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Les saints martyrs du Japon



Dernière mise à jour
le 03/04/2020

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Fête 6 février, mémoire obligatoire
Mort1597
Saints contemporains
NomNaissanceMortFonction
saint Charles Borromée02/10/153804/11/1584archevêque de Milan
saint François de Sales21/08/156728/12/1622évêque de Genève
sainte Jeanne Françoise de Chantal23/01/157213/12/1641
Hommes contemporains
NomNaissanceMortFonction
Frédéric Borromée 16/08/1564 21/09/1631 archevêque de Milan
Henri IV 13/12/1553 14/05/1610
Horace Folch Cardony, Horace Cardonvers l'an 1565 21/06/1641
Jacques I 19/06/1566 27/03/1625 roi d'Angleterre
Marie de Médicis 26/04/1575 03/07/1642
Pierre de Bérulle 04/02/1575 30/02/1627 cardinal

Liste des chapitres

Le Japon en 1855

L’EMPIRE du Japon fut découvert par des marchands portugais vers l’an 1541. On le divise ordinairement en plusieurs petits royaumes, qui sont aujourd’hui réunis sous la domination d’un seul empereur. Méaco et Jedo en sont les principales villes. Les Japonais ont des mœurs qui diffèrent des nôtres en divers points. Ils sont naturellement orgueilleux et passionnés pour les honneurs. Ils adorent, sous les figures les plus grotesques, quelques-uns de leurs ancêtres, parmi lesquels Xacha et Amida tiennent le premier rang. Tous leurs prêtres, nommés bonzes, sont subordonnés à un grand-prêtre qu’ils appellent Jaco.

L'arrivée de François-Xavier

L’empire du Japon était plongé dans les plus épaisses ténèbres du paganisme, lorsque saint François Xavier y arriva en 1549. Cet homme apostolique, que Dieu avait suscité dans sa miséricorde, y prêcha l’Evangile avec tant de succès qu’on vit des provinces entières se convertir. Le fruit de ses prédications fut aussi durable qu’il avait été merveilleux, puisqu’en 1582 les rois d’Arima, de Bungo et d’Omura envoyèrent une ambassade solennelle au pape Grégoire XIII. Cinq ans après, on comptait dans le Japon deux cent mille chrétiens, parmi lesquels il y avait des bonzes, des princes et des rois. Malheureusement les progrès du christianisme, qui s’étendaient de jour en jour, furent arrêtés en 1588. Voici quelle en fut l’occasion.

L'expulsion des jésuites

L’empereur Cambacundono, qui, par un orgueil sacrilège, se faisait rendre les honneurs divins, ordonna à tous les missionnaires jésuites de sortir de ses états sous l’espace de six mois. Plusieurs d’entre eux ne laissèrent pas, malgré cet ordre, de rester dans le Japon ; mais ils se déguisèrent, afin de pouvoir exercer plus librement leur ministère. La persécution s’étant rallumée en 1592, un grand nombre de Japonais convertis reçurent la couronne du martyre. L’empereur Taycosama, prince aussi corrompu qu’orgueilleux, ayant ajouté foi aux calomnies de quelques marchands européens, entra dans un excès de fureur qui eut les suites les plus terribles. Ces marchands, voulant avoir le privilège exclusif de faire le commerce au Japon, persuadèrent à l’empereur que les missionnaires qui prêchaient dans son empire n’avaient d’autre dessein que celui d’en faciliter la conquête aux Espagnols et aux Portugais. Il n’en fallait pas davantage pour animer ce prince contre des hommes qu’on lui avait dépeints sous les plus noires couleurs.

Les persécutions

Il en fit crucifier neuf, en 1597, sur une montagne voisine de Nangasaqui : six étaient franciscains, et avaient à leur tête le P. Pierre Baptiste, commissaire de son ordre et natif d’Avila en Espagne ; les trois autres étaient jésuites. L’un d’entre eux, nommé Paul Michi, d’une famille distinguée du Japon, avait de rares talents pour la prédication, quoiqu’il n’eut encore que trente-trois ans. Plusieurs Japonais convertis souffrirent aussi avec eux. Il y en eut en tout vingt-six de martyrisés. Il se trouva parmi eux trois enfants qui avaient coutume de répondre la messe aux prêtres. Les deux plus âgés avaient quinze ans, et le troisième n’en avait que douze : mais leur grande jeunesse ne les empêcha pas d’endurer les tourments avec courage et même avec joie.

Vingt-quatre de ces généreux athlètes furent menés à Méaco, pour y avoir le nez et les deux oreilles coupés : mais on adoucit la rigueur de leur sentence, et l’on se contenta de leur couper une partie de l’oreille gauche. On les conduisit ensuite de ville en ville ayant les joues toutes couvertes de sang, afin d’intimider les autres chrétiens. Quand ils furent arrivés au lieu du supplice, on leur permit de se confesser à deux jésuites de Nangasaqui ; après quoi on les attacha à des croix, en leur liant les bras et les jambes avec des cordes et des chaînes ; on leur mit aussi un collier de fer au cou. Lorsqu’ils eurent été bien liés, on les éleva en l’air, et on planta les croix à quatre pieds environ l’une de l’autre. Chaque martyr avait un bourreau pour lui percer le côté avec une lance ; car c’est ainsi que l’on crucifie au Japon. Dès qu’on eut achevé de planter les croix, les bourreaux reçurent le signal, et donnèrent en même temps le coup mortel aux soldats de Jésus-Christ. Les chrétiens recueillirent leur sang et leurs vêtements, dont le seul attouchement opéra des miracles. Urbain VIII mit ces martyrs au nombre des saints, et l’Eglise les honore en ce jour, qui fut celui de leur triomphe. On fit embarquer tous les autres missionnaires, afin qu'ils ne prêchassent plus la religion chrétienne dans le Japon. II y eut pourtant vingt-huit prêtres qui y restèrent, mais après s'être déguisés.

La mort de l'empereur Taycosama

Cependant l'empereur Taycosama mourut ; mais il défendit , avant de mourir, que l'on brûlât son corps comme cela se pratiquait au Japon, et ordonna qu'on l'enchâssât au palais de Fuximi, afin qu'il y fût adoré sous le titre de nouveau dieu de la guerre. On bâtit donc un temple magnifique, où son corps fut déposé pour recevoir les hommages du peuple.

Le retour des jésuites

Les Jésuites ne furent pas plus tôt instruits de la mort de Taycosama qu’ils reparurent dans le Japon. Ils y convertirent quarante mille âmes en 1599, et plus de trente mille l'année suivante, quoiqu'ils ne fussent pas plus de cent. Ils firent élever en même temps cinquante églises, où s'assemblaient les fidèles, tandis que les idolâtres allaient rendre les honneurs divins à un prince dont la vie avait été souillée par les plus grands crimes ; mais la paix qui avait merveilleusement facilité les progrès de l'Evangile fut troublée en 1602 par Cubosama.

Nouvelles persécutions

Ce prince renouvela les édits précédemment portés contre les chrétiens. Plusieurs Japonais convertis eurent la tête tranchée ; d'autres furent crucifiés ou brûlés. La persécution devint encore plus sanglante en 1614. On employa les plus horribles tortures pour forcer les disciples de Jésus-Christ à renoncer à leur foi. On leur écrasait les pieds entre deux pièces de bois que l'on serrait l'une contre l'autre ; on appliquait sur leurs corps des lames de fer toutes rouges ; on leur coupait les membres les uns après les autres, on leur écorchait les doigts, et on leur mettait des charbons allumés sur les mains, on leur arrachait des morceaux de chair avec des tenailles, et on leur enfonçait des roseaux pointus dans les différentes parties de leur corps. Tous ces tourments compliqués ne produisirent point l'effet que les idolâtres en attendaient. Il y eut une multitude innombrable de chrétiens, et même plusieurs enfants, qui confessèrent Jésus-Christ jusqu’à la mort. Xogun, ayant succédé en 1616 à Cubosama son père, le surpassa encore en cruauté. Il n'y eut point de genre de barbarie qu'il n'exerçât contre les chrétiens et surtout contre les missionnaires.

Charles Spinola

Le plus illustre de ces derniers fut le P. Charles Spinola, noble Génois, qui s'était fait jésuite à Noie, dans le temps que le cardinal Spinola, son oncle, était évêque de cette ville. Le désir qu’il avait de verser son sang pour la foi le porta à demander d'être associé aux travaux des missionnaires du Japon, ce qui lui fut accordé. 11 partit donc, et arriva en 1602. Il travailla au salut des âmes avec une ardeur infatigable, et convertit un grand nombre d’infidèles, surtout par sa douceur. Les fatigues qu’il avait à essuyer ne l’empêchaient pas de mener une vie très austère. Il ne prenait pour toute nourriture qu’un peu de riz et d’herbes. Les Japonais l’enfermèrent dans une prison, où il eut beaucoup à souffrir de l’inhumanité de ses gardes, qui lui refusaient jusqu’à un verre d’eau pour étancher sa soif, occasionnée par une fièvre brûlante : mais Dieu, qui n’abandonne jamais les siens, adoucissait les maux de son serviteur par l'onction de sa grace, et lui faisait trouver des consolations ineffables au milieu des fers. Voici comment il s’explique à ce sujet dans une lettre qu’il écrivit de sa prison . « Qu’il m’est doux de souffrir pour Jésus-Christ ! Je ne peux trouver de paroles assez énergiques pour rendre tout ce que je sens, surtout depuis que nous sommes dans ces cachots, où nous vivons dans un jeûne continuel. Les forces de mon corps m’abandonnent; mais ma joie augmente à mesure que je vois approcher la mort. Quel bonheur pour moi, s’il m’était permis, à Pâques prochaines, de chanter dans le ciel, avec les bienheureux, le cantique d’allégresse ! Si vous aviez goûté, dit-il en une lettre à Maximilien Spinola, son cousin, les ineffables délices que Dieu verse dans les âmes de ses serviteurs, vous n’auriez plus que du mépris pour toutes les choses de ce monde. Je commence à être disciple de Jésus-Christ depuis que je souffre en prison pour son amour. Je me suis trouvé amplement dédommagé des rigueurs de la faim par la douceur des consolations dont mon cœur a été comme inondé ; et quand je serais plusieurs années en prison, ce temps me paraîtrait court, tant je désire souffrir pour celui qui me récompense si libéralement de mes peines. Entre autres maladies, j’ai eu une fièvre qui a duré cent jours, sans qu’il me fût possible d’avoir aucun remède convenable à ma situation. Durant tout ce temps-là, j’ai ressenti une joie dont je tâcherais inutilement de vous donner une idée. Je ne me possédais plus et me croyais déjà dans le paradis. »

Le P. Spinola, ayant été condamné à être brûlé, en apprit la nouvelle avec les sentiments de la joie la plus vive. Dès ce moment il ne cessa plus de remercier Dieu d’une si grande grace dont il se jugeait indigne. On le conduisit d’Omura, où il était, en prison à Nangasaqui. Il fut exécuté sur une montagne voisine de cette ville, avec quarante-neuf autres chrétiens, dont neuf étaient jésuites, quatre franciscains et six dominicains ; tous les autres étaient laïques. On en brûla vingt-cinq, et l’on décapita le reste. Ceux que l’on brûla furent liés chacun à un poteau ; après quoi on mit Je feu à l’un des bouts du bûcher, qui était éloigné d’eux de vingt-cinq pieds, en sorte que les flammes, qui ne s’approchaient que par degrés, ne les consumèrent que deux heures après. Le P. Spinola demeura immobile et eut toujours les yeux levés vers le ciel jusqu’à ce que les cordes qui le liaient eussent été brûlées. Il tomba alors dans le feu, où il expira le 2 septembre 1622. II était âgé de cinquante-huit ans.

D'autres martyrs

Il y eut encore plusieurs autres chrétiens, dont la plupart étaient jésuites, qui terminèrent glorieusement leurs vies par divers genres de supplices. Les uns furent brûlés à petit feu, et les autres crucifiés ; ceux-ci furent décapités, et ceux-là jetés dans les gouffres d’un volcan ; d’autres furent suspendus par les pieds dans des citernes, où ils ne moururent qu’au bout de trois ou quatre jours.

L’empereur du Japon défendit en 1639 l’entrée de ses états aux Portugais et aux autres Européens, même sous prétexte de commerce. Il n’y eut que les Hollandais qui ne furent point compris dans cette défense. On trancha même la tête aux ambassadeurs envoyés par les Portugais. Cinq jésuites, que le zèle du salut des âmes dévorait, ne laissèrent pas de débarquer en 1642 dans un port du Japon. La précaution qu’ils avaient prise de se déguiser ne leur réussit pas longtemps. On les découvrit, et on les condamna à une mort cruelle. Ce fut ainsi que le Japon remplit le ciel d’un grand nombre de martyrs. Il n’y a encore que les vingt-six premiers qui soient honorés d’un culte public. Benoît XIV a inséré leurs noms dans l’édition du martyrologe romain qu’il donna en 1749.

Sources
  • La vies des saints écrit en anglais par Alban Butler