanase se retira dans les déserts d'Égypte. Mais on ne lui permit pas de jouir longtemps de la compagnie des solitaires qui les habitaient. Ses ennemis mirent sa tête à prix. Des soldats furent chargés de faire partout des perquisitions pour le découvrir. On eut beau maltraiter les moines ; ils furent fermes, et donnèrent à entendre qu'ils souffriraient plutôt la mort que de déceler le lieu où Athanase était caché. Quelque agréable que fût au Patriarche la compagnie de ses saints hôtes, il résolut de les quitter, afin de ne pas les exposer à de plus rudes souffrances. Il se retira donc dans un lieu plus solitaire, où il pouvait à peine respirer. La seule personne qu'il vit, était un fidèle qui lui apportait ses lettres et les choses dont il avait besoin pour subsister. Encore ce fidèle courait-il de grands dangers, tant les recherches des ariens étaient opiniâtres(23).

La mort de Constance et de George

La persécution se ralentit un peu par la mort de l'empereur Constance, qui arriva le 3 novembre 361. On détestera à jamais la mémoire de ce Prince qui, à un caractère faible, léger, inconstant, dissimulé, joignit un attachement opiniâtre à l'hérésie, et une cruauté qui le porta à maltraiter si indignement les Catholiques, et à tremper ses mains dans le sang de ses proches.

L'année suivante mourut George, cet usurpateur du siège d'Alexandrie. Les païens le massacrèrent à cause de ses cruautés. Ainsi Athanase se vit délivré de ses principaux ennemis.

Julien permet aux évêques exilés de retourner chacun à leur siège.

Julien, successeur de Constance, permit à tous les évêques exilés de retourner chacun à leur siège. Ce n'était pas qu'il fût bien intentionné pour eux ; il voulait par leur rétablissement augmenter les divisions qui déchiraient l'Église, et empêcher les Chrétiens de se réunir contre lui. Il voulait encore flétrir la mémoire de Constance, en le faisant passer pour un tyran et un persécuteur

La plupart des évêques orthodoxes profitèrent de la permission que Julien avait accordée et saint Athanase revint à Alexandrie, après une absence de plus de six ans. Ce fut au mois d'Août de l'année 362. Son entrée dans la ville fut une espèce de triomphe. Les Ariens confondus se virent en peu de temps chassés de toutes les églises qu'ils possédaient.

Le concile d'Alexandrie

Pour rétablir la foi dans toute sa pureté, saint Athanase convoqua la même année un concile à Alexandrie. Entre les évêques qui y assistèrent, on compte saint Eusebe de Verceil qui revenait de la Thébaïde où il avait été banni, saint Astere de Petra, etc. On y condamna ceux qui niaient la divinité du Saint-Esprit, et on y arrêta que les auteurs de l'hérésie arienne seraient déposés, et que dans le cas où ils se repentiraient, on ne les recevrait qu'à la communion laïque. On décida aussi que les évêques qui s'étaient laissés séduire pour quelque temps, tels que les pères de Rimini, conserveraient leurs sièges, pourvu toutefois qu'ils donnassent des preuves de leur repentir et de leur changement. Cette décision fut adoptée dans la Macédoine, l'Achaïe, l'Espagne, les Gaules, etc. et fut même approuvée par l'Église romaine(24). Le Pape Libere ordonna qu'on suivît cette discipline en Italie. Nous avons encore la lettre qu'il écrivit alors aux évêques orthodoxes de ce pays. Il les y exhorte à se conformer à ce qui avait été réglé sur ce sujet dans l'Achaïe et l'Égypte, et à exercer leur zèle contre ceux qui étaient tombés, en sorte cependant qu'ils eussent égard à la vivacité du repentir que les coupables témoigneraient(25).

Mais quelque sage que fût la décision du concile d'Alexandrie, elle n'eut point une approbation universelle. Lucifer de Cagliari(26) et quelques autres évêques traitèrent de lâcheté la conduite pleine de douceur, que l'on y prescrivait envers les coupables. Ils soutenaient que ceux qui étaient tombés à Rimini, ne pouvaient, malgré leur repentir, être reçus à la communion parmi les évêques ou même parmi les prêtres. Une rigueur aussi contraire à l'esprit de l'Évangile, excita l'indignation publique, et fut condamnée par toute l'Église.

Julien décide de faire mettre à mort Athanase.

Quelque temps après, Athanase se vit exposé à de nouvelles épreuves de la part de Julien. Ce prince avait enfin levé le masque, et il ne déguisait plus ses sentiments par rapport au paganisme. Les Prêtres des Idoles d'Alexandrie se plaignirent à lui de l'efficacité des moyens que le Patriarche employait contre leurs superstitions ; et ils ajoutèrent que, s'il restait plus longtemps dans la ville, on y verrait bientôt les dieux sans aucun adorateur. Leurs plaintes furent écoutées favorablement. L'Empereur répondit qu'en permettant aux chrétiens, qu'il appelait Galiléens par dérision, de revenir dans leur pays, il ne leur avait point accordé le droit de rentrer dans leurs églises ; qu'Athanase en particulier n'aurait pas dû porter la témérité si loin que les autres, lui surtout qui avait été exilé par plusieurs empereurs. Il lui fit donc signifier de sortir de la ville, aussitôt l'ordre reçu, et cela sous peine d'être sévèrement puni. Il arrêta même sa mort, et un de ses officiers fut chargé de l'exécution de cet arrêt.

Lorsque les ordres du Prince furent arrivés à Alexandrie, la douleur et la consternation s'emparèrent de tous les fidèles. Athanase les consola, et leur dit de mettre en Dieu leur confiance, les assurant que l'orage passerait bientôt. Ayant ensuite recommandé son troupeau à ses amis, il s'embarqua sur le Nil pour aller dans la Thébaïde.

L'Officier, qui avait ordre de le mettre à mort, n'eut pas plutôt été informé de sa fuite, qu'il le poursuivit avec ardeur. Le Saint fut averti à temps du danger. Ceux qui l'accompagnaient lui conseillèrent de s'enfoncer dans les déserts, mais il n'en voulut rien faire. Il ordonna même qu'on le ramenât vers Alexandrie, en disant : « Montrons que celui qui nous protège est plus puissant que celui qui nous persécute ». L'Officier les ayant joint, sans les connaître, leur demanda s'ils n'avaient point vu Athanase. Ils répondirent : « Il n'est pas loin d'ici et pour peu que vous vous hâtiez, vous ne tarderez pas à l'atteindre ». L'Officier continua sa route, pendant qu'Athanase se rendit à Alexandrie, où il demeura quelque temps caché.

Athanase s'exile dans les déserts de la Thébaïde.

Julien ayant donné de nouveaux ordres pour qu'on le mît à mort, il se retira dans les déserts de la Thébaïde. Il s'y voyait souvent obligé de changer de demeure, pour échapper aux perquisitions de ses ennemis. Il était à Antinoé, lorsque saint Théodore de Tabenne et saint Pammon, tous deux abbés de solitaires, vinrent lui rendre visite. Ils le consolèrent, en lui assurant que ses peines allaient finir. Ils lui contèrent ensuite comment Dieu leur avait révélé la mort du Julien. Ils ajoutèrent encore qu'ils avaient appris par la même voie, que Julien aurait pour successeur un prince religieux, mais que son règne serait fort court.

Les annonces de saint Théodore de Tabenne et saint Pammon se réalisent.

Ce prince était Jovien. Il refusa d'accepter l'Empire qu'on lui offrait, jusqu'à ce que l'armée se fût déclarée pour la religion chrétienne. A peine eut-il été placé sur le trône impérial, qu'il révoqua la sentence de bannissement portée contre Athanase. Il lui écrivit en même temps une lettre où, après avoir donné de justes louanges à sa fermeté et à ses autres vertus, il le priait instamment de venir reprendre le gouvernement de son Église.

Athanase n'avait point attendu les ordres de l'Empereur pour quitter sa retraite. Il en était sorti immédiatement après la mort de Julien, et il était revenu à Alexandrie. Son arrivée imprévue avait causé autant de joie que de surprise. Son premier soin, quand il se vit rendu à son troupeau, fut de reprendre ses fonctions ordinaires. L'Empereur le connaissant pour un des plus zélés défenseurs de l'Orthodoxie, lui écrivit une seconde lettre, dans laquelle il le priait de lui envoyer une exposition de la vraie foi, et de lui tracer le plan de conduite qu'il devait suivre par rapport aux affaires de l'Église. Athanase ne voulut répondre qu'après avoir conféré avec de savants évêques qu'il fit assembler pour cet effet. Sa réponse portait qu'il fallait s'attacher à la foi de Nicée, qui était celle des Apôtres, qui avait été prêchée dans les siècles suivants, et qui était encore la foi de tout le monde chrétien, « à l'exception d'un petit nombre » de personnes qui avaient embrassé les sentiments d'Arius(27) ».

Les Ariens firent d'inutiles efforts pour noircir Athanase dans l'esprit de l'Empereur. Ils ne retirèrent que de la confusion de leurs calomnies. Jovien eut envie de voir le saint Patriarche, dont il avait conçu une haute idée. Il le manda donc à Antioche où la Cour était alors, et il lui donna mille marques d'estime et d'amitié. Athanase ayant satisfait au désir et aux consultations du Prince, partit d'Antioche, et se hâta de retourner à Alexandrie.

Valentinien bannit tous les évêques que Constance avait privés de leurs sièges.

Jovien étant mort le 17 Février 364, après un règne de huit mois, Valentinien lui succéda à l'Empire. Comme il voulait faire sa résidence dans l'Occident, il partagea ses Etats avec son frère Valens, et lui donna l'Orient à gouverner. Ce dernier, qui avait toujours eu du penchant pour l'arianisme, ne tarda pas à manifester ses sentiments. Ayant reçu le Baptême, en 367, des mains d'Eudoxe, évêque des ariens de Constantinople, il publia un édit par lequel il bannissait tous les évêques que Constance avait privés de leurs sièges.

Athanase se cache dans le caveau de son père.

A la nouvelle de l'Édit, le peuple d'Alexandrie s'assembla en tumulte, pour demander au gouverneur de la province qu'on lui laissât son évêque. Le gouverneur promit d'en écrire à Valens, et les esprits se calmèrent, Athanase voyant la sédition apaisée, s'enfuit secrètement de la ville, pour se retirer à la campagne, et il s'y cacha durant quatre mois dans le caveau où son père avait été enterré. La nuit suivante, le Gouverneur et le général des troupes s'emparèrent de l'église où il faisait ordinairement ses fonctions. Ils l'y cherchèrent inutilement ; sa retraite l'avait dérobé à leur poursuite. C'était la cinquième fois qu'on l'obligeait à quitter son Siege.

Par peur d'une sédition, Valens demande qu'Athanase soit laissé en paix.

Dès que le peuple sut le départ du saint Patriarche, il en témoigna sa douleur par ses cris et par ses larmes. Tous s'adressèrent au Gouverneur, et le prièrent de ménager le retour de leur évêque. Valens, informé de tout ce qui se passait, craignit qu'il ne s'élevât quelque sédition. Il prit donc le parti d'accorder aux habitants d'Alexandrie ce qu'ils lui demandaient avec tant de chaleur. En conséquence, il manda qu'Athanase pouvait demeurer en paix à Alexandrie, et qu'on ne le troublerait point dans la possession des églises(28).

Le détail des autres actions de saint Athanase nous est inconnu. Nous ne savons plus de lui autre chose, sinon qu'en 369, il assembla à Alexandrie un Concile, au nom duquel il écrivit aux évêques d'Afrique de ne pas se laisser surprendre par ceux qui préféraient les décrets du concile de Rimini, à ceux du concile de Nicée.

La vie d'Athanase

Mais ce serait peu connaître le saint Patriarche d'Alexandrie, que de s'en tenir à ces traits éclatants qui ont fait de lui un des principaux héros du christianisme. Sa vie privée doit aussi fixer notre admiration. Saint Grégoire de Nazianze(29) dit : « Il était, d'une humilité si profonde, que personne ne portait cette vertu plus loin que lui. Doux et affable, il n'y avait personne qui n'eût auprès de lui un accès facile. Il joignait à une bonté inaltérable, une tendre compassion pour les malheureux. Ses discours avaient je ne sais quoi d'aimable qui captivait tous les cœurs ; mais ils faisaient encore moins d'impression que sa manière de vivre. Ses réprimandes étaient sans amertume, et ses louanges servaient de leçon ; il savait si bien mesurer les unes et les autres, qu'il reprenait avec la tendresse d'un père, et louait avec la gravité d'un maître. Il était tout à la fois indulgent sans faiblesse, et ferme sans dureté. Tous lisaient leur devoir dans sa conduite ; et quand il parlait, ses discours avaient tant d'efficace, qu'il n'était presque jamais obligé de recourir aux voies de rigueur. Les personnes de tout état trouvaient en lui de quoi admirer, et de quoi imiter. Il était fervent et assidu à la prière, austère dans les jeûnes, infatigable dans les veilles et dans le chant des psaumes, plein de charité pour les pauvres, condescendant pour les humbles, intrépide lorsqu'il s'agissait de s'opposer aux injustices des Grands ». Il avait, selon le même auteur, le talent de persuader ceux qui étaient d'un sentiment contraire au sien, à moins qu'ils ne fussent endurcis dans le mal ; et alors ceux qui ne se laissaient pas gagner, ressentaient une vénération secrete pour sa personne. Quant à ses persécuteurs, ils trouvaient en lui une âme inflexible et supérieure à toutes les considérations humaines. Semblable à un roc, rien n'était capable de le faire fléchir en faveur de l'injustice.

Athanase, après avoir soutenu de rudes combats, et remporté de glorieuses victoires sur les ennemis de la Foi, passa à une meilleure vie le 2 Mai 373(30). Il gouverna quarante-six ans l'Église d'Alexandrie(31).

Voici de quelle manière sa mort est décrite par saint Grégoire de Nazianze : « Il termina sa vie dans un âge fort avancé, pour aller se réunir à ses pères, aux Patriarches, aux Prophè:tes, aux Apôtres, aux Martyrs, à l'exemple desquels il avait généreusement combattu pour la vérité. Je dirai, pour renfermer son épitaphe en peu de mots, qu'il sortit de cette vie mortelle avec beaucoup plus d'honneur et de gloire, qu'il n'en avait reçu à Alexandrie, lorsqu'après ses différents exils, il y rentra de la manière la plus triomphante. Qui ne sait en effet que tous les gens de bien pleurèrent amèrement sa mort, et que la mémoire de son nom est restée profondément gravée dans leurs cœurs ?...... Puisse-t-il du haut du ciel abaisser sur moi ses regards, me favoriser, m'assister dans le gouvernement de mon troupeau, conserver dans mon Église le dépôt de la vraie Foi ! Et si pour les péchés du monde nous devons éprouver les ravages de l'hérésie, puisse-t-il nous délivrer de ces maux, et nous obtenir par son intercession la grâce de jouir avec lui de la vue de Dieu(32) (x) ! »

Si l'on joint les vertus que saint Athanase pratiqua dans la vie privée, à cet héroïsme de courage, de patience et de zèle, qui ne se démentit jamais au milieu des plus horribles persécutions. On ne s'étonnera point du respect que l'on a eu pour sa mémoire dans tous les siècles. L'Église le vénère d'autant plus, qu'il continue encore de l'instruire et de l'édifier par ses admirables écrits.

La vie de Jésus-Christ était le livre où saint Athanase se formait à la pratique des plus sublimes vertus. En creusant avec une foi soumise dans le mystère de l'Incarnation, il ne pouvait se lasser d'admirer et d'adorer les trésors infinis de la justice, de la sagesse, de la sainteté, de l'amour, de la miséricorde de Dieu. Imitons son exemple, si nous voulons acquérir la science des Saints ; cette science qui procure le vrai bonheur, en éclairant l'esprit et en réformant le cœur. Que la vie du Sauveur, que les différentes circonstances de ses actions, que ses vertus et ses exemples deviennent le principal sujet de nos méditations. Unissons nos bonnes œuvres à ses mérites, et offrons-les au Père, en lui, avec lui et par lui. Prions-le de nous bien pénétrer de son esprit et de ses maximes ; demandons lui surtout cet amour qui lui fait consacrer l'homme avec ses puissances. Ne perdons jamais de vue ces belles paroles de saint Athanase : « Le Fils de Dieu a pris sur lui notre pauvreté et nos misères, afin de nous rendre participants de ses richesses. Ses souffrances nous rendront un jour impassibles, et sa mort nous rendra immortels. Nous trouverons notre joie dans ses larmes, notre résurrection dans son tombeau, notre sanctification dans son baptême, conformément à ce qu'il dit lui-même dans l'Evangile : Je me sanctifie pour eux, afin qu'ils soient aussi sanctifiés en vérité. »

Notice des Écrits de saint Athanase.

  1. Le Discours contre les Païens, écrit vers l'an 318. C'est le premier ouvrage de saint Athanase. On y remarque une grande connaissance de la Littérature profane. Le saint Docteur y fait voir l'origine, le progrès et l'extravagance de l'idolâtrie. Il se sert ensuite de deux voies pour conduire les hommes à la connaissance du vrai Dieu ; l'une est la nature de notre âme ; et l'autre, l'existence des choses visibles.
  2. Le Discours sur l'Incarnation, écrit à la même époque, n'est qu'une suite du précédent. Saint Athanase y prouve,
    1. Que le monde doit avoir été créé.
    2. Qu'il n'y a que le Fils de Dieu qui, par son Incarnation, ait pu délivrer l'homme de la mort dont le péché l'avait rendu digne.
  3. L'Exposition de la Foi. C'est une explication des mystères de la Trinité et de l'Incarnation contre les Ariens.
  4. Le traité sur ces paroles : Toutes choses m'ont été données par mon Père
  5. . Le but du saint Docteur est de combattre les fausses interprétations que les ariens donnaient à ces mêmes paroles.
  6. La Lettre aux évêques orthodoxes, contre l'intrusion de Grégoire sur le siège d'Alexandrie, en 341.
  7. L'Apologie de saint Athanase contre les Ariens, composée après le second exil du Saint, en 351. C'est un recueil de pièces authentiques, qui anéantissaient toutes les accusations des Ariens, et qui les convainquaient de calomnie.
  8. Le traité des Décrets de Nicée contre les eusébiens. On y trouve l'histoire de ce qui s'était passé au concile de Nicée contre les partisans d'Arius.
  9. L'Apologie de la doctrine de saint Denys d'Alexandrie, dont les Ariens citaient des témoignages, pour autoriser leurs erreurs,
  10. La Lettre à Draconce. Ce Draconce était Abbé d'un monastère. Ayant été élu évêque d'Hermopole, il prit la fuite et se cacha. Saint Athanase lui écrivit, vers l'an 355, la lettre dont il s'agit ici, pour l'engager à revenir.
  11. La Lettre circulaire aux Évêques d'Égypte et de Lybie
  12. , où les mauvais desseins des ariens sont manifestés. Elle fut écrite en 356, lorsque George de Cappadoce était sur le point d'usurper le Siege d'Alexandrie.
  13. L'Apologie du Saint, adressée à l'empereur Constance, en 356. C'est un des plus finis et des plus éloquents de tous les ouvrages de saint Athanase. Il le composa lorsqu'il était dans le Désert. Il donna aussi l'année suivante un autre écrit sous le titre d'Apologie pour sa fuite, afin de justifier sa retraite Cette piece n'est guère moins estimable que la précédente.
  14. La Lettre à Sérapion touchant la mort d'Arius. On y trouve des choses importantes sur l'Histoire de l'arianisme. Il paraît qu'elle fut écrite en 358. Le Sérapion auquel elle fut adressée, est, à ce que l'on croit, le célèbre évêque de Thmuis.
  15. La Lettre aux Solitaires, écrite à la même époque. Il y est parlé des persécutions de saint Athanase. L'Arianisme y est aussi réfuté.
  16. Les quatre Discours contre les Ariens, écrits encore à la même époque, lorsque le saint Docteur était caché parmi les anachorètes. Photius admire dans ces discours une force et une solidité de raisonnement qui écrasent les ariens. C'est-là, dit-il, que saint Grégoire de Nazianze et saint Basile le Grand ont puisé cette éloquence mâle et rapide avec laquelle ils ont si glorieusement défendu la foi Catholique. Saint Athanase y fait un usage admirable de la dialectique, pour presser ses adversaires ; mais il insiste principalement sur l'autorité de l'Écriture, dont il tire ses armes les plus redoutables.
  17. Les quatre Lettres à Sérapion de Thmuis, écrites vers l'an 360. La Divinité du Saint-Esprit y est prouvée.
  18. Le traité des Synodes, écrit l'année précédente. Il contient l'histoire de ce qui s'était passé dans les conciles de Séleucie et de Rimini. '
  19. Le Tome ou la Lettre à l'Église d'Antioche, en 362. Les lettres synodales, dans les quatrième et cinquième siècles.
  20. La i>Lettre à l'Empereur Jovien, en 363 évoquée dans la vie du Saint.
  21. La Vie de saint Antoine fut écrite en 365.
  22. Les deux Lettres à Orsise, Abbé de Tabenne.
  23. Le Livre de l'Incarnation du Verbe, et contre les Ariens. Il est divisé en trois parties. La première contient la réfutation de ce que les anoméens objectaient contre la Divinité de Jésus-Christ. La Divinité du Saint-Esprit est établie dans la seconde. Saint Athanase emploie la troisième à prouver par l'Écriture la consubstantialité du Verbe.
  24. La Lettre aux Évêques d'Afrique, vers l'an 369, évoquée dans la vie du Saint.
  25. Les Lettres à Épidete, à Adelphius et à Maxime, contre les hérétiques qui attaquaient la consubstantialité du Verbe et la Divinité du Saint-Esprit.
  26. Les deux Livres contre Apollinaire, vers l'an 372.
  27. Le Livre de la Trinité et du Saint-Esprit<:i>, dont nous n'avons plus qu'une traduction latine.
  28. Outre les Lettres de saint Athanase, évoquées ci-dessus, il en a écrit encore plusieurs autres sur divers sujets.
  29. Un Commentaire imparfait sur les Psaumes, qui montre que le saint Docteur avait beaucoup de talent pour ce genre d'écrit. Nous avons aussi des fragments d'un Commentaire sur saint Matthieu, qui porte le nom de saint Athanase. D. de Montfaucon, in collect. Patr. soutient qu'ils sont véritablement de ce Père. Tournély et d'autres savants les mettent au nombre des ouvrages douteux de saint Athanase.
  30. On met dans la même classe les Livres de l'Incarnation du Verbe de Dieu ; de la Consubstantialité des trois Personnes Divines ; de la Virginité ; la Synopse de l'Écriture, etc. Ces différents ouvrages sont fort bien écrits, et l'on estime surtout le Livre de la Virginit. L'Histoire de ce Crucifix de Béryte, dont il sortit du sang lorsque les juifs l'eurent percé en dérision du Sauveur, est indigne de saint Athanase.
  31. Le Symbole, qui porte le nom du saint Docteur, ne lui est attribué que parce qu'il renferme une explication du mystère de la Trinité, sur lequel saint Athanase a si bien écrit, et pour la défense duquel il a montré tant de zèle. Il fut rédigé en latin dans le cinquième siècle. Waterland a publié une bonne dissertation sur ce Symbole. Il a recueilli tout ce qui avait été dit de plus intéressant sur le même sujet par plusieurs habiles Critiques.
Photius observe, Cod. 140. que le style de saint Athanase est clair, nerveux, plein de sens et de vivacité, sans avoir rien de superflu. Ce Père paraît digne d'être placé pour le mérite de l'éloquence, immédiatement après saint Basile, saint Grégoire de Nazianze et saint Chrysostome.

Érasme était grand admirateur du style de saint Athanase, et il le préférait à celui de tous les autres Pères. Il trouvait qu'il n'était point dur et difficile, comme celui de Tertullien, point gêné et embarrassé comme celui de saint Hilaire, point recherché comme celui de saint Grégoire de Nazianze, point entortillé comme celui de saint Augustin. Il est partout, selon le même auteur, facile, élégant, orné, fleuri, et admirablement adapté aux différents sujets que traite le saint Docteur ; et si quelquefois il n'a pas toute la politesse que l'on pourrait désirer, il faut s'en prendre aux embarras des affaires, et aux persécutions, qui ne permettaient pas à saint Athanase de mettre la dernière main à tous ses ouvrages. Un ancien moine, nommé Côme, avait coutume de dire touchant les écrits de saint Athanase : « Quand vous trouverez quelque chose des ouvrages de saint Athanase, si vous n'avez pas de papier, écrivez le sur » vos habits, Prat Spirit. c. 40 ».

La meilleure édition des OEuvres de saint Athanase, était en 1783 celle du savant P. de Montfaucon, qui parut à Paris en 1698. Elle est dédiée au Pape Innocent XlI, et en trois volumes in-fol. qui ne font néanmoins que deux Tomes. Le deuxième Tome de la Collection des Pères, que le Père de Montfaucon donna à Paris en 1706, est comme un supplément à son édition des Œuvres de saint Athanase.

Sources
  • Nominis
  • VIES DES PERES DES MARTIRS ET DES AUTRES PRINCIPAUX SAINTS Tiré de ses Écrits, ainsi que de ceux des Peres et des Historiens contemporains. Voir sa Vie par Hermant, qui le premier a porté la lumière dans les ténèbres dont l'Histoire de l'Arianisme étaie enveloppée. Voir encore Tillemont, Ceillier, Orsi, les nouveaux Éditeurs des œuvres de saint Athanase, et le P. Combefis, Bibl. Concionat. p. 500 et 530.

Notes

(1) d'où est originaire Sainte Florence qu'il avait convertie et qui le suivit à son retour. Retour

(2) Isolotta d'Arbenga, petite île de la mer de Gênes. Retour

(3) Jean Béleth rapporte ce propos dans son Rationale divinorum officiorum, ch. CXXII. Retour

Note

(1) Or. 21. Retour

(2) Orat. contra Gentes, p. 1. Retour

(3) L. de Incarn. p. 66. Retour

(4) Athanas. Vit. Anton. P. 794. Retour

(5) On lit dans Rufin, que saint Athanase, encore enfant baptisa quelques enfants de son âge avec lesquels il jouait sur le bord de la mer, et que le patriarche saint Alexandre approuva ce baptême comme valide. Mais Hermant, Tillemont et plusieurs autres savants Critiques regardent ce fait comme une fable. Il n'est fondé que sur l'autorité de Rufin, auteur peu exact ; et d'ailleurs il ne s'accorde point avec la chronologie de l'histoire de saint Athanase. Retour

(6) Théodoret, Sozomene et saint Grégoire de Nazianze le disent expressément Retour

(7)  Sozomene, l. 2, c. 17. Théodoret, l. 2, c. 26. Retour

(8) Il faut adopter cette date, pour trouver les 46 ans d'Épiscopat, que saint Cyrille, Ep. 1. donne à saint Athanase. Retour

(9) Or. 1. contra Arian. Retour

(10) Apol. contra. Arian. p, 178. et Socrate, l. x. c. 22. Retour

(11) On lit toutes les particularités rapportées dans l'Apologie de saint Athanase faite par lui-même dans Socrate, Sozomene et Théodoret. Retour

(12) Saint Jérôme dit, in Chron. an. 338. que Constantin avait du penchant pour l'Arianisme. Mais saint Athanase et tous les autres auteurs, à l'exception de Lucifer de Cagliari, reconnaissent qu'il professa toujours la foi de Nicée, que personne n'osa attaquer ouvertement, tandis qu'il vécut. Arius et Eusebe ne le trompèrent qu'en protestant qu'ils étaient orthodoxes, et dans la disposition de maintenir les décrets du concile de Nicée. Si quelquefois il lui arriva de persécuter saint Athanase, ce ne fut jamais pour la doctrine ; on a vu les calomnies dont les ariens se servirent pour l'animer contre ce saint Patriarche.

On objecte encore contre la catholicité de Constantin, que dans sa dernière maladie il fut baptisé par Eusebe de Nicomédie. Mais on devrait faire attention qu'Eusebe était un hypocrite qui dissimulait ses vrais sentiments ; qu'il vivait au moins à l'extérieur dans la communion de l'Église ; et que le lieu où le Prince reçut le Baptême, était de son diocèse. D'ailleurs on ne peut nier que Constantin n'ait montré un grand zèle pour l'extinction de l'Arianisme.

S'il fit des fautes, il les répara par d'éminentes vertus, par une piété tendre et sincère, par le soin qu'il prit d'étendre et de faire fleurir le Christianisme, par le respect qu'il porta aux ministres sacrés, par les lois pleines de sagesse qu'il publia en faveur de la Religion, par les saintes dispositions avec lesquelles il reçut le baptême & les autres Sacrements. De tout cela, il résulte qu'un chrétien ne doit prononcer son nom qu'avec reconnaissance et avec respect.

Il faut le plaindre du malheur qu'il eut de se laisser prévenir contre saint Athanase, et d'accréditer, sans le vouloir, le parti des ariens qui causa tant de maux, et qui occasionna tant de troubles. Telle est la triste destinée des Princes ; ils ne voient presque jamais par leurs yeux. Il est bien difficile que la vérité perce cette foule de flatteurs qui les environnent, pour parvenir jusqu'à eux. Ajoutons à tout ce que nous avons dit, que Constantin avant sa mort reconnut l'innocence de saint Athanase ; il donna même un ordre pour qu'on le rappelat. Mais cet ordre ne put être exécuté qu'après la mort de l'Empereur, et qu'au milieu de l'année 338. Retour

(13) Innumerabilis populus unà cum Sacerdotibus Dei, non sine gemitu ac lacrymis, pro Imperatoris anima preces offerebant Deo, gratissimum pio Principi officium exhibentes. In hoc etiam Deus prolixam erga famulum suum benevolentiam declaravit ; quippe, quod maximè ambierat, locum juxta Apostolorum memoriam ei concesserit, ut animae illius tabernaculum Apostolici nominis atque honoris consortio frueretur, divinisque caremontis ex mystico Sacrificio et sanciarum precum Communione potiri mereretur. Euseb. Vit. Constant. l. 4. c. 11. edit. Vales. Retour

(14) Il avait aussi fait bâtir l'église de saint Irene, pour servir de Cathédrale. Retour

(15) Constantin, l'aîné des trois frères, eut en partage la Bretagne, l'Espagne, les Gaules, et tout ce qui est en-deçà des Alpes. Constance eut la Thrace, l'Asie, l'Égypte et le reste de l'Orient. L'Italie, l'Afrique, la Grèce et l'lllyrie furent l'apanage de Constant. Retour

(16) L'Assemblée était composée de trois cents évêques de l'Occident, et de soixante-seize de l'Orient, selon Socrate et Sozomene. Saint Athanase en compte cent soixante-dix, sans y comprendre les Eusébiens qui étaient au nombre de quatre-vingt. Ce dernier calcul s'accorde avec le récit de Théodoret, qui en compte en tout trois cents trente. On donne le titre de Général au concile de Sardique ; et le P. Alexandre a produit les preuves de son &OEZlig;cuménicité. Il n'est cependant regardé que comme une suite du concile de Nicée. Retour

(17) Voir Socrate, et les fragments de saint Hilaire. On lit dans Cave, que les eusébiens datèrent de Sardique les actes de leur assemblée. Ils voulaient couvrir leurs intrigues du nom d'un concile respectable. Ils citent la Lettre Synodale des évêques qui étaient restés à Sardique, quoiqu'ils eussent quitté cette ville avant que la Lettre en question eût été écrite. C'est un fait dont tous les Historiens conviennent. Retour

(18) Le concile de Sardique publia aussi des canons de discipline. Il y était dit, Can. 3. 4. 7. qu'il était permis à un évêque, déposé dans sa province, d'en appeler à l'évêque de Rome ; que le Pape avait le droit d'examiner ou de ne pas examiner l'affaire de nouveau, selon qu'il le jugerait à propos ; qu'il pouvait députer sur les lieux des évêques de la province, ou même envoyer des commissaires de Rome pour prononcer définitivement. Au reste, c'était moins là une loi nouvelle, que la confirmation de ce qui avait été établi dès les premiers temps. Nous en avons une preuve dans l'appel que saint Athanase avait précédemment interjetté au Pape Jules, sans que les eusébiens ses ennemis réclamassent contre cette sorte de procédure. Retour

(19) Cette Conférence est rapportée par Théodoret, Retour

(20) 

Libere scandalisa l'Église par sa chute ; mais il ne tomba point dans l'hérésie. Ceci mérite quelques observations.

Il y a eu trois formules de Sirmium. La premiere, qui est de l'an 351, fut faite contre Photin, Elle était conçue en termes orthodoxes, quoique le mot consubstantiel ne s'y trouvât pas. Elle fut l'ouvrage des évêques orientaux, qui composèrent seuls le Concile, l'Occident, excepté la Pannonie, étant alors soumis au tyran Magnence.

La seconde eut pour auteurs Valens, Ursace et Germinius, qui la rédigèrent en 357, lorsque Constance fut revenu de Rome à Sirmium. Elle renfermait tout le venin de l'ariarisme. Il y était défendu de dire que Jésus-Christ était de la même substance que le Pere, ou qu'il lui était semblable en substance. On condamnait par là les Catholiques qui tenaient pour l'unité, et les semi-Aariens qui admettaient la similitude de substance. Les ariens rigides, que l'on nommait aussi eunomiens, d'Eunomius leur chef, niaient l'une et l'autre. Cette formule fut souscrite par Potamius de Lisbonne, et par Osius de Cordoue. Ce dernier, qui avait jusque-là combattu généreusement pour la foi, se laissa vaincre par les tortures, et eut ainsi le malheur de tomber dans l'Arianisme. Nous apprenons de saint Athanase qu'il reconnut sa faute, et qu'il mourut pénitent en Espagne.

La troifieme Formule de Sirmium fut publiée par les semi-ariens en 359, deux ans après la chute de Libere.

Il ne s'agit donc plus que de savoir si ce Pape souscrivit la première ou la seconde formule. Or, il ne paraît pas possible qu'il ait souscrit la seconde. Elle n'eut pour auteurs qu'un très petit nombre d'évêques occidentaux, qui en furent si honteux, qu'ils la laissèrent tomber aussitôt dans l'oubli. D'ailleurs saint Hilaire rapporte, Fragm. 6. p. 1357. que Libere souscrivit la confession de foi, dressée par vingt-deux évêques, du nombre desquels était Démophile ; ce qui ne peut convenir qu'à la premiere. Aussi Libere, dans sa Lettre aux évêques orientaux, leur disait-il qu'il avait signé leur confession de foi, ou celle qu'ils avaient faite, et qui lui avait été présentée par Démophile. Il lui donnait de plus l'épithète de catholique. Toutes ces circonstances, si nous ne nous trompons, forment une preuve solide ; et l'on doit conclure de leur réunion que le Pape Libere souscrivit la première formule de Sirmium.

Sozomene ajoute, l. 4. c. 15. que quand ce Pape fut revenu à Rome, il anathématisa tous ceux qui ne reconnaissaient pas que le Fils était semblable au Père en toutes choses, c'est-à dire, qu'il anathématisa la seconde formule de Sirmium. Est-il croyable qu'il l'eût souscrite si peu de temps auparavant ? Retour

(21) Théodoret 2 Hist, l.2. c, 17. Retour

(22) Ce qui vient d'être dit est tiré de saint Athanase. Voir son Apologie pour sa fuite, et son Histoire des Ariens. Retour

(23) On lit dans Rufin, que saint Athanase vécut plusieurs années caché dans le fond d'un puits ; mais ceci paraît être une fable. Si ce fait eût été vrai, saint Grégoire de Nazianze et saint Athanase lui-même, n'auraient pas manqué d'en parler. Retour

(24) Conc. T. 7. p. 75. et 680. Retour

(25) Saint Hilair. Fragm 12. p. 1357. Coustant,Ep. Decret. »t3.p. 448. Retour

(26) Lucifer, évêque de Caliari, métropole de Sardaigne, se distingua par son détachement du monde, et par son zèle contre l'arianisme. Il prit avec chaleur la défense de saint Athanase au concile tenu à Milan en 355, et même dans le palais de l'Empereur Constance ; ce qui le fit exiler à Germanicie en Syrie. Cette ville avait alors pour évêque, Eudoxe, l'un des principaux chefs de l'hérésie régnante. Quelque temps après, Lucifer fut transféré à Éleuthéropolis en Palestine, qui avait aussi un évêque arien, nommé Eutychius.

Ce fut là qu'il écrivit son premier Livre contre Constance. Il eut la hardiesse de le lui envoyer, et même de s'en avouer l'auteur en présence de Florentius, Grand-Maître du Palais, qui avait ordre de le questionner sur ce sujet. Non content d'y montrer à l'Empereur qu'il ne devait pas se mêler des affaires ecclésiastiques, il l'y comparaît encore au plus cruel des tyrans. Ce premier Livre fut suivi d'un second, où se trouvait l'Apologie de saint Athanase. Constance, vivement piqué, bannit Lucifer dans la Thébaide en Égypte ; et il y resta jusqu'à la mort du Prince.

Lucifer publia encore les ouvrages suivants :

  1. Le Livre contre les Rois apostats, où il montrait que les plus détestables tyrans jouissaient souvent des prospérités temporelles ; il ajoutait que c'était la jouissance de ces prospérités qui avait fait croire à Constance qu'il était favorisé du ciel.
  2. Les Livres intitulés : Il ne faut point épargner les pécheurs ; on ne doit point communiquer avec les hérétiques ; nous devons mourir pour le Fils de Dieu. Tous les ouvrages de Lucifer sont écrits avec beaucoup d'aigreur ; et malgré les éloges que quelques Pères ont donné à ses livres contre Constance, parce qu'ils ne faisaient attention qu'au zèle de l'auteur pour la pureté de la Foi, on ne peut disconvenir que ses expressions ne sont ni assez mesurées, ni assez respectueuses. On ne doit jamais manquer à son souverain, quelque abus qu'il fasse de son autorité.

L'évêque de Cagliari ternit l'éclat de ses triomphes sur l'arianisme par le scandale d'un malheureux schisme auquel il donna naissance. En revenant du lieu de son exil, il passa par Antioche avec saint Eusebe de Verceil. Saint Mélece avait été élu Patriarche de cette ville après la mort de saint Eustathe. Son élection s'était faite selon toutes les règles. Elle fut cependant désapprouvée par quelques catholiques, parce que les ariens y avaient concouru. Ces catholiques refusèrent de communiquer avec saint Melece, et prirent le nom d'eustathiens, de saint Eustathe auquel ils étaient restés attachés durant son exil.

Lucifer, en arrivant à Antioche, se mit à la tête des Eustathiens, et ordonna Paulin 2vêque de cette ville. Saint Eusebe de Verceil ayant désapprouvé cette Ordination, il ne voulut point communiquer avec lui ; et par-là il devint l'Auteur d'un Schisme dont les suites furent très-funestes.

Outre ce schisme, il en causa encore un autre, dont les conséquences allèrent bien plus loin. Il refusa opiniâtrement de communiquer, non seulement avec les Pères de Rimini, qui, après leur repentir, avaient été conservés dans leurs sièges, mais même avec ceux qui les recevaient à la communion, c'est-à-dire, avec le Pape et avec toute l'Église. Il se fit un assez grand nombre de partisans à Antioche, en Égypte, en Palestine, en Italie, et surtout en Sardaigne et en Espagne. Il survécut de neuf ans à son retour à Cagliari. On croit qu'i1 persista toujours dans son opiniâtreté. Il mourut en 371, selon la Chronique de saint Jérôme. Les anciens Auteurs ne lui reprochant que son Schisme, on ne doit point lui imputer les maximes hétérodoxes que Théodoret attribue à ses sectateurs. Ceux-ci en auront été les pères.

Voir Théodoret, Hist. l. 3. c. 1. faint Jérôme, Dial. adv. Luciferian. saint Ambroise, de obitu Satyri, p. 316. Socrate, Hist. l. 3. c. 9. Sozomene, Hist. l. 5. c. 13. et parmi les modernes, Tillemont, T. 7. p. 514. Ceillier, T. 5. p. 384. etc. Retour

(27) On voit que dans le court espace de temps où il fut permis à l'Église d'assembler des Conciles, il y en eut un grand nombre, tant en France, en Espagne et à Rome, qu'en Dalmatie, en Dardanie, en Macédoine, en Épire, en Grèce, en Crète, en Sicile, en Chypre, en Lycie, en Isaurie, en Égypte, en Arabie ; et tous ces Conciles adhérèrent aux décrets de Nicée. Saint Athanase n'exagérait donc pas en parlant comme il le fait du consentement universel des Églises dans la profession de la doctrine catholiques. Retour

(28) On est surpris et effrayé de toutes les scènes horribles que présente l'histoire de l'arianisme. L'impiété, l'hypocrisie, la dissimulation, la malice, la perfidie des ariens paraîtraient incroyables, si elles n'étaient appuyées sur le témoignage de tous les historiens du temps, et de saint Athanase lui-même.

Les faits dont il s'agit étaient notoires ; ils se passaient à la face de tout l'Univers ; ils étaient consignés dans les synodes des ariens. Aussi saint Athanase les inséra-t-il dans son apologie, faite pour devenir publique, avec toutes les circonstances odieuses qui les accompagnaient, sans craindre que l'on s'inscrivît en faux contre tout ce qu'il avançait.

L'arianisme, timide dans ses commencements, mit en œuvre la souplesse et l'artifice. Soutenu par la puissance impériale, il s'enhardit, et ne connut plus de bornes dans ses orgueilleuses prétentions. Il semblait menacer l'Église d'une destruction entière ; mais il ne réussit point, parce que celui qui a fondé cette Église, lui a promis que les portes de l'Enfer ne prévaudraient point contre elle.

La foi en la divinité de Jésus-Christ avait armé le bras des persécuteurs pendant plus de 300 ans ; et elle avait tenu ferme contre les assauts des plus redoutables tyrans. Les souffrances ne faisaient même que multiplier le nombre des fidèles. Le sang des Martyrs était comme une semence féconde qui produisait de nouveaux Chrétiens ; et cette nouvelle race, en se reproduisant sans cesse, remplissait toutes les provinces de l'Empire. La conversion des Empereurs rendit la paix à l'Église ; mais le Démon ne resta pas tranquille. La chute de l'idolâtrie donna de nouveaux degrés à sa malice et à sa jalousie. Il eut recours à d'autres moyens ; il tourna ses armes contre le sein même de l'Église. De tous les instruments qu'il choisit parmi les hommes pour le seconder, aucun ne le servit mieux qu'Arius. Il inventa une hérésie qui sapait le Christianisme par ses fondements. En effet, si Jésus-Christ n'était pas Dieu, toute l'économie de notre sainte religion croulait, et son origine n'était pas divine.

Mais Dieu, qui veille à la garde de son Église, suscita des pasteurs z&eacue;;lés, qu'il anima de son esprit, et auxquels il inspira le courage de défendre la foi contre ses plus ardents persécuteurs. De ce nombre fut saint Athanase, qui se distingua même entre tous les autres, et qui mérita une couronne égale à celle des plus glorieux Martyrs. Retour

(29) Or. at. p. 378. Retour

(30) Cette date est appuyée sur l'autorité de la Chronique orientale des Cophtes, ainsi que sur celle de saint Protere et de saint Jérôme. Socrate s'est donc trompé en mettant la mort de saint Athanase en 371. Retour

(31) Les Grecs honorent saint Athanase le 2 de Mai, jour auquel ses reliques furent déposées dans l'église de sainte Sophie à Constantinople, lors de la translation qui s'en fit d'Alexandrie en cette ville. (Voir leurs éphémérides dans leur Synaxaires). Ils en font encore mémoire le 18 janvier, que M. Assémani, in Calend. Univ. T. 6. p. 299. prouve contre les Bollandistes, avoir été le jour de sa mort, comme les Menées le disent expressément. Ils honorent le même jour avec lui saint Cyrille, parce qu'il a été évêque de la même ville, quoi qu'il ne soit mort qu'en Juin. On trouve une autre fête de saint Athanase marquée au 9 Juin dans les Menées, et au 27 du même mois dans le ménologe de l'empereur Basile. Voir la réfutation de Bollandus et de Papebroch, dans M. Assémani, ad a Maii, T. 6. p. 301. 302. 303. Retour

(32)  M. l'Abbé de la Bletterie a tracé dans son Histoire de Jovien, T. 1. p. 128. a tracé le portrait du saint Patriarche, ainsi : « Athanase était le plus grand homme de son siècle ; et peut être qu'à tout prendre, l'Église n'en a jamais eu de plus grand. Dieu qui le destinait à combattre la plus terrible des hérésies, armée tout à la fois des subtilités de la dialectique, et de la puissance des empereurs, avait mis en lui tous les dons de la nature et de la grâce qui pouvaient le rendre propre à remplir cette haute destination.

Il avait l'esprit juste, vif et pénétrant : le cœur généreux et désintéressé : un courage de sang-froid, et pour ainsi dire, un héroïsme uni, toujours égal, sans impétuosité ni saillies ; une foi vive ; une charité sans bornes ; une humilité profonde ; un christianisme mâle, simple et noble comme l'Evangile ; une éloquence naturelle, semée de traits perçants, forte de choses, allant droit au but, et d'une précision rare dans les Grecs de çe temps-là. L'austérité de sa vie rendait la vertu respectable : sa douceur dans le commerce la faisait aimer. Le calme et la sérénité de son âme se peignaient sur son visage. Quoiqu'il ne fût pas d'une taille avantageuse, son extérieur avait quelque chose de majestueux et de frappant. Il n'ignorait pas les sciences profanes, mais il évitait d'en faire parade. Habile dans la lettre des Écritures, il en possédait l'esprit. Jamais ni Grecs, ni Romains, n'aimèrent autant la patrie, qu'Athanase aima l'Église, dont les intérêts furent toujours inséparables des siens. Une longue expérience l'avait rompu aux affaires ecclésiastiques. L'adversité, qui étend et raffine le génie, lorsqu'elle ne l'écrase pas, lui avait donné un coup d'œil admirable pour apercevoir des ressources, même humaines, quand tout paraissait désespéré. Menacé de l'exil lorsqu'il était dans son siège, et de la mort lorsqu'il était en exil, il lutta près de cinquante ans contre une ligue d'hommes subtils en raisonnements, profonds en intrigues, courtisans déliés, maîtres du Prince, arbitres de la faveur et de la disgrâce, calomniateurs infatigables, barbares persécuteurs. Il les déconcerta, les confondit, et leur échappa toujours, sans leur donner la consolation de lui voir faire une fausse démarche ; il les fit trembler, lors même qu'il fuyait devant eux, et qu'il était enseveli tout vivant dans le tombeau de son père. Il lisait dans les cœurs et dans l'avenir. Quelques catholiques étaient persuadés que Dieu lui révélait les desseins de ses ennemis : les riens l'accusaient de magie ; et les païens prétendirent qu'il était versé dans la science des Augures, et qu'il entendait le langage des oiseaux, tant il est vrai que sa prudence était une espèce de divination. Personne ne discerna mieux que lui les moments de se produire ou de se cacher ; ceux de la parole ou du silence, de l'action ou du repos. Il sut fixer l'inconstance du peuple (des Alexandrins, c'est tout dire, trouver une nouvelle patrie dans les lieux de son exil et le même crédit à l'extrémité des Gaules, dans la ville de Trèves, qu'en Égypte et dans le sein même d'Alexandrie, entretenir des correspondances, ménager des protections, lier entre eux les orthodoxes, encourager les plus timides, d'un faible ami ne se faire jamais un ennemi, excuser les faiblesses avec une charité et une bonté d'âme, qui font sentir que s'il condamnait les voies de rigueur en matière de religion, c'était moins par intérêt que par principes et par caractère. Julien, qui ne persécutait pas les autres évêques, du moins ouvertement, regardait comme un coup d'état, de lui ôter la vie, croyant que la destinée du christianisme était attachée à celle d'Athanase ». Cette honorable distinction semblait avoir mis le comble à la gloire du saint Évêque. Retour